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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

DR

 

 

 

 

"Etranges étrangers"

 

 

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens

 

soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres

 

Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez

 

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

 

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

 

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

 

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

 

Jacques Prévert. Grand bal du printemps (1951)

Source: ldh-toulon.net

 

 

 

Deux poids

 

 

 

 

Ouach, les Français ne sont pas racistes ? Là tu te goures, sahbi. Quand tu vois que deux tiers des Français sont opposés à une éventuelle annulation de l'expulsion de Leonarda et de sa famille et au retour de la famille en France, selon un sondage publié, samedi 19 octobre, par «Le Parisien».

Moins d'un Français sur deux (46%) se déclare choqué par l'interpellation de Leonarda Dibrani, collégienne fi frança, en pleine sortie scolaire, puis expulsée avec sa famille, le 9 octobre, vers le Kosovo. Chez les sympathisants de gauche, ils sont 68% à se déclarer choqués par cette expulsion contre 24% pour les sympathisants de droite.

65% des Français sont opposés à une éventuelle annulation de cette expulsion et au retour de la famille en France. 55% des sympathisants de gauche sont favorables à l'annulation de l'expulsion contre 14% des sympathisants de droite.

Enfin le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le sbagnouli, est de nouveau, largement, soutenu ; les trois quarts des Français «approuvant» sa position, dans cette affaire. 57% des sympathisants de gauche disent approuver Manuel Valls, contre 89% des sympathisants de droite. Amala, gauche ou droite, c'est du pareil au même, le racisme leur coule dans les veines.

Rappelles-toi, lors des événements d'octobre 1961, combien d'Algériens ont été jetés dans la Seine. Si ce n'était pas du racisme ça c'est que moi je suis fou. Khelliiik, sahbi, ils sont en train de défendre leur pays contre l'invasion étrangère, répond son ami. On n'a pas à dire s'ils sont racistes ou pas. Ils n'ont pas été au Kosovo pour expulser cette famille. A ces mots, le feu rouge oblige les deux compagnons à s'arrêter. Trois jeunes filles s'approchent du chauffeur tendant la main pour demander une pièce, dans un arabe approximatif. "Allah ijib klaouna ces Subsahariens, c'est à se demander ce qu'attend le gouvernement pour les renvoyer chez eux".

 

21 octobre 2013. El-Guellil

 

 

 

ROMS

 

 

 

Par Bertrand Rouziès-Léonardi, 20 octobre 2013

Projet d'article pour "L'encyclopédie au XXIème siècle

 

 

ROMS – Groupe hétérogène de nomades pacifiques, partiellement en voie de sédentarisation, qui fait plus parler de lui dans l’Europe moderne que la horde hunnique menée par Attila du temps où l’Europe, c’était Rome. On imagine mal – et peut-être n’y a-t-il rien à imaginer d’ailleurs – à quelles contorsions généalogiques les aryanistes nazis se sont livrés pour justifier l’ostracisation puis l’extermination des Roms d’Europe (de 250 000 à 500 000 sur les 700 000 recensés) : les Roms sont les lointains descendants d’« authentiques » Aryens, comme l’examen de leur langue, le romani, suffit à le prouver. Un premier groupe de Roms, des réfugiés climatiques, quitta le Sind (embouchure de l’Indus) au VIIIe siècle après J.-C., fit étape en Mésopotamie, puis gagna la Grèce pour échapper aux sbires du calife abbasside Al-Mu’tasim, qui tranchait du païen à ses heures perdues. Un second groupe de Roms, parti de la région de Delhi et composé des débris de l’armée des Rajputs vaincue à Teraïm en 1192 par un corps d’archers à cheval musulmans, parvint en Europe à la fin du Moyen Âge et se fondit dans le premier pour former la communauté des Romané Chavé, « Fils de Ram », le héros de l’épopée Ramayana. Voilà pour les grands mouvements, sur de longues distances et en plusieurs vagues. Il y eut par la suite, au XIXe et au XXe siècle, d’autres mouvements de Roms dans l’enclos européen, dus pour l’essentiel à l’abolition du servage dans les territoires moldaves et valaques, avec des prolongements dans le Nouveau Monde[1]. 

 

Là où les Roms passent, et sans qu’ils l’aient provoquée nécessairement, la bêtise repousse plus dru chez le péquin aigri et lâche qui préfère marcher sur la roulotte du pauvre en haillons plutôt que sur la Bastille du riche à millions. En France, si l’on en croit les journalistes et les représentants politiques – une minorité honnie mais encore très courtisée de sédentaires incapables de décamper de leur(s) mandat(s) -, ce serait le second sujet des conversations de zinc après les impôts. Les Roms « visibles » (non intégrés) seraient entre 15 000 et 20 000 dans le pays de Tony Gatlif. On exige d’eux qu’ils se sédentarisent ou s’en aillent, mais s’ils font mine de s’établir, dans des conditions le plus souvent précaires, on leur donne de bonnes raisons de reprendre la route, quand on ne les y force pas en les délogeant manu militari de leur aire. D’un côté, depuis le 5 juillet 2000, la loi Besson oblige les communes de plus de 5000 habitants à viabiliser et à lotir des terrains d’accueil pour les gens du voyage et semble reconnaître un droit à l’itinérance, de l’autre les maires arguent de toutes sortes d’obstacles insurmontables pour ne pas avoir à l’appliquer[2], préférant étendre les surfaces dévolues au pavillonnaire et au commercial. 

 

Bien des choses s’expriment dans l’obsession des Roms, dont peut-être l’antique, l’inoxydable défiance que suscite le vagabondage. Pour ne remonter qu’au XVIe siècle, on faisait en Suisse une différence entre le mendiant résidant en permanence dans le village et ayant une famille à charge, mendiant contrôlable, et les mendiants vagabonds, mendiants incontrôlables, coutumiers des larcins et des impostures dignes de la cour des miracles[3]. Or, semi-nomadisme[4] ne rime pas automatiquement et, de fait, rime rarement avec mendicité, maraude et misère. Du reste, de ce que le processus de sédentarisation des Roms était déjà bien amorcé au milieu du XIXe siècle pour qu’on puisse poser un premier rapport d’un (semi-)nomade pour trois sédentaires[5], il ne découle pas nécessairement qu’il est irréversible et que tous les Roms s’y soumettront pour échapper à la déchéance. Il n’est d’ailleurs pas certain que le risque de dessocialisation ou de déclassement soit conjuré par une domiciliation fixe, qu’on soit Rom ou pas. Si les conditions d’une nomadisation heureuse ou à tout le moins apaisée se trouvent réunies, il se pourrait même que des Roms sédentaires renouent avec la mobilité, comme cela s’observe en Italie[6]. Tout compte fait, nous devrions être reconnaissants aux Roms de nous inviter, par-delà la diversité des situations, à interroger la norme sédentaire. Nous devrions même les élire citoyens d’honneur au vu de leur seul bilan carbone. 

 

La sédentarisation, dans le cadre de petites structures urbaines, elles-mêmes inscrites dans un territoire vaste, peu peuplé et bien nanti en ressources essentielles, est tout à fait viable. Lorsque plusieurs milliards d’hommes y aspirent en même temps, sur une planète dégradée en surface comme en profondeur, et viennent grossir de leur flot incessant la souillure de l’urbanisation en tache, c’est un pandémonium en construction. Les semi-nomades, dans cette configuration, sont moins à craindre que ces foules d’aspirants à la propriété qui préparent un enfer à leurs enfants pour avoir leur coin de paradis. La question n’est pas de savoir si nous avons encore le choix. Nous devons, sous peine de connaître une extinction de masse, revoir totalement notre rapport au sol. 

 

Pourquoi ne pas envisager un semi-nomadisme, fondé sur un gel de l’occupation humaine, comme il existe un gel de l’exploitation agricole, qui laisserait respirer les sols quelque temps sans attendre qu’ils soient pollués ou épuisés ? Pourquoi ne découperions-nous pas les villes en secteurs de rotation de l’habitat, certains secteurs étant laissés volontairement en friche, jusqu’à la reconstitution de la biodiversité ? Au terme du processus, on pourrait y reloger les habitants d’un autre secteur rendu à la nature. Nous montrerions par là que nous avons compris qu’un sol vivant ne se possède pas mais qu’il se loue. Pour l’instant, il n’y a que les accidents nucléaires de type Tchernobyl ou Fukushima pour offrir un répit à la terre qui nous porte et nous nourrit. L’autre avantage du semi-nomadisme, avantage qui le rend insupportable au système marchand, est qu’il oblige à limiter le lest du superflu et à être plus soigneux de l’essentiel. Un sédentaire considérera toujours comme une catastrophe absolue la perte de ses biens consécutive à une inondation, à un incendie ou à une tornade. Un semi-nomade, qui, pour éviter l’encombrement dans un épisode de mobilité, accumule beaucoup moins de biens, souffrira bien un peu d’une telle perte, mais il n’aura pas l’impression d’y laisser trop de lui-même. Le secret du bien-vivre est de voyager léger et bien couvert. Voyager en grand arroi et couvert de biens vous fait une mort sociale, voire une mort tout court, d’une attaque de bandits. 

 

Qui tient d’après vous le gouvernail de nos destinées, Mandrin ou Al Capone ? 

 

NOTES 

 

[1] Voir Elena Marušiakova & Veselin Popov, « Les migrations des Roms balkaniques en Europe occidentale : mobilité passées et présentes », Balkanologie, vol. XI, n° 1, décembre 2008. 

[2] On pouvait lire ceci dans un article du Monde.fr du 30 juillet 2010 : « Une fois le schéma validé (ce fut le cas pour la plupart en 2004), les municipalités avaient deux années pour réaliser les équipements programmés ou confier cette tâche à une structure intercommunale. Confrontés à de nombreuses difficultés, les maires ont demandé à l’État un délai supplémentaire de deux ans. Premier bilan en 2008. Selon un rapport ministériel, 42 % des 42 000 places nécessaires ont été aménagées. Ce qui a valu à la France d’être récemment épinglée par le Conseil de l’Europe. Rapporteur de la loi au Sénat en 2000, Pierre Hérisson dénonce aujourd’hui encore « les maires qui traînent les pieds ». « Trop d’aires d’accueil n’ont pas été construites sous prétexte qu’il y avait des oppositions des élus ou des habitants, déplore-t-il. Et la loi est inopérante. » En effet, elle ne prévoit pas de sanction à l’encontre des maires qui ne respectent pas la loi. C’est alors le préfet qui doit se substituer au maire pour réaliser l’aménagement aux frais des municipalités réfractaires. « Sauf que cette disposition n’a pas été appliquée une seule fois en dix ans », souligne le sénateur. » 

[3] Le Liber vagatorum (1500-1510) répertorie tous les types et signale ceux auxquels doivent aller l’estime et l’aumône. Il a été étudié par Bronisław Geremek dans Les Fils de Caïn. L’image des pauvres et des vagabonds dans la littérature européenne, Flammarion, 1991. 

[4] Semi-nomadisme parce que, hors épisode migratoire intense, l’itinérance des Roms qui ont fait ce choix est entrecoupée de stations plus ou moins longues, parfois en des lieux déjà fréquentés auparavant. 

[5] Voir note 1. 

[6] Ibid. 

 

Bertrand Rouziès-Léonardi, 20 octobre 2013

(Projet d'article pour "L'encyclopédie au XXIème siècle)

 

 

Source: pauljorion.com/blog

 

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