Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

The Guardian Front Page

 

 

DR-Edward Snowden a disparu de son hôtel chinois… Il a peut-être déjà

quitté Hong Kong, où il s’était réfugié depuis le 20 mai, et a dit penser à

demander l’asile politique à l’Islande.

 

 

 

 

 

Par Iris Deroeux, 12 juin 2013, Mediapart

New York, correspondance

 

 

 

 

 

Le scandale des programmes américains de surveillance à grande échelle, dont l’existence fut révélée la semaine dernière par le Washington Post et le Guardian, a désormais des répercussions dans le monde entier. En Europe, la réaction de Bruxelles est venue de Tonio Borg, commissaire à la santé, déclarant mardi que « la commission européenne demandait un engagement clair de la part des États-Unis quant au respect du droit fondamental de tous les citoyens européens à la protection de leurs données personnelles ». Une discussion doit avoir lieu « avec fermeté et détermination », vendredi, entre la commissaire chargée de la justice, Viviane Reding, et des représentants américains.

L’objectif est notamment de comprendre, selon Tonio Borg, « si l’accès à des données personnelles dans le cadre du programme Prism (permettant à l’Agence pour la sécurité nationale, la NSA, de surveiller l’activité d’étrangers sur Internet grâce à la collaboration de neuf géants du webbasés aux États-Unis) se limite à des cas individuels reposant sur des soupçons fondés et spécifiques ou s’il s’agit d’un transfert en vrac ».

Aux États-Unis, les débats sur le programme Prism enflamment les médias et les défenseurs des libertés civiques, puisqu’il est difficile d’imaginer que ce programme n’ait été cantonné qu’aux « étrangers ». Selon le document secret sur le fonctionnement de Prism publié jeudi dernier par le Washington Post, le programme utilise une recherche par « mots-clés » devant lui assurer « à 51 % » que seuls des étrangers sont visés… Les inquiétudes sont encore plus vives sur le programme de surveillance téléphonique dont l’existence a été révélée par le Guardian : il aurait permis à l’agence entourée de secret qu’est la NSA de récupérer quotidiennement les relevés téléphoniques de tous les clients américains de l’opérateur mobile Verizon, à savoir de 98,9 millions de personnes, depuis au moins six ans.

Le Wall Street Journal avance en outre que Verizon n’est pas la seule entreprise concernée. Selon le quotidien, citant des sources anonymes, l’opérateur mobile AT&T, comptant 107,3 millions d’abonnés, et Sprint, 55 millions, auraient également été ciblés.

Mardi, huit sénateurs consternés par l’ampleur de ce système de surveillance, que l’administration américaine continue de présenter comme légal et efficace, ont donc introduit un texte de loi pour y voir plus clair. Cette proposition de loi veut obliger le gouvernement à rendre publics des documents actuellement classés secrets et qui permettraient de comprendre comment la loi a été interprétée pour justifier une opération de surveillance de cette ampleur. « Que les Américains comprennent comment notre gouvernement interprète le Patriot Act et le FISA Act », a ainsi déclaré Jamal Raad, le porte-parole du sénateur démocrate à l’origine de cette loi, Jeff Merkley. Ces deux textes ont servi de cadre légal aux systèmes de surveillance, selon le gouvernement.

Plus radicale est l’initiative de l’organisation américaine historique de défense des droits civiques, l’ACLU. La grande association vient de porter plainte contre le gouvernement qu’elle accuse de collecter abusivement des métadonnées (non pas le contenu des appels, mais les numéros appelés, les heures, les lieux et la durée des appels) dans le cas Verizon, et ainsi de violer des droits constitutionnels des Américains, de la liberté d’expression au droit à la vie privée.

Elle espère également obtenir la publication de documents jusque-là gardés secrets afin de comprendre comment le Patriot Act a été interprété pour permettre l’obtention de « données commerciales (celles des entreprises du web) en vrac », sans faire état de soupçon préalable comme c’est normalement requis.

Pendant ce temps, à Hong Kong, le lanceur d'alerte Edward Snowden se cache. L’Américain de 29 ans par qui tout est arrivé, un ancien employé de la CIA et ancien consultant pour la société Booz Allen Hamilton, à laquelle la NSA sous-traite des missions d’analyse de données, a dévoilé son identité dimanche et expliqué pourquoi il avait tenu à révéler l’existence de Prism dans un entretien filmé et disponible sur le site de The Guardian.

Il n’a pas fallu plus de quelques heures à l’administration américaine pour commencer à engager des poursuites contre lui, et préciser qu’une demande d’extradition serait ensuite transmise à Hong Kong. Depuis, Edward Snowden a disparu de son hôtel chinois… Il a peut-être déjà quitté Hong Kong, où il s’était réfugié depuis le 20 mai, et a dit penser à demander l’asile politique à l’Islande.

Le cas d’Edward Snowden fait bien sûr couler beaucoup d’encre aux États-Unis. Héros ou traître ? La question n’est pas là, tranche l’éditorialiste du Washington Post, Eugène Robinson. Soulignant la position paradoxale du jeune homme, qui prône la désobéissance civile mais choisit l’exil pour éviter de faire face aux conséquences, M. Robinson résume l’affaire ainsi : « C’est un messager imparfait. Mais son message ne doit pas être ignoré. »

Pour le moment, son message semble loin d’être ignoré, à en juger par la somme d’articles et de prises de position, demandant à Washington d’éclaircir le mystère de ce gigantesque système de surveillance américain, dont on a du mal à cerner le fonctionnement, et surtout, les buts.

 

Trop de secret tue le secret ?

 

En effet, les questions qui se posent désormais ne portent pas seulement sur la légalité des programmes révélés (surtout que sous le Patriot Act, l’impression dominante est que tout et n’importe quoi peut être déclaré légal), mais aussi sur leur intérêt, leur efficacité et leurs limites. Des questions d’autant plus prégnantes que les sondages montrent qu’aux États-Unis, l’opinion reste partagée vis-à-vis de la surveillance à grande échelle, qu’une majorité accepte.

 

Uneétude du Pew Center réalisée après les révélations du Washington Post et du Guardian indique que 56 % des Américains trouvent acceptable que la NSA obtienne secrètement une ordonnance d’un tribunal lui donnant le droit de traquer les appels de millions d’Américains, contre 41 % trouvant cela inacceptable. Cette étude montre encore que les Américains sont très partagés quand on leur demande si le gouvernement doit pouvoir surveiller les emails de tout un chacun pour prévenir une quelconque menace terroriste : 47 % se disent contre, 45 % pour. Cette étude nous montre enfin que l’opinion a très peu changé depuis 2002, aux lendemains des attaques du 11 Septembre.

 

« L’opinion reste fragmentée. Nous avons finalement du mal à identifier une tendance dominante, certains trouvent ce système de surveillance essentiel, d’autres abusif et il y a aussi des gens qui s’en fichent », résume Steven Aftergood, interrogé par Mediapart, expert en surveillance à la Federation of American Scientists (FAS), un think tank de Washington centré sur les questions de sécurité.

 

Le chercheur, qui ne cache pas sa surprise face à l’ampleur de ces révélations « indiquant l’existence d’un système de surveillance allant bien plus loin que ce qu’on pensait », estime en fait que le problème central est celui de la classification du secret, qui ne se justifie pas assez selon lui. « Si le Congrès, dont le gouvernement prétend qu’il était au courant, faisait un meilleur travail d’information du public, ces fuites n’auraient pas de raison d’être », explique-t-il.

 

Cet avis est partagé par Shane Harris, auteur d’un ouvrage important sur la construction du système de surveillance américain ces vingt-cinq dernières années, intitulé The Watchers : The rise of America’s surveillance state (Ceux qui nous observent : l’expansion de l’État-surveillance américain). « Plus le fonctionnement étatique est entouré de secret, plus les attentes voire la paranoïa sont grandes et plus il y a de chances de susciter des vocations de lanceurs d’alerte », analyse-t-il.

 

Shane Harris cite l’exemple de Daniel Ellsberg, l’expert militaire à l’origine de la fuite des « Pentagon papers » (les papiers du Pentagone), révélés en 1971 par le New York Times, montrant que le gouvernement américain mentait au public au sujet des avancées de la guerre du Viêtnam. Cela avait valu à M. Ellsberg d’être considéré à l’époque comme « l’homme le plus dangereux des États-Unis » par le secrétaire d’État, Henry Kissinger. Il cite encore Bradley Manning, le jeune soldat en procès depuis le 3 juin, accusé de « collusion avec l’ennemi » et risquant la prison à perpétuité pour avoir transmis des documents secrets de l’armée américaine à Wikileaks.

 

« Ils ont agi à partir du moment où ils n’ont plus supporté le secret et le mensonge, la dichotomie entre la réalité et ce qui est raconté. Un certain niveau de secret est bien sûr nécessaire, mais la question est : dans ce pays, trop d’informations ne sont-elles pas classées secrètes ? » poursuit l’écrivain et journaliste du magazine politique National Journal. Selon lui, cela s’explique entre autres par la culture et le fonctionnement bureaucratique des agences de surveillance américaine : « Elles sont une douzaine liées au renseignement, dont la NSA, c’est énorme ! Et elles protègent jalousement leurs méthodes, leurs données… Trop de documents sont classés secrets sans que cela soit nécessaire, de l’aveu même de ceux qui y travaillent. »

 

Cela ne va pas en s’arrangeant, le système de surveillance américain n’en finissant pas de grossir et de se complexifier. « Il y a tant de gens impliqués que n’importe qui peut devenir l’un des “maillons faibles” de cette chaîne, sans compter la prolifération des consultants et des sous-traitants », note Shane Harris. La masse d’informations collectées croît en conséquence…

 

Dans quel but ? Autre chose que de l’antiterrorisme ? Cette question-là reste pour le moment sans réponse. Le doute est de rigueur. « Il y a toujours un risque d’utilisation des données à mauvais escient. Et les agences de surveillance de ce pays ont un passif, elles ont déjà abusé de leur pouvoir. La confiance n’est pas au rendez-vous », conclut Shane Harris.  

 

mediapart.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article