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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 31 décembre 2013

 

 

Depuis trois ans, l'irruption des masses populaires dans le jeu politique au Maghreb et au Machrek restera sans doute le phénomène majeur pendant une longue période. Chaque pays a sa particularité, mais partout, ce sont les mêmes tendances qui sont encore à l'œuvre depuis trois ans : d'une part, les appareils de protection de la domination utilisent leur "savoir" pour sauver les privilèges -dorénavant sérieusement menacés-, d'autre part les organisations politiques traditionnelles n'ont pas su faire jonction avec les nouvelles forces vives, lesquels peinent à digérer l'intense expérience vécue depuis trois ans.

 

 

En Egypte, six mois après la journée "révolutionnaire" du 30 juin, quelle est la situation des forces de gauche qui avaient fait le pari d'une coalition anti-frères musulmans, aux côté des conglomérats capitalistes, de la hiérarchie militaire et des services secrets? Trois mois plus tard, un communiqué du Parti "communiste" égyptien semblait convaincu que les forces du changement allaient reprendre la main. Avec une  hauteur souveraine, il appelait à "la dissolution des Frères musulmans et la criminalisation de ses activités, qui sont celles d'un groupe terroriste". Il préconisait dans le même temps une "alliance progressiste de masse avec les forces nassériennes, nationalistes et populaires pour la formation d'un grand front progressiste national-démocratique et de gauche, pour contrebalancer la position hégémonique des forces de droite".

 

 

Vous avez dit "Un grand front progressiste?" L'actuelle direction du parti communiste égyptien semble vivre dans une planète particulière. Comment va-t-elle expliquer, en cette fin d'année, que le "nassériste" Hamdin Sabbahi et le "socialiste" Mohamed Abul Ghar, saluent la perspective de voir le général Al Sissi diriger le pays? Que Hamdin Sabbahi, qui avait recueilli 20,7 % des suffrages aux présidentielles, annonce qu’il ne se présenterait pas aux élections, si Abdel Fattah Al Sissi était candidat?  (Une sorte de sketch à l'Algérienne mais appliquée déjà à un "premier mandat"?)

 

De leurs côtés, Les militants progressistes qui ont animé la Révolution de janvier remettent de plus en plus en cause l'alliance contre-nature du "30 juin". Le plus grand parti de gauche créé après la révolution (Al Tahaluf) vient d’éclater avec le départ de 280 membres refusant le soutien au général Al Sissi, tandis que le Mouvement du 6 avril, moteur de la révolution du 25 janvier 2011 réagit de plus en plus fermement contre la répression anti-démocratique dirigée jusqu'ici contre les Frères musulmans mais visant dorénavant les anciens révolutionnaires de la place Tahrir.

 

Pendant ce temps, sans autorisation, les gens continuent de manifester dans les rues, refusant la violence armée que le général veut les acculer à choisir (scénario dit "à l'Algérienne"); le mouvement social égyptien reprend son indépendance et... ses grèves; le nouveau pouvoir auto baptisé "néo-nassérien" signe cependant des contrats très réels avec les grandes multinationales occidentales, tout en faisant des yeux doux inoffensifs à Poutine.

 

 

En Tunisie, les forces de progrès n'ont pas basculé dans le piège égyptien. Elles n'ont pas avalisé la construction d'une alliance idéologique contre-nature du même type que celle qui a été pratiquée par les politiciens de "gauche" en Egypte. Le responsable actuel du Front populaire, le médiatique Hamma Hammami semble porter la principale responsabilité de la compromission de la gauche tunisienne avec la "destourie". Compromission qui n'a pas réussi à conduire à l'explosion civile. Dans tous les cas, un nouvelle phase plus apaisée s'ouvre avec la préparation des prochaines échéances électorales...

 

Quant à l'Algérie, nul n'est prophète dans son pays, dit l'adage. Ya a'raf Slaho, c'est ainsi que les Algériens désignent traditionnellement la personne qui agit sagement, dans la pleine connaissance de ses intérêts. Ici comme en Tunisie ou en Egypte, l'évolution est conditionnée, pour chaque groupe social, par la bonne ou mauvaise identification de ses propres intérêts.

 Dessin de Picasso

Bonne année 2014

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