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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

C’est une réponse du berger à la bergère. Alors que Nicolas Sarkozy s’inquiétait la semaine dernière devant les maires de France d’un droit de vote des étrangers qui « risque de diviser profondément les Français », un sondage BVA publié hier par le Parisien indique que 61 % d'entre eux sont favorables à cette mesure.

 

Vieux serpent de mer de la politique française depuis 1981, le droit de vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales ressort avant chaque élection, instrumentalisé à gauche comme à droite pour marquer clivages et valeurs. Jamais mis en place, ni par François Mitterrand qui en avait fait en 1981 l’une de ses 110 propositions, ni par Nicolas Sarkozy qui s’était déclaré favorable en 2001, cette mesure sera l’objet d’un vote le 8 décembre au Sénat, après l’examen du texte aujourd'hui devant la commission des lois.

 

Mais une fois de plus, cette disposition ne devrait pas être adoptée à cause, cette fois-ci, d’un petit obstacle technique. Pour être soumis à un référendum populaire, la proposition de loi doit être votée dans les mêmes termes à l’Assemblée et au Sénat. Or le texte voté en 2000 précise que le droit de vote est inséré à l’article 72-1 de la Constitution, un article depuis «occupé» par le droit de pétition et de référendum local... La proposition devra donc repasser devant l’Assemblée nationale qui fera certainement blocage. Le droit de vote des étrangers sera donc renvoyé non pas aux calendes grecques mais à la prochaine mandature, au mieux.

 

Le sondage publié par le Parisien pourrait donc aider les Socialistes (dont certains sont encore réticents, à l’image de Ségolène Royal) à tenir enfin une promesse vieille de trente ans. L’adhésion des Français à cette mesure n’est pas nouvelle : le sondage annuel sur cette question, publié par la Lettre de la citoyenneté, a fait apparaître une progression constante de ses partisans depuis 1996. En 1998, ce droit de vote est accordé aux ressortissants de l’Union européenne. L’année suivante, pour la première fois, une majorité de Français (52 %) s’y déclare favorable pour tous les étrangers.

 

Le sondage du Parisien confirme cette augmentation : l’acceptation du droit de vote des étrangers a fortement augmenté ces dernières années (+ 6 points depuis janvier 2010). « Sociologiquement, le sujet fait presque l’unanimité, écrit l'institut de sondage. Cette adhésion est majoritaire dans la quasi totalité des catégories de population ». Les jeunes y sont favorables à 75%, les cadres à 72% et les ouvriers à 60%.

 

Mais la principale nouveauté de ce sondage est qu’il montre que l’acceptation du droit de vote des étrangers a tout particulièrement augmenté auprès des sympathisants de droite (+ 15 points), même si ceux-ci y restent majoritairement opposés. « Ces derniers étaient seulement 28% à y être favorables en janvier 2010, ils sont à présent 43% » selon BVA qui note que c’est « sans doute là le principal problème pour Nicolas Sarkozy », car « ce sujet est l’un des rares permettant à toute la gauche de se fédérer tout en divisant la droite ».

 

Les sympathisants du Nouveau Centre y sont majoritairement favorables (58 %), à l’instar de ceux du MoDem (63 %) alors que les sympathisants du FN y sont résolument hostiles (61 %). Ceux de l’UMP se situent à un niveau intermédiaire : une majorité y est hostile (56 %) mais près de la moitié y serait tout de même favorable (43 %). Pas sûr que Nicolas Sarkozy ait misé sur le bon thème électoral...

 

Marie Barbier, 29 novembre 2011. L’Humanité.fr

 

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