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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Jean-Luc Mélenchon en mai 2013.

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Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, appelle à une marche pour la révolution fiscale le 1er décembre.

"C’est un moment populaire pour l’égalité devant l’impôt" explique-t-il aujourd'hui dans une interview au journal en ligne Mediapart. Il affirme dans son habituel style direct: "On nous disait qu’Hollande, c’était mieux que Sarkozy. Non c’est pire ! Les socialistes font pire que lui en matière de retraites ou d’austérité. Nous n’avons pas d’autre choix que d’affronter cette politique. On ne peut pas être contre l’austérité et se taire sur la responsabilité de ceux qui la mettent en œuvre !"

 

 

 

EXTRAITS

 

 

Si votre stratégie consiste à construire une majorité alternative, pourquoi refusez-vous de vous appuyer sur les appels des socialistes à la « révolution fiscale » ? Ils ne sont pas assez radicaux à votre goût ?

Jean-Luc Mélenchon. Ou avez-vous vu que je refuse ? S’ils prennent des initiatives, il faut qu’ils les mènent jusqu’au bout. L’expérience montre que ce n’est pas le cas. Les militants politiques ne sont pas là pour faire des commentaires mais pour agir. Soixante-dix socialistes ont signé un amendement pour la CSG progressive. Et que s’est-il passé ? Ils ne l’ont pas présenté. Et pourquoi ? Parce que Jean Marc Ayrault leur a ordonné de l’enlever ! Ce sont des réformistes en peau de lapin. Si nous leur avions fait confiance, nous nous serions ridiculisés.

S’ils avaient présenté leur amendement, nous l’aurions voté. S’ils avaient appelé à une manifestation contre le Medef, nous serions allés avec eux. Mais ils ne le font pas. Quand ils ont appelé à des manifestation pour le mariage pour tous, nous y étions. Le sectarisme ne vient pas de notre côté mais du leur.

 

 

 

Cette marche est-elle aussi un moyen de surmonter la confrontation entre vous et le PCF ?

Je n’ai pas de confrontation avec le PCF. J’ai un débat, et ce n’est pas moi qui suis minoritaire dans le Front de gauche. De plus des milliers de communistes sont de mon avis. Dans toutes les villes de plus de 100.000 habitants, à l’exception de Paris, il y aura une liste du Front de gauche au premier tour.

Mais la marche n’a rien à voir avec tout cela. Il ne s’agit pas de faire une manifestation de réconciliation de couple. La marche du 1er décembre est le bien commun de tous ceux qui y participent. Ce n’est ni ma chose ni même celle du Front de Gauche. C’est un moment populaire pour l’égalité devant l’impôt. Quant au débat dans le Front de gauche, il est naturel. Il s’agit de savoir comment on affronte notre adversaire. Si, au passage, la marche contribue à améliorer les relations, tant mieux. Mais cela n’efface pas les difficultés stratégiques qui ont aussi leur noblesse et leur importance.

 

 

Les différences stratégiques, au sein du Front de gauche, vont au-delà des municipales. Elles portent aussi sur les moyens de construire une majorité alternative. Notamment entre ceux qui disent, comme les communistes, qu’il faut combattre l’austérité pour toucher aussi les écologistes et une partie du PS, et ceux qui, comme vous, veulent combattre la politique du gouvernement.

C’est toute la difficulté politique que nous avons. On nous disait qu’Hollande, c’était mieux que Sarkozy. Non c’est pire ! Les socialistes font pire que lui en matière de retraites ou d’austérité. Nous n’avons pas d’autre choix que d’affronter cette politique. On ne peut pas être contre l’austérité et se taire sur la responsabilité de ceux qui la mettent en œuvre !

 

 

Mais la question, c’est comment vous menez cette lutte. Votre stratégie de « parler cru et dru » déplaît y compris à Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF.

Parler flou et mou serait préférable ? Ce n’est pas une affaire de style. Il a une autre ligne qui est celle de passer par un arrangement avec les courants de gauche du PS et avec la direction d’EELV. Au bout d’un an, on peut comparer les résultats. On a fait une réunion le 6 juin avec Pascal Durand qui est venu nous insulter et Marie-Noëlle Lienemann qui est venue nous expliquer qu’il ne fallait pas être sectaire. Les deux ont fait les rabatteurs du gouvernement. C’est tout ce qui a été obtenu ! Rien de plus ! Pas un n’a mis les pieds dans nos manifs, pas un n’a voté contre l’Ani ou le pacte de compétitivité. Par contre, Eva Joly et ses amis sont venus à notre marche et appelle à former des listes indépendantes au premier tour des municipales avec nous.

 

 

La gauche du PS n’a pas voté l’Ani… Même chose pour les retraites où les écologistes se sont également abstenus.

Vous comptez étrangement les votes ! Mais très bien, bravo ! Je n’ai cessé de leur dire que s’ils prenaient le drapeau et le gouvernail pour nous conduire à la victoire contre cette politique, je les suivrai. Mais ne me demandez pas d’aller jouer de la mandoline toute l’année sous leurs fenêtres pour recevoir des seaux d’eau froide ou des leçons de maintien.

Je compare les résultats. D’un côté des bavardages, des textes, des appels. Nous les examinons comme on regarde frémir le dessus de la soupe sur le feu. De l’autre, des faits, de la mobilisation populaire. Comme la manifestation du 5 mai pour la VIe République, ou celle qui vient pour la révolution fiscale. A un moment, il faut franchir le pas de l’action au grand jour, devant le peuple lui-même et proposer une alternative. Nous ne sommes pas dans un congrès socialiste où l’on s’arrange entre compères pour faire des synthèses. Nous sommes dans un pays qui court à la catastrophe et qui pourrait faire une toute autre politique. Je demande aux socialistes et aux écolos d’agir, pas de bavarder pour finir dans le rôle de petits garçons dès que Jean-Marc Ayrault arrive avec son sifflet.

 

 

Mais des députés de l’aile gauche du PS ou des écologistes, mal à l’aise avec la politique menée, expliquent qu’ils ne savent pas quoi faire et se sentent coincés, selon leur expression, « entre la dérive droitière de Hollande et la dérive sectaire de Mélenchon ».

Les pauvres biquets ! En attendant, ils votent tout ce que leur demande la dérive droitière. Mes excès seraient la raison pour laquelle ils se soumettent aux excès de François Hollande. Ce n’est pas sérieux ! Et ce n’est pas à la hauteur de la crise qui traverse notre pays. D’ailleurs que propose ces effarouchés, à part de se soumettre contre des places au municipales ? Quand se sont-ils adressés à nous comme Front de gauche ? Quand ont-ils tendu la main ? Jamais. Au contraire ils passent leur temps à chercher à nous opposer les uns aux autres dans le Front de gauche.

La question qui se pose c’est celle d’un changement de gouvernement. Pas un député socialiste n’a été élu sans les voix du Front de gauche, comme pas un député du Front de gauche ne l’a été sans les voix socialistes. Même chose pour les écologistes. Nous sommes bien tous de la même mouvance. Mais qui a décidé que le curseur était M. Ayrault ? François Hollande. Il peut très bien placer le curseur ailleurs. Il peut le mettre au Front de gauche. C’est le rapport de force populaire qui peut le lui imposer. D’autres veulent arrêter le curseur avant nous ? A la gauche du PS ? Cela ne me dérange pas. Mais qu’ils le disent ! Qu’ils disent où ils veulent s’arrêter et pour faire quelle politique. S’ils n’ont pas d’idées sur le sujet, nous, nous sommes capables de diriger un gouvernement de gauche!

 

 

Les divergences au sein du Front de gauche pour les municipales vous ont fragilisé. Hollande est pourtant très affaibli et son électorat déboussolé. N’êtes-vous pas responsable de ce paradoxe ?

Oui, puisque je refuse de céder aux socialistes. Ce n’est pas un paradoxe ! Les magouilles d’appareil, c’est le point fort de Hollande. Il a remporté une victoire à Paris. Les socialistes ont concentré toute leur énergie à essayer de désarticuler le Front de gauche depuis sa création…

 

Vous êtes quand même les seuls à offrir une victoire à François Hollande en ce moment !

Dites-le à ceux qui lui ont cédé. Mais c’est la vie. Cet été, j’ai compris que Manuel Valls avait le bras assez long pour arriver dans nos discussions. Pierre (Laurent, ndlr) a gâché notre rentrée en m’attaquant dans la presse pour défendre Valls après l’interview que j’avais donnée. Et cela alors même que je disais qu’il fallait dédramatiser les municipales, et que d’autres dirigeants communistes et même des socialistes avaient été aussi durs que moi vis-à-vis de Valls. Pourquoi ? Une seule raison : le découpage électoral que Valls mijote pour les élections départementales. Alors que voulez-vous ? J’ai remis mon armure. Je ne retournerai pas au bercail. Mon mandat, je l’ai gagné sous notre drapeau et je ne le dois à personne d’autres qu’à des électeurs qui ont choisi le Front de gauche, pas le PS.

 

 

Mais comment expliquez-vous la faiblesse actuelle du Front de gauche ?

L’histoire est lente et cruelle. C’est une lutte terrible, car les sociaux-démocrates ne peuvent pas accepter ce que nous sommes. La gauche ne pourra pas faire l’économie de sa crise. Elle doit se reconstruire. Et ce n’est pas moi qui vais le faire, ni même le Front de gauche. Ce sera quelque chose de beaucoup plus vaste. Il faudra un big bang idéologique avec l’écosocialisme, et il faudra un big bang social. Un parti comme le PS à ce point confondu avec les institutions de la Vème république est condamné à mort en même temps qu’elles. C’est la saison des tempêtes et j’essaie de nous placer à la hauteur de ces enjeux. Certains jours sont favorables, d’autres moins. Mais j’ai la certitude que le Front de gauche est le levier à partir duquel nous pouvons soulever le monde.

 

 

Source: mediapart.fr

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