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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"La vie d'Adèle" du Franco-tunisien Abdellatif Kechiche, a remporté dimanche la Palme d'or du 66e festival de Cannes.

DR

                   

 

 

Si le Tunisien Oualid Hamdi s’attache, dans Nawaat.org, à analyser le contenu du film de Abdelattif Kechiche et les réactions des citoyens tunisiens à l’annonce de la Palme d’or, Hichma Hamza ne se préoccupe, dans Oumma.com, que du curriculum-vitae de l’artiste lauréat : « Le cinéaste qui a dédié sa Palme d’or aux « Tunisiens » qui ont accompli la « révolution » avait accepté en 2008 une décoration remise au nom de l’ex-despote Ben Ali. » Oualid Hamdi n’évoque à aucun moment le passé. Il nous donne une idée du film qui traite « un sujet encore tabou dans plusieurs sociétés même occidentales, que dire de la nôtre, une société arabo-musulmane, conservatrice et assez machiste. Les tunisiens sont divisés: certains pensent qu’encore une fois, pour qu’un arabe gagne un prix de ce genre, il faut qu’il “provoque”, qu’il traite un sujet tabou et qu’il montre des scènes anodines. Certains autres se disent fiers d’un “fils du pays” qui gagne un prix prestigieux et international et le dédie à la jeunesse tunisienne ».

 Nous mettons en ligne les deux articles.

 

 

Quand Abdellatif Kechiche était décoré par Ben Ali

 

Par Hichma Hamza (Oumma.com)

 

Le cinéaste qui a dédié sa Palme d’or aux « Tunisiens » qui ont accompli la « révolution » avait accepté en 2008 une décoration remise au nom de l’ex-despote Ben Ali.

Les photographes s’affolent tandis que les convives de la cérémonie affichent leur plus beau sourire. L’homme présent au pupitre, muni de la Palme d’or, dédie sa récompense, obtenue de justesse, «aux jeunes Tunisiens pour leur acte extraordinaire, la révolution tunisienne, et pour leur aspiration, eux aussi, à vivre librement, à s'exprimer librement et à aimer librement».

Applaudissements nourris dans la salle du festival de Cannes. Qui se souvient alors, hormis une poignée de vieux apparatchiks exilés du régime de Ben Ali, que le cinéaste primé, dénommé Abdellatif Kechiche, s’était montré -autrefois- plus délicat envers les anciens oppresseurs de Tunis ?

Nous sommes en mars 2008. Un mois auparavant, le réalisateur franco-tunisien avait triomphé aux Césars pour « La graine et le mulet » : quatre statuettes décrochées dont celle du meilleur film. Le clan Ben Ali, prompt à tisser des relations avec les Tunisiens influents de l’étranger, se devait d’honorer le fils du pays dont la famille était partie s’installer en Côte d’Azur, dans la ville de Nice. Le jeune Abdellatif avait alors six ans. Et si l’on en croit sa déclaration, prononcée au ministère tunisien de la Culture -lors de sa décoration- et relatée par l’agence TAP, le départ a laissé des traces dans sa mémoire :

« Le ministre de la culture et de la sauvegarde du patrimoine décorant M Abdellatif Kechiche.

TUNIS, 14 mars 2008 (TAP)- Sur instructions du Président Zine El Abidine Ben Ali, M. Mohamed El Aziz Ben Achour, ministre de la culture et de la sauvegarde du patrimoine a décoré vendredi, au siège du département, le réalisateur de cinéma Abdellatif Kechiche, des insignes d'officier de l'ordre du mérite national, au titre du secteur culturel, en présence d'une pléiade d'artistes et de journalistes.

Abdellatif Kechiche s'est dit fier d'avoir reçu cette distinction, exprimant sa gratitude au Président Zine El Abidine Ben Ali pour ce noble geste, ajoutant :''Le fait que le film ait plu au public tunisien constitue un grand honneur pour moi. Cela apaise ma nostalgie du pays'' ».

Après s’être défini -en 2010- comme un citoyen « porté par les idéaux de la République et des Lumières », l’homme qui rend désormais hommage aux insurgés tunisiens ne s’exprime jamais sur son rapport à la Tunisie sous la présidence de Ben Ali. Tout juste peut-on apprendre, au détour d’un entretien, qu’Abdellatif Kechiche a failli -au début des années 2000- se reconvertir dans l’industrie fromagère au sein de son pays natal. Comble de l’ironie : celui qui accepta d’être décoré en 2008 est le même individu qui qualifia, dans un entretien accordé aux Inrockuptibles, le régime de « redoutable dictature » en février 2011 -soit quelques semaines après la chute de Ben Ali.

 

Amnésie collective

 

Désormais encensé par François Hollande, le cinéaste n’était évidemment pas le seul à se compromettre avec un régime despotique. Comme l’avait relaté Oumma au début du soulèvement, il existait, en France, un véritable « lobby tunisien » qui s’était toujours montré indulgent envers Ben Ali. S’il doit actuellement subir une cascade de révélations relatives à son attitude méprisante et ingrate lors du tournage houleux de « La vie d’Adèle »,Abdellatif Kechiche -qui se flattait jadis de « mettre tout le monde sur un pied d’égalité »- n’est guère interrogé sur son indulgence passée à l’endroit d’un régime liberticide. D’autant que son apparente désinvolture au sujet des multiples atteintes aux droits de l’homme en Tunisie ne pouvait pas s’expliquer par un manque d’informations(…)

 

Informé -en 2008- de sa décoration, Abdellatif Kechiche, déjà « honoré »-trois ans plus tôt- par les autorités tunisiennes, aurait pu formellement la décliner ou, du moins, choisir de ne pas aller la chercher. Il l’a pourtant acceptée. Sa déclaration emphatique, dimanche soir, à destination de ces « jeunes Tunisiens » à l’origine d’un « acte extraordinaire » lui permet dorénavant de rejoindre la longue liste des personnalités que l’on surnomme, avec délicatesse, les « révolutionnaires de la dernière heure ».

 

 

Dix raisons pour projeter “La vie d’Adèle” de Abdellatif Kechiche en Tunisie

 

 

Par Oualid Hamdi (Nawaat.org)

 

 

La polémique commence après que le film du cinéaste français d’origine tunisienne Abdellatif Kechiche ait remporté la Palme d’or de l’édition de 2013 du prestigieux festival de Cannes.

 

En effet, le film traite le sujet d’une adolescente qui se découvre amoureuse d’une femme qui bouleverse sa vie ; un sujet encore tabou dans plusieurs sociétés même occidentales, que dire de la notre, une société arabo-musulmane, conservatrice et assez machiste. Les tunisiens sont divisés: certains pensent qu’encore une fois, pour qu’un arabe gagne un prix de ce genre, il faut qu’il “provoque”, qu’il traite un sujet tabou et qu’il montre des scènes anodines. Certains autres se disent fiers d’un “fils du pays” qui gagne un prix prestigieux et international et le dédie à la jeunesse tunisienne.

 

Cependant, mis à part toute sorte de “faux nationalisme” qui pousse les uns à dire que Kechiche est français et les autres à le dire tunisien, et loin de polémiquer sur le sujet de l’homosexualité qui n’est guère un sujet de priorité pour la Tunisie, voici dix raisons qui plaident en faveur de la projection du film “La vie d’Adèle” de Abdellatif Kechiche dans nos salles tunisiennes.

 

1-Par respect au cinéma d’abord. Ceci est un film qui vient de récolter le meilleur prix de Cannes, l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux au monde. Ne pas le montrer c’est comme cracher dans la gueule de n’importe quel cinéaste.

2-Ce film raconte une histoire qui, selon les plus grands chroniqueurs, est extrêmement riche en drame et en émotions et les deux scènes crues pourrait être revues comme ce serait sûrement dans le cas de la majorité des pays ou le film sera projeté.

3-Chacun peut choisir d’aller ou de ne pas aller au cinéma. Ce n’est pas comme la télévision. Donc chacun a une tête sur les épaules pour pouvoir prendre sa décision sans influence.

4-Le réalisateur, l’a dédié à la jeunesse tunisienne qui, sans aucun doute voudrait sûrement le voir. Clairement, ce film n’est pas destiné aux vieillards qui décident du sort de la Tunisie actuellement.

5-Le sujet traité est certes tabou mais c’est un sujet de société et donc on peut y fermer les yeux ou alors, qu’on veuille voir le phénomène comme problème, maladie, providence ou autre, le film permettrait de plonger un peu dans les têtes des individus concernés pour essayer de comprendre et mieux “analyser”.

6-Par encouragement aux cinéastes tunisiens qui baignent dans les problèmes d’un cinéma mourant depuis des années. Pour dire qu’on a du potentiel et qu’il faut croire à ce qu’ils font. Dans le cas contraire, le dégoût serait encore plus grand.

7-Il faut absolument garder la flamme des débats qui poussent les Tunisiens à parler, à s’activer, à écrire, à débattre et à discuter surtout dans cette période ou le sujet de l’actualité est la peur de perdre un mode de vie de bons vivants connu par nous Tunisiens, au prix d’une censure qui ira sûrement un jour à devenir une auto-censure comme dans un passé proche…

8-Faire venir Abdellatif Kechiche, Lea Seydoux et Adèle Exarchopoulos en Tunisie lors de la première projection du film en Tunisie qu’on pourrait aussi faire coïncider avec le début des journées cinématographiques de Carthage ferait un énorme coup de buzz médiatique, donnerait un signe positif aux chroniqueurs, auditeurs et cinéphiles étrangers et sauverait peut être une saison touristique qui s’annonce catastrophique au vrai sens du mot vu tous les articles et reportages sur notre pays lors des derniers mois. Censurer ce film contribuera sûrement encore plus à cet acharnement des médias étrangers contre la Tunisie.

9-En censurant le film, comme d’habitude, ça provoquerait l’effet inverse et tout le monde voudrait le voir. Et pour ça, les Tunisiens ne manquent pas de méthodes.

10-Puisque c’est un film choc et très médiatisé, il contribuerait au moins à faire des bonnes recettes à nos salles de cinéma, qui ferment dans les meilleurs des cas ou… deviennent des friperies.

 

Il reste à savoir si d’ici octobre, date de la diffusion officielle du film dans les salles françaises et européennes, ces arguments pourront convaincre notre ministère de le diffuser.

 

Le temps nous le dira.

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