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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le ministre des finances a déclaré que la procédure de rachat de Djezzy prendra plusieurs mois. Le ministre de l’Industrie, après avoir dans un premier temps annoncé le lancement de la 3G sans Djezzy, revient en arrière. La téléphonie mobile attendrait des jours meilleurs pour la 3G. Il y une vingtaine d’années, l’octroi de la première licence de téléphonie mobile à Orascom fut le résultat d’une décision stratégique erronée prise par le pouvoir, sur recommandation du Fonds d’investissement Carlyle, au détriment de l’opérateur public. L’égyptienne Djezzy a donc eu de l’avance. Mais, à la différence des années 90, Il existe aujourd’hui plusieurs autres opérateurs susceptibles d’assurer la 3G, dont l’entreprise publique Algérie-télécom. Les propriétaires de Djezzy demandent près d’une dizaine de milliards de dollars pour vendre Djezzy à l’Etat. Abed Charef pose une question de bon sens : « Et si l’Algérie décidait de ne pas racheter Djezzy dont la licence expire bientôt? »  

 

S. A. 4 avril 2012

 

 

 

Le lancement de la 3G en Algérie suspendu au règlement du dossier Djezzy

 

Par Yazid Ferhat

 

 

Moussa Benhamadi enchaine les voltes-faces concernant le lancement de la 3G. Après avoir « sérieusement » envisagé d’aller vers la 3G sans Djezzy, le ministre algérien de la Poste et des Technologies de l’information et de communication change de cap.

 

Plaidant un « souci d’équité entre les trois opérateurs », il envisage désormais une suspension de tout le processus jusqu’à ce que soit connue l’issue du dossier du rachat de l’opérateur Djezzy, qui risque pourtant de prendre encore des mois.

 

Le lancement de la technologie de 3ème génération (3G) de la téléphonie mobile est désormais suspendu au règlement du dossier Djezzy. C’est ce qu’a affirmé dimanche le ministre de la Poste et de la Technologie de l’information et de la communication, Moussa Benhamadi. Dans une déclaration à la première chaine de la radio nationale, M. Benhamadi a précisé que l’octroi de la licence 3G ne se fera qu'une fois le dossier OTA (Orascom Télécom Algérie) réglé.

 

Le ministre multiplie ainsi les volte-face concernant le lancement de la 3G, alors que les préparatifs pour l'élaboration du cahier des charges ont débuté en décembre dernier. Dans une précédente déclaration, M. Benhamadi avait affirmé que le lancement de la 3G pourrait se faire sans l’opérateur Djezzy. « Si la situation de Djezzy perdure, nous serons obligé d’avancer sans lui », avait-il précisé en marge la cérémonie d’installation de la commission nationale de large bande (haut et très haut débits), au Cerist de Ben Aknoun, en février dernier. M. Benhamadi affirmait alors qu’il était parfaitement envisageable de lancer la 3G avec les deux autres opérateurs, Nedjma et Mobilis. Quitte à pénaliser 16 millions d’abonnés. Car, avait-il soutenu, « les abonnés des autres opérateurs ne doivent pas être pénalisés ».

 

Une semaine auparavant, M. Moussa Benhamadi avait même implicitement imputé à Djezzy la responsabilité du retard dans le lancement de la 3G. Invoquant un souci d’équité entre les trois opérateurs, le ministre avait affirmé qu’il serait bon de temporiser jusqu’au règlement définitif de ce dossier à rebondissement.

 

 

Le lancement de la 3G risque de prendre encore des mois

 

 

A présent, M. Benhamadi est revenu à la case de départ : le processus du lancement de la 3G est suspendu jusqu’au règlement du dossier Djezzy. Un règlement qui risque pourtant de prendre encore des mois, de l’avis même du ministre des Finances Karim Djoudi. Pour Benhamadi par contre, les négociations concernant le dossier Djezzy s'achèveront durant les prochaines semaines.

 

Ce week-end, le ministre des Finances avait annoncé l'achèvement de l'évaluation de Djezzy, soulignant que les négociations avec le russe Vimpelcom, propriétaire d’OTA « se poursuivent pour arriver à un accord sur la valeur de la transaction ». Vimpelcom avait racheté en mars 2011 le groupe italien Wind Telecom qui détenait 51% d'OTH (Orascom Télécom Holding), propriétaire majoritaire d'OTA.

 

Après avoir à maintes fois affiché sa volonté de reprendre totalement OTA, l’Etat algérien a pris un nouveau virage en décembre dernier, pour se contenter d’une participation majoritaire. Le groupe russe a accepté de céder la majorité du capital de Djezzy, sous réserve d'un prix « acceptable ». Ce prix était celui exigé par l’ancien propriétaire de Djezzy, Naguib Sawiris, à savoir 7.8 milliards de dollars pour la totalité de l’opérateur téléphonique. Des sources au ministère des Finances avaient parlé la semaine dernière de 6.5 milliards de dollars pour la participation majoritaire de l’Algérie dans l’opérateur. Une information démentie par le ministre des Finances, qui précise que la valeur de la transaction fera l’objet d’un communiqué commun entre les deux parties une fois les négociations achevées.

 

Et si l’Algérie décidait de ne pas racheter Djezzy ?

 

Par Abed Charef

Mardi 3 Avril 2012

 

L’Algérie fait le forcing pour racheter Djezzy. Elle s’y prend de la pire des manières. Pourquoi avoir fait de cette opération une question de vie ou de mort ? Pourquoi ne pas envisager un autre choix, beaucoup plus simple : ne pas acheter Djezzy, dont la licence expire bientôt?


L’Algérie doit-elle absolument racheter Djezzy ? Cette opération, qui tourne à l’obsession, s’est transformée en un interminable feuilleton. Le ministre des Finances Karim Djoudi, et celui de la Poste et Technologies de la Communication, Moussa Benhamadi, sont contraints de s’exprimer sur le sujet à chaque fois qu’un micro leur est tendu.

Pour l’heure, on en est à cette nouvelle rumeur, selon laquelle l’Algérie aurait décidé de racheter 51 pour cent de Djezzy pour 6,5 milliards de dollars. Ce qui valoriserait Djezzy autour de douze milliards, soit 50 pour cent plus cher que ce qu’avait demandé OTA1 au départ. L’information a été rapidement démentie par le ministère des finances, qui affirme que les travaux d’évaluation de la compagnie ont été achevés, et que les négociations pour finaliser l’accord vont démarrer.

Comment en est-on arrivé à cet imbroglio juridique et commercial? Dans un premier temps, la compagnie Orascom de l’Egyptien Naguib Sawiris, considéré comme proche de Hosni Moubarak, remporte un appel d’offres pour une licence GSM. Il présente l’offre la plus élevée, certes, mais il bénéficie, dans la foulée, d’avantages tels que Djezzy, la marque commerciale lancée en Algérie, connait un succès fulgurant. Crédits auprès de banques algériennes, vente de lignes au prix fort avant le lancement de Djezzy, blocage de fait de l’opérateur historique Mobilis, tout sourit à Sawiris, qui fait de Djezzy l’opérateur numéro un en Algérie, avec près de dix sept millions d’abonnés.

Avec une mise de départ de 200 millions de dollars, il réalise des bénéfices qui dépassent rapidement le demi-million de dollars par an. L’homme se plait tellement en Algérie qu’il oublie de payer les impôts, et tente de se diversifier en achetant des cimenteries, à l’époque où, note El-Kadi Ihsane, Abdelaziz Bouteflika était dans sa période ultra-libérale et voulait tout privatiser.

Mais les choses tournent au vinaigre quand les Algériens découvrent le fil à couper le beurre : Sawiris est un homme d’affaires qui veut gagner de l’argent, beaucoup d’argent, et s’intéresse peu au sort de l’Algérie. Développer le pays n’est pas sa passion. Il le montre quand il revend les cimenteries achetées pour une bouchée de pain, et quand les banques révèlent le montant fabuleux des bénéfices qu’il transfère à l’étranger. L’Algérie découvre, ahurie, que pendant que les Algériens parlent, les millions de dollars affluents dans les caisses de Sawiris.

Le match de football contre l’Egypte marque le tournant symbolique des relations avec Djezzy. Les autorités algériennes mettent la pression, et passent les comptes de l’entreprise au crible.

L’administration des impôts décide redressement fiscal sur redressement. Elle bloque les transferts, ce que la loi lui permet.

Naguib Sawiris a compris. Il n’est plus le bienvenu. Il baisse la tête, et cherche une solution. Mais pour ne pas se retrouver en tête-à-tête avec les autorités algériennes, il réussit un coup de maître : il vend ses parts au russe Wimplecom. Et c’est ainsi que la bureaucratie algérienne se trouve face à une nouvelle donne : elle doit négocier avec un nouveau partenaire, sur lequel elle n’a pas de prise.

Du coup, toutes les données changent. Certes, la procédure d’achat se poursuit, avec la désignation d’un bureau d’affaires chargé d’évaluer la valeur de Djezzy. Mais avec ce changement de propriétaire, une question assez simple s’impose : pourquoi faut-il à tout prix racheter Djezzy ?

Plusieurs raisons ont été avancées, mais aucune ne s’est avérée totalement convaincante. A-t-on voulu simplement « dégager » Naguib Sawiris, quand ses « infidélités » sont devenues évidentes ? S’est-on engagé dans une opération dont on ne sait plus sortir ? Trouve-t-on qu’il vaut mieux payer une fois, cash, pour racheter Djezzy plutôt que de laisser des devises fortes quitter le pays sur une très longue durée ? Ou bien, y a-t-il de solides rétro-commissions à percevoir lorsque l’opération sera conclue ? Ou encore, comme le murmurent quelques spécialistes sur le ton de la confidence, y aurait-il des questions de sécurité dans le dossier ? Et si c’est vrai, comment ont été gérées ces questions de sécurité depuis que Djezzy existe ?

Quelle que soit la vraie raison -peut-être une simple colère du président Bouteflika-, il est évident que l’Algérie s’y prend de la pire des façons. La démarche algérienne ressemble au comportement d’un enfant qui veut à tout prix acheter un jouet qu’il a vu dans une vitrine. L’enfant pleure, tape sur le sol, ne veut pas quitter les lieux. Ce qui fait évidemment le bonheur du vendeur. Celui-ci n’a aucun effort à faire. Il sait qu’il est en mesure d’imposer ses conditions face à l’entêtement du gamin et à la résignation de la mère. La situation devient encore plus inquiétante quand la Banque Centrale d’Algérie publie ses bilans sur les réserves de change, et quand Sonatrach annonce qu’elle est prête à participer à l’opération. C’est le signe que l’Algérie est prête à payer n’importe quelle somme pour racheter Djezzy, ce qui augmente d’autant les appétits des vendeurs.

Cette évolution du dossier a amené l’économiste Mourad Goumiri à poser la question de manière radicalement différente. Pourquoi veut-on, coûte que coûte, racheter Djezzy aujourd’hui ? Quel intérêt économique, politique, technologique, sécuritaire ou autre, présente l’opération, pour qu’on s’acharne à la concrétiser à n’importe quel prix? Pourquoi racheter une entreprise quinze à vingt fois la mise initiale consentie par son propriétaire ?

Le point de vue Mourad Goumiri est tranché. Le rachat de Djezzy est « très mal engagé, et se dirige tout droit, à terme, vers un scandale financier », écrit-il, lançant un véritable appel : « Il nous parait plus que nécessaire que les autorités de notre pays déclarent publiquement et clairement ne plus être candidat au rachat d’OTA pour l’instant ». Il sera toujours temps d’aviser « dans trois à cinq ans, lorsque les indicateurs réels du marché nous indiqueront la marche à suivre ». La licence d’OTA arrivera alors à expiration. Des conditions autrement plus favorables pour la négociation.

 

Abed Charef, 3 Avril 2012. La Nation.info

 

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