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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Interview de Pierre Martin, ministre de l'Ecologie

Le Parisien, 28 novembre 2013

 

 

EXTRAITS

 

Que pensez-vous du rapport parlementaire remis à l'Assemblée qui prône une exploration expérimentale des gaz de schiste ?

Il faut se méfier des VRP des hydrocarbures fossiles. Pourquoi vouloir à tout prix extraire de notre sous-sol jusqu'à la dernière goutte de pétrole alors que la Francevient de s'engager à réduire de 30% sa consommation d'hydrocarbures d'ici 2030. Les promoteurs des gaz de schiste parlent d'eldorado, mettent en avant des dizaines de milliers de créations d'emplois et la diminution de notre facture énergétique. Mais même le PDG de Shell estiment que le modèle d'exploitation de ces gaz n'est pas rentable. Le modèle américain, où 500 000 puits ont été creusés, n'est d'ailleurs pas transposable en France. Forer des centaines de milliers de puits dans des zones rurales qui vivent essentiellement de l'agriculture et du tourisme aurait un impact négatif en terme d'emplois et de balance commerciale. Et ce serait terrible pour l'image de la France à l'étranger. Imaginez les retransmissions du tour de France montrant des milliers de derricks au cœur des paysages magnifiques du Gard, du Gers ou de la Lozère.


Validez-vous les permis de recherche déposés en région parisienne par la société américaine Hess Oil?


Je refuse de signer la mutation de ces permis de recherche d'hydrocarbures qui avaient été octroyés par le précédent gouvernement à Toreador, dans le bassin parisien. Depuis quatre mois, j'ai croisé les expertises et examiné chaque permis en ayant une seule priorité en tête : le respect de l'intérêt général. Pouvais-je valider ces mutations de permis alors que leur objectif initial était exclusivement d'explorer des gaz de schiste et que la société américaine qui les as rachetés est spécialisée dans l'extraction de gaz de schiste ? Vu les couches géologiques visées par ces forages, cela implique forcément d'avoir recours à la fracturation hydraulique qui est un procédé interdit en France. Ce qui a emporté ma décision, c'est l'analyse technique et juridique de chaque permis, en concertation et en transparence avec les élus et les collectifs de citoyens concernés.


Mais l'Etat a été condamné par Hess Oil à payer des indemnités journalières pour absence de décision


Ces sept permis avaient été accordés par des gouvernements de droite. Et quand Hess Oil a racheté ces permis à Toreador et demandé au gouvernement de valider ce transfert, mes prédécesseurs ont laissé traîner le dossier. La justice m'ayant demandé de prendre une décision, c'est à moi aujourd'hui de solder leur manque de courage. Certes, il y a des astreintes financières. Hess Oil réclame environ 30 000 euros par permis. Mais nous allons tenter d'obtenir lors de l'audience en justice du 6 décembre une remise de ces indemnités. Dans tous les cas, ce n'est rien à côté du coût environnemental et sociétal qu'aurait impliqué cette exploration de notre sous-sol. J'ai personnellement assisté à une opération de fracturation hydraulique en Pennsylvannie en 2011. Entre le va-et-vient des camions, l'énorme consommation d'eau, les explosions à 3000 m de profondeur dont on ne mesure pas les conséquences à long terme, j'ai vu que ce type de forage était très impactant pour l'environnement.


Est-ce à dire qu'on ne pourra plus jamais exploiter le sous-sol français?


Pas du tout. D'ailleurs, un rapport sur le code minier sera remis au gouvernement le 10 décembre prochain. Notre but est de remettre au goût du jour ce code, qui contient plus de 700 articles, et date...de 1806. L'objectif n'est pas de prohiber l'exploitation du sous-sol mais de faire en sorte que ces projets soient compatibles avec le respect de l'environnement et que les citoyens soient pleinement associés en amont à ces projets

LeParisien.fr

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