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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Dans son essai « La Martingale algérienne », l’ancien gouverneur de la banque centrale algérienne, Hadj Nacer, écrit : « La nature a horreur du vide. La disparition, depuis 1992, de toute tentative d'élaboration d'un processus d'arbitrage, a conduit à la délocalisation de la décision stratégique à l'extérieur du pays. Pendant que Carlyle décide qu'Orascom sera le détenteur de la licence de téléphonie mobile, l'arbitrage se résume au partage du reliquat de la rente ». (La Martingale algérienne, p50).  

Après avoir fait d’Orascom le pionnier de la téléphonie mobile au détriment de l’entreprise publique Algérie télécom, le pouvoir veut-il se « rattraper » en rachetant 71% des parts de Djezzy ? A n’importe quel prix ? Cela lui vaut une des analyses caustiques d’Ahmed Selmane dans la Nation.

 

 L’Etat investit dans Djezzy… Sawiris doit s’amuser

 

L’Etat algérien pourrait prendre 51% de Djezzy s’il y met un « prix acceptable ». Ce n’est pas Naguib Sawiris qui l’énonce, c’est VimpleCom, le groupe russo-norvégien qui l’annonce. Le gouvernement n’ose pas – encore – présenter la chose comme une « victoire ». VimpleCom qui l’a précédé dans l’annonce de la conclusion d’un « accord d’entente », précise que celui-ci n’est pas contraignant. Et qu’il dépendra du prix que l’Algérie mettra dans le rachat de ces 51%.

 

Avait-on besoin de racheter Djezzy après lui avoir permis, début des années 2000, d’entrer dans un marché où l’opérateur public historique était ligoté par une quasi interdiction d’investir et par une incroyable instabilité managériale ? La montée en force de Djezzy est un cas unique et rare, où un opérateur nouveau vient, en peu de temps, bousculer l’opérateur public et prendre sa place de leader. Cela n’était pas inéluctable. Il aurait fallu préalablement lever les entraves sur Algérie Télécom, cesser les intrusions politiques et laisser l’entreprise travailler.

 

Finalement, c’est pratiquement une décision politique qui a fait entrer Sawiris et c’est une  autre décision politique qui cherche, c’est beaucoup plus difficile, à le faire sortir. Dans les deux cas, cette « décision politique » ne fait pas l’effort d’une explication. S’il ne sert à rien de revenir au « lointain » passé de l’entrée d’Orascom Telecom en Algérie, on peut se demander pourquoi un Etat, toujours incapable de laisser l’entreprise publique Mobilis fonctionner correctement, se piquerait-t-il de racheter un opérateur privé ? Quel gain escompter hormis de satisfaire, à un prix élevé, la colère d’avoir appris qu’un autre Sawiris avait vendu, sans demander leur avis aux autorités algériennes, ses cimenteries au groupe Lafarge et parmi lesquelles se trouvaient deux cimenteries algériennes.

 

Le ministre des finances Karim Djoudi affirme que la décision d’acheter Djezzy n’était pas motivée par une « question d’honneur », il n’arrive pas à convaincre. Mais qu’à cela ne tienne, la « punition » qu’on aurait infligée à Naguib Sawiris est sans effet. Lui, il a vendu suivant les règles en vigueur du capitalisme mondialisé, la majorité des actions de l’entreprise qui compte Djezzy parmi ses propriétés. Et après avoir fait la victime, il laisse l’Etat algérien face à son repreneur, le russo-norvégien VimpleCom.

 

Officiellement, en optant pour l’achat de 51%, l’Etat algérien exercerait son « droit de préemption » introduit dans la loi de finances 2009. En réalité, on n’est plus dans cette configuration. Sawiris a bien cédé son entreprise à VimpleCom et le droit de préemption ne s’est pas exercé. L’Etat algérien va acheter 51% de parts d’une entreprise que Sawiris a vendue aux russes. Comme quoi, le « nationalisme économique », dont ce droit de préemption sera la haute expression, est bien vide. Et

 

on attendra de savoir le montant du «prix acceptable » que l’Etat algérien consentira à débourser pour l’achat, pour des raisons non évidentes, de 51% de l’entreprise. Sawiris doit rire sous cape et se frotter les mains.

 

Ahmed Selmane, 10 janvier 2011. (Extrait) Texte intégral :  La nation.info

 

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