Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

DR

 

Mustapha Mekideche expose, dans sa chronique du mercredi dans Liberté, les conditions qui permettraient de « transformer rapidement la Foire internationale d’Alger de comptoir d’importation qu’elle a toujours été en une manifestation économique d’échanges économiques et industriels équilibrés ». Il ajoute que « le “renouveau économique” sera alors lisible dans une nouvelle structure des échanges commerciaux de l’Algérie avec le reste du monde. On n’y est pas encore mais il faut reconnaître que la cible se rapproche. A condition de maintenir le cap ».

 

 

 

 

Les échanges commerciaux extérieurs en 2013 : persistance de l’inertie structurelle ?

 

 

 

 

 

Par Mustapha Mekideche

 

 

Bien que cette 46e édition 2013 de la Foire internationale d’Alger ait été placée sous le signe du “renouveau économique”, elle n’a pas pour autant, à mon sens, reflété un changement significatif dans la structure et les flux de nos échanges extérieurs. Force est de constater que les pays et opérateurs étrangers ne sont venus, encore une fois, que pour vendre dans un marché où les importations sont à 50% payées en cash. Quelle aubaine !

 

Malgré la croissance retrouvée des secteurs de l’agriculture, du BTPH et les frémissements observables dans certaines branches de l’industrie (agrolimentaire, pharmacie, etc.), l’offre nationale reste insuffisante pour réduire significativement les importations de produits consommables et amorcer un cercle vertueux d’exportation hors hydrocarbures. La raison de cette inertie de la structure des échanges commerciaux est évidemment à rechercher dans la sphère productive mais aussi dans l’environnement des affaires.

 

Une enquête économique réalisée en avril 2013 par le cabinet algérois Surveys et Consulting Institute (SCI) pour le compte de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF) nous en donne quelques pistes explicatives. Ainsi pour 80,7% des entreprises privées algériennes “la conquête des marchés extérieurs n’est pas le but”. Si 80% de ces entreprises n’exportent pas, 60% d’entre elles n’ont même pas “l’intention d’essayer à court terme”. Parmi ces dernières, 10% affirment “ne vouloir satisfaire que le marché algérien” et 11% produisent des prestations non exportables.

 

 Nonobstant l’argument facile et maintes fois réitéré d’une sorte de malédiction congénitale due au pétrole, cette faible propension à exporter trouve son explication dans deux contraintes essentielles qu’il faudra réduire prioritairement. D’abord une faible compétitivité des entreprises algériennes : un quart des entreprises de l’échantillon, qui en comporte 195, nous précise que “les marchés extérieurs sont trop concurrentiels” et les entreprises concernées savent de quoi elles parlent. Ensuite la médiocrité récurrente de l’environnement des affaires : plus d’un tiers des entreprises enquêtées (34%) font face à “des procédures complexes” qui, outre qu’elles sont chronophages, finissent tout simplement par leur faire abandonner l’acte de produire et/ou d’exporter.

 

En attendant ces changements de structure, de comportement et d’environnement, la bonne nouvelle de cette enquête est que l’entreprise algérienne veut, à présent, avancer de façon pragmatique dans une démarche intérimaire. C’est déjà beaucoup mieux que la posture plus facile d’import/import. Cette démarche intérimaire me semble constituer une étape importante dans le changement de culture et de mentalité des entreprises algériennes en termes de socialisation, de modernisation et finalement d’accès aux marchés internationaux. Voyons pourquoi. Le recensement économique de l’ONS en 2011 nous avait révélé que les 934 250 entreprises algériennes étaient, en moyenne, des très petites entreprises (TPE). Donc ni leur taille (moins de trois salariés), ni leur faible capitalisation ne les prédisposent à se maintenir durablement dans leur marché respectif ; encore moins à réaliser des croissances fortes et à exporter. Moyennant quoi, et nonobstant des réformes significatives des politiques publiques en leur faveur, la balle est bel et bien dans leur camp. Il me semble, cette fois-ci, qu’elles en ont pris conscience. Les entreprises algériennes sont en train de faire une bonne entame de match si j’en crois les résultats de cette enquête du SCI. Certes, il faudra en valider les résultats par un nouveau travail d’enquête sur la base d’un échantillon beaucoup plus large d’entreprises privées et publiques et donc plus significatif : celui de 195 individus étant plus près d’un chantier d’une thèse universitaire que d’une enquête institutionnelle de référence. Cette réserve exprimée, les résultats en sont intéressants à plus d’un titre. En effet plus de la moitié des entreprises enquêtées (52,8%) affichent la conviction qu’“une association avec un partenaire étranger peut les aider dans leur développement” malgré des appréhensions (conflits d’intérêts et/ou de pouvoirs, risque de dépendance vis-à-vis du partenaire étranger). Mais en fin de compte c’est l’objectif de “partage de ressources et compétences tout en restant autonomes” qui a été décisif dans leur choix d’une solution de croissance passant par le partenariat.

 

L’association, c’est-à-dire l’ouverture de leur capital social, individuel ou familial à l’origine, est la première formule de partenariat choisie par plus d’un tiers des entreprises (35,4%). C’est là que réside, me semble-t-il, le premier grand changement culturel constaté. Cette nouvelle dynamique des entreprises algériennes est en train de se consolider également par l’ouverture ou, à l’inverse, par l‘acquisition de parts sociales auprès de partenaires nationaux publics ou privés. Ceci, au plan microéconomique. Au plan méso et macroéconomique, les pouvoirs publics devront faire leur part du travail. En améliorant substantiellement le climat des affaires par une “débureaucratisation” à grande échelle des administrations économiques et en accélérant la mise en œuvre des réformes annoncées d’accompagnement et de soutien aux petites et aux grandes entreprises. En veillant enfin à corriger constamment les balances commerciales déséquilibrées soit géographiquement soit sectoriellement.

 

Ce n’est qu’à ces conditions qu’on pourra transformer rapidement la Foire internationale d’Alger de comptoir d’importation qu’elle a toujours été en une manifestation économique d’échanges économiques et industriels équilibrés. Le “renouveau économique” sera alors lisible dans une nouvelle structure des échanges commerciaux de l’Algérie avec le reste du monde. On n’y est pas encore mais il faut reconnaître que la cible se rapproche. A condition de maintenir le cap.

 

Liberté, 5 juin 2013

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article