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Publié par Saoudi Abdelaziz

Combien étaient-ils, samedi après-midi, à écouter Jean-Luc Mélenchon ? A Marseille, 120000, selon les estimations du Front de gauche. A Saint-Pierre-des-Corps… une grosse centaine de personnes, rassemblées en un même lieu : le Café de la Ville, établissement bien connu des habitants du centre, situé à vingt mètres de la section locale du Parti communiste.

 

Quand elle n’organise pas des déplacements pour assister aux meetings de l’eurodéputé, comme ce fut le cas à Vierzon le 3 avril, la "section" a pris pour habitude de retransmettre sur écran géant les principaux discours du candidat de la gauche unie. Rien ne manquait, samedi, pour entrer en communion avec le possible troisième homme du premier tour de l’élection présidentielle. Un mélange de générations en salle, des slogans au comptoir, un sentiment de confiance partagé, des consommations à deux euros…

 

Assis à la même table, quatre retraités, tous militants communistes de la première heure, devisaient cet après-midi-là avant le début du discours. Le plus âgé s’appelle Guy Chamaillé, il a 78 ans, a travaillé comme maçon et est membre du PC depuis l’âge de 16 ans. Les trois autres sont des anciens cheminots : Serge Clerfeuille, 59 ans, et Jacky Dalis, 70 ans, ont conduit des trains ; Jean-Louis Diard, 58 ans, s’occupait du matériel. A ces grognards du temps jadis ayant connu les pas toujours riches heures du Parti communiste, la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon n’en finit pas de remonter le moral.

 

Serge Clerfeuille : Mélenchon fait une très bonne campagne, franchement c’est le meilleur. C’est aussi le seul candidat qui nous apporte des arguments, le seul qui nous propose un vrai programme. Sarkozy a aussi un programme mais à quoi bon ? Il n’a jamais tenu ses promesses. Quant à Hollande, on se demande certains jours s’il n’est pas de droite lui aussi... Non, il n’y a que Mélenchon.

 

Jacky Dalis, scandant : "Votons Mélenchon !", "Votons Mélenchon !"

 

Serge Clerfeuille : C’est en tout cas le meilleur candidat qu’on ait eu depuis des années même si au départ, je dois vous l’avouer, je ne le voyais pas représenter le Front de gauche. Maintenant, il est là, je vais voter pour lui et j’espère faire de même au deuxième tour. Car il sera encore là. Enfin, peut-être…

 

Guy Chamaillé : Moi, ces images (sur l’écran géant), ça me rappelle 68, ah oui !

 

Jacky Dalis : Pas tout à fait quand même. 68, ce n’était que revendicatif. Politiquement, il n’y a pas eu de basculement.

 

Guy Chamaillé : Peut-être, mais la classe ouvrière était présente en 68, comme maintenant. Et la contestation n’était pas que syndicale. On parlait politique et les communistes étaient actifs.

 

Jacky Dalis : Oui mais il n’y a pas eu de changement au bout du compte. La preuve, ils ont mis Pompidou.

 

Guy Chamaillé : Ce qui est sûr c'est que je me sens revivre, ça oui !

 

Jacky Dalis : On en a vécu des luttes sociales et politiques, mais ça fait longtemps qu’on était bien bas. De voir le peuple dans la rue nous donne de la gaîté au cœur.

 

Jean-Louis Diard : On était bien bas, comme tu dis, mais c'est aussi parce qu’on nous y a mis. Les socialistes ne nous ont pas aidés...

 

Jacky Dalis : Pas seulement. Quand tu vois tous ces gens qui ne votent pas. Ou qui votent n’importe quoi, malheureusement.

 

Serge Clerfeuille : On ne s’était jamais découragé non plus. On espérait des jours meilleurs. Et apparemment, ils arrivent. "Enfin", ai-je envie de dire… Et puis, il ne faut pas trop se voiler la face non plus : le succès du Front de gauche doit beaucoup au Parti communiste. Je n’ai rien contre le Parti de gauche qui est un parti récent, mais il n’est pas structuré comme le PC, lequel PC compte de plus en plus de jeunes dans ses rangs. On nous taxait d’être un parti de vieux et on se rend compte qu’il y a plein de mômes qui se mettent au boulot.

 

Jacky Dalis, levant son verre : Allez, un petit coup de rouge ! Aux couleurs !

 

Jean-Louis Diard : C’est quand même appréciable de voir tout ce monde à Marseille…

 

Serge Clerfeuille : Y en a plus qu’à Vierzon !

Jean-Louis Diard : Ah ah, oui. On était pourtant pas mal à Vierzon… Après tous les coups qu’on a pris depuis cinq ans, ça fait plaisir de voir ça. Parce qu’on en a pris des coups… Le chômage qui n’arrête pas d’augmenter, et tout le reste. Les cadeaux aux riches, ras le bol !

 

Jacky Dalis, scandant : "20 % ! 20 % !"

 

Jean-Louis Diard : Oui oui, on va les dépasser les 20 %. C’est possible, hein ? Et même être présent au deuxième tour, pourquoi pas ? Moi, je connais des anciens qui sont heureux de voir ce qui se passe, comme ma mère de 90 ans. Tout le monde revit.

 

15 avril 2012. Le blog de Frédéric Potet

 

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