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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Aoued Kaddour (Statoil) : « Même au Sahara, l’exploitation du gaz de schiste requiert une incitation fiscale »

 

 

L'atelier international sur le gaz de schiste, organisé par l’Association industrielle du gaz (AIG) le 27 février 2011 à Oran, a révélé le caractère controversé de l’exploitation de ce gaz non conventionnel. M. Aoued Kaddour, vice-président Asset Management Statoil (présent en Algérie dans le gaz conventionnel), fait le point, dans cet entretien, sur cette nouvelle expérience que compte mener Sonatrach. Sans détour au sujet du risque environnemental, mais aussi à propos des coûts élevés de la filière du shale, qui nécessite un coup de pouce fiscal. Si les Algériens tiennent vraiment à produire du gaz de schiste...

 


Quels sont les enjeux de l’investissement dans les hydrocarbures non conventionnels tels que le gaz de schiste ?


Premièrement, la polémique alimentée actuellement en Europe sur cette ressource s’explique par le fait que les gisements de gaz de schiste se trouvent dans les villes et non pas au Sahara, dans le désert. Leur présence dans les villes pose problème pour les populations. Or, en Algérie, la situation est différente. Les gisements ont été localisés dans le désert. Loin des populations. C’est toute la différence par rapport aux pays européens. Deuxièmement, il est difficile en Europe de développer le shale sans une étude d’impact préalable de cette ressource sur la population et l’environnement. N’importe quelle compagnie qui veut faire du gaz de schiste, doit réaliser cette étude. Ce sont les autorités locales et nationales qui doivent donner leur accord pour son développement ou pas. Pour le conventionnel dans le Sud, toute compagnie qui fait dans le développement doit inclure son impact avec l’avis et les commentaires des habitants. S’il n y a pas une bonne communication entre investisseurs et communauté, ça bloque et cela devient politique aussi.
Dans le cas algérien, on a déjà le conventionnel. Pour développer ce conventionnel, on doit avoir l’approbation des autorités. Pour le gaz de schiste, c’est nouveau. Cela n’a jamais été fait en Algérie. D’où l’utilité de ce séminaire. C’est pour comprendre les possibilités, les chalenges. On échange les idées et les expériences et notamment l’expérience des Etats-Unis et de l’Argentine.



Faut-il faire le transfert de l’expérience des Etats-Unis en Algérie ?


Aux Etats-Unis, c’est la même chose qu’en Europe mais différent par rapport à l’Algérie. En Algérie, le sous-sol est la propriété de l’Etat tandis qu’aux Etats-Unis, c’est une propriété privée. Il y a plus de possibilité de le développer parce qu’il y a le land down. Ils veulent de l’argent. Et donc veulent développer cette ressource. Alors qu’en Algérie, c’est à la charge de l’Etat. Aux Etats-Unis, par exemple, un fermier s’il est satisfait de l’évaluation d’impact, donne son aval et encaisse de l’argent. En Algérie, s’il y a un gisement de shale dans le désert, en principe son exploitation est facile du point de vue environnement et du point de vue impact aussi. C’est l’avantage de l’Algérie par rapport aux autres pays. Pour le moment, il y a que l’expérience américaine et une petite expérience en Argentine. Pour se lancer dans cette expérience, on a besoin d’eau. Il faut, donc, savoir faire le management hydraulique.



Certains opposants au développement du gaz de schiste mettent en avant l’argument du risque de pollution des nappes phréatiques. Comment évaluer-vous ce risque ?

Tout ça fait partie de l’évaluation. Aucune société ne sera autorisée à développer le gaz de schiste sans une étude préalable de son impact sur l’environnement. L’effet sur les ressources en eau fera partie de cette étude. Les ressources dépendent du data utilisé pour analyser. Le data, c’est en géologie. On a foré combien de puits ? Pas encore un seul pour le schiste en Algérie. On a foré des puits pour le conventionnel. C’est pourquoi on a plusieurs variations. Ce n’est pas encore finalisé. Il faut donner le temps aux organismes concernés de faire des estimations nécessaires. Ils sont en train de travailler dessus.



Le coût de revient de cet investissement pose aussi problème, qu’en pensez-vous ?



Pour le moment l’Etat algérien a un régime fiscal pour le conventionnel. Pour le non-conventionnel, le ministre a indiqué qu’ils sont en train de le revoir. Sonatrach et les investisseurs étrangers ont fait pas mal d’investissements dans des projets dans le conventionnel. Des investissements qui ont montré que ces gisements sont rentables et que les investisseurs peuvent avoir une rémunération acceptable de leur investissement. Concernant la flexibilité de la loi, c’est aux autorités de décider. Si l’Algérie veut que les investisseurs étrangers investissent dans le pays, il faut un système fiscal encourageant. Il y a une compétition mondiale sur les capitaux. Le marché algérien doit être attractif par rapport à la Pologne, l’Argentine et les Etats-Unis.



Propos recueillis Hafidh Abdelsalam,
Maghreb Emergent.

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