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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ferhat Abbas, Jijel et Le Rachidi

Dans son livre « Cinq hommes et la France » (Le Seuil 1961), Jean Lacouture retrace la vie de Mohamed V, Ho Chi Minh, Sékou Touré, Bourguiba et Ferhat Abbas. Lacouture décrit l’influence exercée par Jijel sur le futur chef du GPRA:

« Djidjellli, c’est non seulement l’ouverture vers la mer, vers l’Europe, c’est aussi une petite cité où la tradition revendicatrice, sinon nationaliste, est ancienne. Sans remonter aux grandes révoltes, à la tradition de Mokrani, relevons que dès le début du siècle, y était publiée une petite feuille, intitulée Le Rachidi, qui militait pour l’égalité des droits entre Musulmans et Européens. Peut-être le jeune Abbas fut-il, dans sa jeunesse, influencé par le directeur de cette publication, Si Abdelaziz.* »

 Le Rachidi, La voie droite, fut l’œuvre d’un groupe de cinq jijéliens, ayant 34 ans de moyenne d’âge. Ce groupe était composé de trois intellectuels, Abdelaziz Abdelaziz*, Badri Ferhat et Fergani Boudjemaâ, dit Bachir, et de deux commerçants, Benkhellaf Abderahmane, dit Ahcène, et Hadjamar Mohamed, dit Hamou.
 
C’était un journal particulièrement sévère pour les délégués indigènes au sein des délégations financières. Il reproche à l’administration coloniale de privilégier les illettrés fortunés, ayant des liens maraboutiques, à ceux des indigènes qui ont suivi des cours du cycle secondaire ou supérieur. Les critiques envers les concitoyens sont légion. Ainsi, dans l’édition du 29 décembre 1911, celles-ci s’attaquent au président de la section arabe des délégations et ses semblables, qui sont traités «d’assoiffés de décoration, d’agenouillés, couverts de décorations et de vêtements superbes», qui ne se doutent pas que «lorsqu’on les voit passer, l’épithète vendu monte de toutes les bouches».
 Commentant la nomination au poste de cadi, à Guelma, de Sehili Taïeb, l’organe de Jijel note dans l’édition du 8 mai 1914, que «ce notable agenouillé, délégué financier, chevalier de la Légion d’honneur, est arrivé par ses intrigues à décrocher un poste convoité». Le Rachidi ne s’empêchait pas ainsi de ridiculiser les suppôts du colonialisme, à l’instar de ce bachagha et grand officier de la Légion d’honneur, membre de la Chambre d’agriculture et de Commerce de Constantine, traité, dans l’édition du 17 mai 1912, de «vieux turban qui ne cherche qu’à servir ses intérêts personnels et à obtenir des décorations». Qualifié d’incapable, «qui n’occupe même pas son siège dans les assemblées où il est élu», le journal lui dénie le titre d’élu de Constantine, en lui précisant : «Seul votre or vous donne un titre que vous ne méritez pas».
 
*Abdelaziz Abdelaziz, le frère de mon grand-père, est membre de la famille des Hedjiaidj. Né en 1877 à Taher, ce normalien sortant de la Bouzaréah,est instituteur à Guerrara (algérois), en 1895, puis dans la région de Taher, à Zitouna, à Beni Siar en 1902 et Taher même en juillet 1908. Il entreprend une campagne d’alphabétisation dans la région Jijelienne, notamment à Ouled Askeur et Beni Siar. En 1911 il entre dans la magistrature comme oukil judiciaire. Abdelaziz Abdelaziz meurt le 25 juillet 1952 à Jijel.
 
 Mis en ligne le 15 juillet 2012

 

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