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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Slimane Bedrani est professeur à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie (ENSA). Il est également directeur de recherche au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread). Il a accordé une interview à Nora Boudedja dans El Watan du 9 janvier. Il évoque notamment le gaspillage de riches terres agricoles par l’urbanisation outrancière et mal gérée. Extraits

 

 

Quelle est la situation du foncier agricole en Algérie notamment après l’adoption de la loi sur l’orientation agricole qui contient des articles visant à protéger cette ressource ?

 

Les informations sur la situation du foncier agricole au niveau national sont inexistantes ou, si elles existent au ministère de l’Agriculture, impossibles à obtenir pour le vulgum pecus (et surtout pour les chercheurs universitaires qui travaillent sur les problèmes de l’agriculture) sauf à le demander au ministre en personne (et encore !)(1). Il y a quelques bribes d’informations qu’on peut glaner de temps en temps sur la presse nationale.

Ainsi, apprend-on par El Watan (18-12-2005) que le ministre de l’Agriculture de l’époque donnait le chiffre de 120 à 130 000 ha de terres agricoles urbanisées depuis 1962 (dont seulement 1 500 ha par le privé).

 

Ainsi, apprend-on, toujours par El Watan (11-12-2010), que 8 000 ha de superficie agricole utile (SAU) ont été utilisés pour réaliser des projets publics pour la seule période de décembre 2005 à avril 2008. Ainsi apprend-on par Forum Algérie (3-7-2010) que 11 900 exploitants font face à la justice pour «mauvaise exploitation et… détournement du foncier agricole relevant du domaine privé de l’Etat vers d’autres utilisations».

 

Mais jusqu’aujourd’hui, aucune information n’a filtré sur ce qu’il est advenu de ces poursuites. Le même média cite le ministre de l’Agriculture qui se désole que «cette situation a causé une grande perte pour le pays et a mis en danger la sécurité alimentaire de l’Algérie».

 

De façon générale, la situation du foncier agricole autour des villes est alarmante. Les riches terres maraîchères des domaines anciennement autogérés du littoral algérois (Chéraga et jusqu’à Tipaza, Bab Ezzouar, Bordj El Kiffan, Tamentefoust, et encore au delà(2)…), par exemple, ont été couvertes de béton (et toujours avec un urbanisme horizontal, gaspilleur de terres) au cours des années 90 et 2000 malgré les lois et règlements protégeant les terres agricoles, sans que la justice ne soit saisie ou ne condamne quand elle l’est, sans qu’aucun responsable concerné du ministère de l’Agriculture ne proteste vigoureusement contre un tel mépris de la loi (en démissionnant par exemple !).

 

Le gaspillage du foncier agricole – qui perdure - n’est pas dû au manque de lois et de règlements. Il est dû au fait que les lois et les règlements sont ignorés par beaucoup de ceux-la mêmes qui sont chargés de les faire respecter, au fait que l’Etat de droit n’existe pas pour les détenteurs du pouvoir et leurs clientèles.                                   

Nora Boudedja, 9 janvier. (Extraits) El Watan.com Interview de Slimane Bedrani

 

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