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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Nicolas Sarkozy aime les sapeurs-pompiers. Il admire le courage de ces "héros du quotidien". Il le leur a déclaré, chaleureusement, samedi 24 septembre, lors du congrès de la Fédération nationale des soldats du feu. Et, pour preuve de sa reconnaissance et de celle de la nation, il leur a annoncé la mise en place d'un nouveau système d'alerte, moderne et performant, en cas de sinistre climatique.

Le président de la République parle en connaisseur : en matière de dépressions climatiques, le moins qu'on puisse dire est qu'il est servi. Et qu'il ne manque d'aucun système d'alerte : tous semblent même se déclencher simultanément et ils témoignent d'une défiance tous azimuts, chaque semaine plus menaçante, à sept mois de l'élection présidentielle.

 

Le dernier coup de torchon est venu du Palais du Luxembourg. Et quel coup de torchon ! Depuis plus d'un demi-siècle, le Sénat paraissait immuablement, indéracinablement ancré à droite. Cela n'interdisait pas les turbulences ou les mouvements de grogne, comme le général de Gaulle en fit les frais en 1969. Mais le mode d'élection des sénateurs semblait avantager trop nettement la France "profonde" des villages et des petits bourgs, la France rurale, conservatrice ou modérée, pour que la gauche puisse espérer y emporter la majorité.

 

C'est pourtant ce qui s'est produit, dimanche 25 septembre. Sans préjuger de l'élection à venir du président du Sénat et des manœuvres à laquelle elle va donner lieu - tant Gérard Larcher semble désireux de conserver à tout prix son fauteuil -, le résultat politique est là : pour la première fois sous la Ve République, la gauche est majoritaire dans la deuxième Chambre du Parlement.

 

Ce succès constitue un double échec pour le chef de l'Etat. Longtemps, celui-ci est apparu, dans son camp et au-delà, comme un magicien électoral. La conquête, en 1983, de la mairie de Neuilly-sur-Seine au nez et à la barbe de Charles Pasqua l'avait d'emblée installé dans ce rôle flatteur. Sa campagne victorieuse de 2007 l'a brillamment confirmé.

 

Mais il a, depuis, complètement perdu la main, incapable d'éviter à son camp défaite sur défaite. En 2008, les élections municipales et cantonales sont marquées par une nette victoire de la gauche. Aux européennes de 2009, le score médiocre de la majorité présidentielle (27,9 % des voix) est opportunément masqué par celui, désastreux, des socialistes. En 2010, c'est la déroute aux régionales, où la gauche ne laisse échapper que l'Alsace. En 2011, la droite perd à nouveau du terrain aux cantonales et ne dirige plus que 40 départements sur 100.

 

Les élections sénatoriales soldent, aujourd'hui, cette succession de revers. Mais le président de la République paye également le prix de sa politique. Nul doute, en effet, que la réforme des collectivités territoriales, de leur organisation et de leurs finances, a laissé des traces, tant elle a été imposée aux sénateurs alors que bon nombre d'entre eux, y compris dans la majorité, y étaient pour le moins réticents. En 2010, le gouvernement leur avait tordu le bras pour faire voter son texte ; ils ne l'ont pas oublié et leurs "grands électeurs" non plus.

 

Malheureusement pour la majorité, rien ne vient alléger le climat dépressif dans lequel est plongé le pays. Tout y contribue. Car, au-delà du savoir-faire électoral éventé, ce sont les "fondamentaux" du sarkozysme qui sont en cause et les ressorts de son succès de 2007 qui sont cassés.

 

En arrivant à l'Elysée, le chef de l'Etat avait l'ambition de créer un "choc de confiance". C'est aujourd'hui une défiance de plomb qu'expriment les Français. Rendue publique le 23 septembre, la dernière enquête de l'Insee sur le moral des ménages est sans ambigüité. Son indicateur synthétique plonge de 5 points par rapport à juillet, il se situe à son niveau le plus faible depuis février 2009 et à son niveau le plus bas depuis une quinzaine d'années, si l'on excepte la période de l'automne 2008, au plus fort du déclenchement de la crise. Situation financière, niveau de vie, chômage, rien n'échappe à ce pessimisme.

 

Les chefs d'entreprise n'y échappent pas davantage : l'autre indicateur de l'Insee, sur le climat des affaires en France, est tout aussi décourageant. Les perspectives de croissance pour les prochains mois, constamment revues à la baisse, n'ont guère de chance d'inverser la tendance.

La crise économique et financière depuis trois ans, celle des dettes publiques et de l'euro qui la prolonge et l'amplifie aujourd'hui ont radicalement changé la donne, plaident le président et ses partisans. Evidemment. Mais personne n'a oublié que Nicolas Sarkozy avait su convaincre les Français qu'il aurait, lui, la volonté et l'énergie de bousculer des montagnes. Personne n'a davantage oublié que, à l'automne 2008, il avait su fédérer les énergies transatlantiques pour éviter que la faillite de Lehman Brothers ne provoque un effondrement de l'économie mondiale.

 

Depuis dix-huit mois, en revanche, la crise grecque a été le révélateur de plus en plus cruel de la paralysie européenne en général, et française en particulier. La réunion des ministres des finances du G20 à Washington vient d'en faire à nouveau la démonstration. Faute de sa ratification par tous les Etats de la zone euro, le second plan de sauvetage de la Grèce, adopté dans son principe il y a deux mois, ne sera pas opérationnel avant la mi-octobre, au mieux. Et tout laisse penser que les marchés le jugent déjà caduc.

 

Le chef de l'Etat se présente volontiers comme le mieux armé pour affronter les tempêtes. Pour l'heure, il apparaît surtout comme tétanisé et impuissant face à la crise.

 

Enfin, il y avait cette promesse d'une "République irréprochable". Mois après mois, jour après jour, cette pauvre République apparaît au contraire l'otage des copains et des coquins, engluée dans de détestables affaires où l'argent gangrène le pouvoir, dans l'opacité et l'impunité. Hier, c'était - et c'est encore - l'affaire Bettencourt. Désormais, ce sont des proches du président, et jusqu'à Brice Hortefeux, directeur présumé de sa campagne de 2012, qui sont ou vont être entendus par la justice, soupçonnés d'avoir contourné sans scrupules les lois sur le financement des campagnes électorales, et déjà mis en examen pour certains.

 

Dans ce climat délétère, de débandade et de fin de règne, le futur système d'alerte des sapeurs-pompiers de France et de Navarre paraît bien dérisoire.

 

Gérard Courtois. Chronique "France", Le Monde.fr, 26 septembre 2011.

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