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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

La participation du FFS aux élections législatives n'avait de mon point de vue qu'un objectif: provoquer le débat public démocratique sur la question du changement radical et pacifique. Il fallait sortir des logiques d'appareils et des stratégies conçues dans le secret. Une attitude politique conforme à l’éthique politique du Président du FFS qui a toujours refusé les conciliabules et autres deals concoctés à l’insu des militants et des citoyens.

 

 

Face à un pouvoir qui refuse toute autonomie aux acteurs politiques, syndicaux ou associatifs, le rôle d'un parti d'opposition est de leur ouvrir ses structures et d'agir pour leur permettre une plus grande visibilité et d’unifier les luttes populaires pacifiques par trop dispersées.

 

Donner un sens politique à ce rejet profond du système était la priorité des priorités et la raison d'être de l'opposition démocratique que se doit d'incarner sans faiblesse le FFS. L’utilisation de la tribune d’une Assemblée, discréditée par avance, est de faire écho à cette colère profonde et légitime de nos compatriotes.

 

Le silence de la direction du FFS tout le long de la campagne sur les atteintes aux libertés et les violations des droits de l’homme a semé le trouble chez beaucoup de militants et de sympathisants, ainsi que chez de nombreux militants de la démocratie et de la justice sociale. Faut-il rappeler que lors des élections législatives de 1997, le FFS a été au cœur de la dénonciation du scrutin qui a vu un parti, le RND, grâce à une fraude massive, remportait la majorité des sièges. Cela n’a pas pour autant conduit le FFS à se retirer de l’APN.

 

Hier, c’était le RND, aujourd’hui le FLN, Conjonctures différentes, même finalité : restructuration autoritaire du pouvoir avec, cette fois, pour objectif de se débarrasser d’un parti, le FFS, en l’associant au système rentier et en brisant, ainsi, son capital de crédibilité et de sympathie pour le neutraliser et l’empêcher de fédérer les forces du changement.

 

Car, comment ne pas percevoir derrière le coup de force électoral du pouvoir, signe de fragilité politique faut-il le souligner, un avertissement donné à tous ceux qui ne désespèrent pas d'une Algérie libre, démocratique et réconciliée, à tous ceux qui sont "fatigués d'être fatigués", pour reprendre une formule de la « charte des 77 » qui a permis la remobilisation de la population en ex-Tchécoslovaquie comme un prélude à la transition démocratique ?

 

Ce n’est pas la participation du FFS aux « élections »du 10 mai qui est en cause, c’est le sens que lui ont donné ceux qui ont pris en otage un appareil politique et, peut-être, son Président.

 

Comment ne pas douter que ces « éléments », au vu d’une campagne électorale affligeante et des déclarations post-électorales en rupture totale avec la structure et les éléments de langage même du discours politique traditionnel du FFS, ont délibérément opté pour un ralliement à la politique clientéliste et de cooptation du pouvoir ?

 

L’éthique et le courage politiques auraient été d’assumer un tel changement stratégique et de l’expliquer publiquement en toute transparence !

 

Les menaces d’ingérences étrangères que d’aucuns ne contestent, ne peuvent justifier un tel abandon des idéaux pour lesquels de nombreux militants se sont sacrifiés depuis 1963, surtout que le coup de force électoral accélère la mise sous tutelle de l’étranger de notre jeune Nation. Dans un contexte international des plus incertains, avec un capitalisme financier mondial conquérant, le pouvoir d'Alger de plus en plus isolé ira de concessions en concessions jusqu'à hypothéquer une souveraineté nationale déjà bien malmenée.

 

Exit les grands principes révolutionnaires qui ont animé la naissance de l''Etat algérien, le pouvoir d'Alger n'aura de mieux pour assurer sa pérennité que de faire valoir un rôle de sous-traitant régional des intérêts étrangers.

 

La complaisance des puissances occidentales avec le régime d'Alger ne surprend donc pas. Elle trouvera dans le "quota" de femmes qui ne modifie en rien la condition féminine et l'illusoire containment des islamistes de quoi la justifier vis-à-vis de leurs opinions. Affirmer comme l'a fait la "direction" du FFS que le dispositif électoral du pouvoir a mis en échec la bipolarité islamistes/anti-islamistes relève plus de la méthode Coue ou plus grave, d’une alliance non avouée avec certains cercles compradores dominant au sein du pouvoir, que d'un examen attentif des réalités politiques, sociologiques et culturelles de notre pays et des stratégies du pire au sein du système.

 

 

La stabilité politique du pays qui se mesure au degré d'intégration démocratique n'est plus une préoccupation majeure pour ceux qui régentent la vie des Algériens. Le vide politique consécutif à l'absorption dans le système de ce qui reste de l'opposition démocratique est cependant un pari risqué pour ceux qui confondent dépolitisation et infantilisation de la société et de la jeunesse en particulier. Une stratégie de fuite en avant qui peut conduire au scénario catastrophe à l’égyptienne (programmé?) d'un face à face entre l'Armée et le peuple.

 

Un parti comme le FFS qui a su résister à toutes les tentatives de normalisation pour préserver ses racines sociales et populaires est aujourd'hui à un tournant décisif. Jamais le risque n'a été aussi grand de le voir, du moins son appareil, renoncer à ce qui fait sa particularité dans l'insondable "champ politique" algérien: sa Radicalité politique. C'est à dire cette conviction largement partagée par nos concitoyens que le changement démocratique ne peut venir du système. Loin du populisme, la Radicalité politique vise à la remobilisation politique de la société pour imposer un rapport de force de nature à affaiblir le "bloc social », antinational et antisocial, hégémonique au sein du pouvoir d’Etat. Et dans un même mouvement isoler leurs "relais" au sein de la société et à l'intérieur des forces démocratiques, dont le FFS.

 

Les menaces publiques d’exclusions brandies par l’actuelle « direction » du FFS, instrumentalisée par des individus compromis, à l’encontre de tous ceux qui se battent pour préserver l’autonomie de décision du FFS sont lamentables. Elles donnent une piètre image politique d’une « direction » inquiète à l’idée d’un libre-débat, garanti par les textes statutaires. Même le FLN de Belkhadem n’a pas osé proférer de telles menaces à l’encontre des « redresseurs » !

 

Plus que jamais, la tenue d’une conférence des cadres et des militants du FFS est une nécessité stratégique pour rassembler, sans exclusive, les forces dispersées et faire face à cette entreprise de domestication de l’opposition radicale et pacifique.

 

Samir BOUAKOUIR (FFS)

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