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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

« Le «grand» Harlem Shake prévu pour vendredi devant le ministère de l'education n'a pas rassemblé grand monde. Après le ridicule ministériel, il y a l'échec de son instrumentalisation ». M. Saadoune explique que les Tunisiens ont "les pieds sur terre". Les médias occidentaux ont donc perdu la UNE durable que les spécialites de la jeunesse tunisienne leur ont promise. De son côté, Alain Gresh nous éclaire sur la taqiyya, la nouvelle aubaine des médias français ? Pour les créateurs d’opinion occidentaux, la jeunesse arabe est composée de rusés adeptes de la taqiyya ou de danseurs laïques.

 

 

 

 

 

 

Les pieds sur terre

 

 

 

Par M. Saadoune, 3 mars 2013

 

 

En Tunisie, certains acteurs qui tendent, sciemment ou non, à faire de tout et de rien une cause de clivage factice entre«islamistes» et «laïcs» ont trouvé dans le Harlem Shake d'un groupe de lycéens un enjeu de société. Des adolescents d'un quartier chic ont, dans le mimétisme planétaire que permet Internet, organisé une partie de danse délurée au sein de leur lycée. Cette initiative qui relève, au mieux, d'un problème de discipline interne, au niveau du surveillant général ou du censeur, a pris un tour«politique» en raison de la réaction outragée, et outrancière, du ministre de l'Education, Abdellatif Abid, qui a menacé les fautifs d'«expulsion» et le personnel éducatif de sanctions.


Il faut préciser, ce n'est pas inutile, que M. Abid n'est pas islamiste mais un membre du parti Ettakatol (social-démocrate, plutôt laïc). Mais dans le climat de bipolarisation politicienne, la sortie ministérielle a immédiatement provoqué des réactions acerbes et des appels à défendre le droit d'organiser des séances de «Harlem Shake». La Tunisie s'est offert ainsi une empoignade picrocholine au moment où elle est en recherche d'un gouvernement et d'une Constitution. Ce ministre aurait dû, au mieux, alerter la direction du lycée concerné sur la nécessité de faire respecter les règles du fonctionnement de leur établissement- elles existent partout dans le monde - au lieu de monter en épingle une péripétie anecdotique. Des laïcs, comme lui, mais qui ne sont pas au gouvernement, ont saisi l'occasion de dénoncer une atteinte aux libertés et leur crainte d'un ordre moral médiéval en marche.


Voilà comment une affaire banale qui appartient au quotidien de l'encadrement pédagogique à l'époque du web est hissée au rang de «bataille du destin». Certains médias y voient un grave enjeu de société en omettant toutefois de souligner que ce n'est pas un «islamiste» qui a déclenché la polémique mais un social-démocrate tout ce qu'il y a de plus laïc. La transition tunisienne lourde de tant de difficultés s'alimente également d'une certaine confusion et chez certains d'une tendance à faire flèche de tout bois. Le Harlem Shake d'un groupe d'adolescents devient à cette aune un peu paranoïaque un enjeu de société. Les Tunisiens, très nombreux, qui sont en phase de «désenchantement» vis-à-vis d'une révolution en butte à de graves difficultés économiques et sociales, ne peuvent que s'en étonner, comme s'il s'agissait à tout prix de détourner leur attention des vrais problèmes.


Il reste qu'en transformant - peu importe que cela ait été ou non son intention - une danse mimétique d'enfants de la classe moyenne supérieure de Tunis en une cause de mobilisation nationale, le ministre de l'éducation a politiquement fauté. Mais ceux qui le dénoncent ne sont pas tous animés par un souci de défense des libertés ou de la juste mesure. En Tunisie, les salafistes posent de sérieux problèmes et l'Etat tunisien se doit de les traiter avec vigueur avec les moyens de la loi. Mais il y a également ceux qui n'ont toujours pas digéré le resultat des élections libres et sont à l'affut de la moindre opportunité pour jouer la carte de la tension et exacerber les clivages. Le ministre de l'Education leur a, inutilement, offert l'opportunite de faire d'un problème de discipline scolaire un indicateur de régression sociétale. Mais sans grand succès, le «grand» Harlem Shake prévu pour vendredi devant le ministere de l'education n'a pas rassemblé grand monde. Après le ridicule ministériel, il y a l'échec de son instrumentalisation. Les Tunisiens sont notoirement gens de raison et de modération, ils ne se fourvoient pas quant à la nature des problèmes de leur pays.

M. Saadoune, 3 mars 2013. Le Quotidien d’Oran

 

 

 

 

Du « Nouvel Obs », du journalisme d’investigation et de l’islam

 

« La ruse est leur mot d’ordre »

 

 

Par Alain Gresh

 

 

« Terrorisme : les adeptes de la “taqiyya”. La ruse est leur mot d’ordre. » Sous la signature d’Olivier Toscer, ce texte est paru dans Le Nouvel Observateur du 28 février. Il n’est pas encore disponible en ligne, mais il mérite que l’on s’arrête sur ce grand moment de journalisme d’investigation, que le « chapô » (texte introductif) résume ainsi :

 

Ils boivent de l’alcool, s’affichent avec des femmes et ne fréquentent pas les mosquées. Adeptes de la dissimulation religieuse, ces fous d’Allah sont la hantise des services secrets.

 

On sait d’emblée que l’on a affaire à un journaliste cultivé, « fin connaisseur de l’islam », comme les médias aiment à l’écrire. Il sait ce qu’est la taqiyya, cette possibilité en islam de dissimuler ses croyances en cas de danger. Une autre manière de dire que les Arabes (et les musulmans) sont « fourbes ». Mille et un récits coloniaux insistent sur cette « qualité » intrinsèque aux Arabes, qui avaient l’audace de refuser la conversion au christianisme et qui n’étaient pas de « bonne foi » quand on leur demandait de collaborer avec leurs occupants. On ne peut pas les croire, disait la doxa coloniale.

 

Un exemple, parmi des milliers d’autres, celui de Mark Sykes, haut fonctionnaire britannique, qui fut un des négociateurs des accords dits Sykes-Picot (1916), qui partagèrent le Proche-Orient entre la France et le Royaume-Uni, au mépris total de la volonté des peuples concernés. Il fut l’auteur d’un livre, The Caliph’s Last Heritage, dont l’index, au terme, « caractère arabe » renvoyait aussi à... « trahison ». Cette analyse venait d’un spécialiste, puisque Sykes avait laissé croire à ses supérieurs, de manière mensongère, qu’il maîtrisait l’arabe et le turc.

 

Revenons donc à l’article d’Olivier Toscer. Il commence ainsi :

 

Il s’appelle Jamal Zougam. Il est marocain et purge aujourd’hui une peine de prison à vie pour sa participation aux attentats de Madrid en 2004. Pendant onze ans, Zougam, immigré en Espagne, a géré paisiblement une petite boutique de téléphones à Lavapiés, un quartier populaire du centre de Madrid. Personne dans son entourage ne soupçonnait que ce beau gosse à la réputation de tombeur entretenait depuis quatre ans des liens très étroits avec le mouvement djihadiste. « Il aimait l’alcool, les femmes, les discothèques et semblait parfaitement intégré dans la société espagnole », relève un rapport d’analyse de la police américaine sur le processus de radicalisation en Occident, rédigé en 2007. C’est pourtant Zougam qui avait mis au point les détonateurs des bombes placées dans les gares madrilènes, en mars 2004, tuant près de 200 personnes.

 

Le dossier Zougam fait aujourd’hui figure de cas d’école étudié par tous les services antiterroristes, notamment en France. « Il est l’exemple parfait du terroriste passé maître dans l’art de la dissimulation, explique un haut responsable français de la lutte antiterroriste. Dans la sphère djihadiste, on appelle cette technique, la “taqiyya”. » De quoi s’agit-il ? Au départ, le concept est purement religieux. « La “taqiyya” a été articulée par des clercs chiites lorsque cette minorité de l’islam était pourchassée par des sunnites à certaines époques de l’histoire, explique le chercheur Mohamed-Ali Adraoui. Les savants se basaient souvent sur “les Abeilles”, une sourate du Coran qui légitime la dissimulation de la croyance. La “taqiyya” est une tactique consistant à faire mine d’abjurer sa foi quand on y est obligé pour survivre. » Valider religieusement le décalage entre l’apparence que l’on donne et ce que l’on a véritablement dans le cœur ? Une aubaine pour les djihadistes. « Dans la tête d’un terroriste, il y a l’idée que l’islam est attaqué, poursuit Mohamed-Ali Adraoui. Son devoir est de se défendre, et tout est permis pour triompher, même s’il faut pour ce faire ne respecter aucun des préceptes et rites de l’islam. »

 

Résumons en une phrase : un terroriste, pour réussir son action, doit dissimuler. Voilà une découverte qui a demandé un grand travail de recherche ! Dans d’autres pays et à d’autres époques, il est bien connu que les activistes armés avaient l’habitude d’annoncer publiquement leurs actions, de proclamer où et quand ils allaient poser des bombes, et de professer en public les thèses de leur organisation... Il n’y a évidemment que les musulmans « fourbes » pour dissimuler leurs convictions.

 

Ainsi, les djihadistes auraient publié un article titré « Qualités d’un assassin urbain », sorte de vademecum pour apprentis terroristes occidentaux. L’auteur, au pseudonyme évocateur de « Fils de l’assassinat », y exposait les rudiments de la taqiyya : le bon terroriste se caractérise par « son habileté à se fondre dans la société moderne [...], écrit-il. Il ressemble à un citoyen ordinaire habillé comme tout le monde. Au lieu d’apparaître radical en religion, il peut se couper ou se raser la barbe à un niveau acceptable dans la société où il vit ».Et de donner quelques conseils précis sur le comportement à avoir en société : « Parlez avec tout le monde. Plus vous êtes silencieux, plus vous apparaissez dangereux. »

 

Evidemment, le journaliste ne pouvait pas ne pas évoquer Merah :

 

Connu pour ses liens avec la mouvance djihadiste du Sud-Ouest, Merah cherche à sortir des radars. Mis à part quelques altercations violentes et la conduite d’une moto sans permis, le jeune homme évite de se faire remarquer.

 

Là aussi, la différence est frappante avec, par exemple, les militants d’Action directe qui, au contraire, cherchaient à se faire repérer...

 

Et la conclusion est à la hauteur de l’article :

 

Retranché dans son appartement quelques heures avant d’être abattu les armes à la main, Merah lâchera au négociateur de la DCRI : « C’est pas l’argent le nerf de la guerre, c’est la ruse ! »

 

Là aussi, vous avez un comportement vraiment musulman. Ecrit il y a quelques milliers d’années et attribué à Sun Tzu, L’Art de la guerre définissait déjà la ruse comme un ingrédient essentiel de toute stratégie. Nul doute que Sun Tzu était déjà un musulman adepte de la taqiyya.

 

Alain Gresh, 2 mars 2013. Nouvelles d’Orient

 

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