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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Troisième volet de notre reportage en Pologne sur les gaz de schiste. Où notre reporter a rencontré les militants porteurs de la contestation au gaz de schiste en Pologne. Le mouvement a du mal à se faire entendre, noyé dans la propagande pro gaz de schiste, et composé par des groupes d’horizons très différents.(Reporterre)

 

Reportage, Pologne

Par Sylvain Lapoix 16 novembre 2013

 

 

« Notre seule victoire ici, c’est d’avoir forcé la compagnie de gaz à acheter son eau plutôt que de pomper dans nos propres puits. En dehors de ça, nous prêchons dans le désert. » Dans les forêts de Cachoubie, en Poméranie, Hieronim, opposant aux forages, se sent bien seul face aux compagnies qui viennent explorer les schistes polonais en quête de gaz. Pauvres en moyens, dispersés à travers le pays, ignorés par des médias prêchant en faveur de cette énergie, le mouvement anti-gaz de schiste tente désespérément de faire émerger un débat démocratique.

 

 

Traduction à la chaîne pour paysans révoltés

 

Pour trouver une poche de résistance active, il faut traverser tout le pays. De la capitale de la Poméranie à Zurawlow, où un village de paysans fait front contre la compagnie Chevron, comptez près de 400 kilomètres, soit une dizaine d’heures de train suivi d’une longue balade en voiture. Le reste des permis se situe dans le sud-ouest du pays. Cent dix concessions au total, qui couvrent un tiers de la superficie de la Pologne, et que les militants tentent d’informer de leurs faibles voix.

Aneta Wadoswka n’a jamais milité nulle part. Cette étudiante de 24 ans n’a entendu parler de la fracturation hydraulique que par une amie, tandis que des sociétés frackent à quelques kilomètres de sa fac, à Gdansk. « Elle m’a passé un article de l’édition polonaise du Monde Diplomatique : je n’avais rien lu ni entendu quoique ce soit sur les risques environnementaux dans les médias polonais !", avoue-t-elle. "Depuis, je suis le réalisateur Lech Kowalski sur Facebook, c’est le seul endroit où l’info circule efficacement. »

Aneta n’est pas entrée dans le mouvement anti-gaz de schiste par une manifestation. En juin dernier, à l’invitation des réseaux citoyens, elle part pour le site de Occupy Chevron à Zurawlow, à la frontière ukrainienne. Anglophone, elle est chargée de traduire à la chaîne des articles sur les gaz de schiste piochés sur des sites militants américains... et de faire la vaisselle pour le campement !

« Quand le mouvement a débuté, les journalistes étrangers ont afflué là-bas, il fallait aider les gens du coin à s’informer", résume Aneta. "Presque personne n’y parle anglais, alors j’ai fait l’interprète pour les interviews. » Malgré la présence de groupes anti-gaz de schiste dans le nord, l’ouest et sur la frontière est, Zurawlow reste la seule partie visible du mouvement pour les médias et donc le principal levier des militants se faire entendre hors de Pologne.

 

 

Des mouvements venus des OGM ou des squats

 

Après Zurawlow, Aneta a embarqué pour Łódź, dans le sud-ouest du pays, afin d’y suivre une formation militante. Le premier objectif fut d’unifier l’action autour d’un document formulant des revendications communes sur le dossier des gaz de schiste. Venus des quatre coins du pays, les participants ont baptisé leur réseau Złupieni, jeu de mot entre le verbe « voler-arracher » et « łupkowy » signifiant schiste en polonais. Derrière cette bannière demandant entre autres un moratoire sur les gaz de schiste et des investissements dans les énergies renouvelables, se serrent toute une ribambelles de groupes militants souvent étrangers aux questions énergétiques.

Basé à Łódź, le collectif OKO (initial de « les citoyens vigilants ») initiateur de ces réunions verse au mouvement anti-gaz de schiste des troupes initialement réunies autour de la question des OGM et du nucléaire. Venus de Varsovie, les jeunes militants de Syrena sont pour leur part plus coutumiers des questions de logement, politique de la ville et migrants dans la capitale polonaise. Leurs principales actions consistaient jusqu’ici à organiser des squats pour y loger des clandestins en difficulté.

 

 

« Les ONG qui nous financent ne veulent pas être associées au mouvement »

 

« La question des gaz de schiste attire des militants de tous les horizons, assure Ewa Sufin des Verts polonais. Mais le problème est surtout de les former : les billets de train, le logement, le téléphone... tout ça coûte de l’argent et les associations ne reçoivent aucune subvention ici ! » Selon cette responsable du parti écologiste, un fonds suisse sur le modèle de la fondation Soros subventionne des actions démocratiques dans les pays d’Europe centrale. L’organisme en question exige des militants une certaine rigueur formelle : chaque action doit ainsi être soumise à validation sous forme d’un « projet ». Un prérequis qui a le mérite de cadrer d’emblée toute initiative et d’éviter de se disperser.

En dehors de la logistique liée aux formations et aux actions à travers le pays, les frais d’avocats s’ajoutent à la facture. Pour contrer le mouvement d’opposition sur son site de Zurawlow, la compagnie Chevron a ainsi engagé une action en justice pour gène aux travaux. Pour les défendre, des avocats ont été engagés par Złupieni. « Ce sont des ONG polonaises qui prennent en charge les frais de justice des militants de Zurawlow, explique un membre du collectif Syrena préférant demeurer anonyme. Mais elles ont peur d’avoir des ennuis si elles sont citées : elles ne veulent pas être associées au mouvement ! »

Deux problèmes expliquent la discrétion de ces donateurs. D’une part, de nombreuses associations et mouvements écologistes polonais ne s’opposent pas aux gaz de schiste : au regard des 55% d’électricité produits par des centrales au charbon, toutes les alternatives sont les bienvenues pour faire baisser les émissions de CO2 du pays. D’autre part, les opposants trop frontaux craignent les représailles du gouvernement.

 

Camaïeu idéologique

 

A l’occasion de l’initiative européenne « Ensemble autour des gaz de schiste », les gouvernements régionaux ont voulu réunir partisans et opposants pour des débats publics. « Une arnaque, tranche une militante du Nord. Złupieni n’est convoqué que comme alibi pour pouvoir montrer à l’UE que le gouvernement a consulté la population ». Financés par les institutions européennes, le programme exige en effet un rapport des autorités locales sur la consultation. D’autres opposants, plus pragmatiquement, considèrent que c’est la seule tribune publique qui leur sera offerte.

La mosaïque d’organisations est aussi un camaïeu idéologique. Au sein de Złupieni se croisent socialistes, membres du parti vert, militants d’extrême gauche et anarchistes. Lesquels tiennent des positions parfois inconciliables, ne serait-ce qu’en terme de communication : les Verts peinent à trouver des portes-paroles au mouvement tandis que les anarchistes refusent catégoriquement d’avancer à visage découvert.

Faute d’une présence claire sur le terrain, d’autres mouvances s’approprient le sujet : « quand nous avons organisé une projection du film de Lech Kowalski à Varsovie pour le Global Frackdown, des militants d’extrême droite se sont avancés pour nous dire qu’ils voulaient se joindre à nos revendications, se souvient un militant de Syrena souhaitant demeurer anonyme. Pour eux, les gaz de schiste étaient un complot des Russes et des Allemands... ils faisaient de cette lutte un enjeu nationaliste ! »

 

Source: reporterre.net

 

 

 

 

 

 

 

Pétrole de schiste : le ministre Martin est-il menteur ou idiot ?

 

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Par Hervé Kempf, 18 novembre 2013

 

 

 

 

 

Philippe Martin, le ministre de l’Ecologie, laisse entendre qu’il est obligé par la justice d’accorder des demandes d’explorer le pétrole de schiste en Seine-et-Marne. Les documents que publie Reporterre montrent qu’il n’en est rien.

 

 

 

Ce lundi 18 novembre, des membres du cabinet du ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, doivent rencontrer des représentants des collectifs opposés au pétrole de schiste en Seine-et-Marne et dans l’Aisne, accompagnés de Jacques Krabal, député-maire (PRG) de Château-Thierry.

 

Il s’agit de discuter de l’intention annoncée par le ministre, dans un communiqué du 8 novembre, de signer des arrêtés de "mutation des permis exclusifs de recherches d’hydrocarbures".

 

De quoi s’agit-il ? Vers 2009-2010, la société Toréador, qui avait obtenu ces permis de recherche en Seine-et-Marne et dans l’Aisne, les a vendus à la société Hess Oil. En application du Code minier, cette "mutation" doit être validée par le gouvernement. Elle avait été refusée par la ministre de l’Ecologie Delphine Batho. Mais la société Hess a attaqué ce refus devant le tribunal administratif.

 

Celui-ci a condamné une première fois le 25 avril 2013 l’Etat à ré-examiner les permis. De manière étonnante, l’administration n’a rien fait à ce propos et n’a pas envoyé à la justice les éléments justifiant son refus. Si bien que l’Etat a été condamné de nouveau en septembre par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

 

Mais à quoi a-t-il été condamné, exactement ? A "donner droit à la demande de mutation" comme le prétend le ministre, qui explique ensuite que "le code minier actuel ne permet pas de refuser ces mutations" ?

 

Que nenni ! Le tribunal de Cergy-Pontoise n’a pas ordonné le 26 septembre à l’Etat de répondre à la demande de mutation, mais de prononcer des "injonctions de réexamen", ce qui n’est pas du tout la même chose.

 

Si M. Martin est donc animé par une "farouche opposition" à la fracturation hydraulique, comme il l’affirme, il doit donc refuser d’autoriser la mutation des permis et procéder d’urgence à un re-examen de ces dossiers, comme lui enjoint le tribunal.

 

D’autant plus qu’il apparait que, alors que la société Hess prétend qu’il s’agit de rechercher du "pétrole conventionnel", de nombreux documents attestent que les pétroliers impliqués sont intéressés depuis le début par le pétrole de schiste présent dans la région, pétrole de schiste qu’il est impossible d’exploiter aujourd’hui autrement que par fracturation hydraulique.

 

En voici une preuve parmi de nombreuses autres disponibles et recueillies par les collectifs locaux. Dans le dossier de demande de permis déposé en avril 2010 par la société Toréador pour la zone de Chateau-Thierry, il est clairement indiqué qu’il s’agit de "shale oil wells", c’est-à-dire de puits de pétrole de schiste :

 

 

 

Récapitulons :
 par une étrange passivité, l’Etat ne s’est pas défendu à la suite d’un premier jugement le condamnant en avril 2013 ;
 cependant, le jugement de septembre dernier ne lui ordonne pas de délivrer les permis discutés, mais de procéder à leur ré-examen ;
 enfin, il est clair que ces permis ne visent pas une exploitation de pétrole "conventionnel", mais de pétrole de schiste ; il est alors nécessaire de recourir à la fracturation hydraulique, auquel le gouvernement s’est toujours déclaré opposé.

 

Conclusion ; le ministre Philippe Martin doit refuser la demande de mutation de permis. Nous pourrons alors changer le titre de notre article en : "Philippe Martin, franc et intelligent".

 

Source: reporterre.net

 

 

 

 

 

 

 

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