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Publié par Saoudi Abdelaziz

Il y a trois ans, au moment où éclatait la crise financière, provoquée aux Etats-Unis par la spéculation sur les subprimes, se tenait une assemblée générale des Nations-Unis. Nous avons retrouvé un compte rendu des débats qui  semblent d’actualité trois ans après. Comme si le monde avait fait du surplace. Les promesses de redressement du G7, formulées aujourd’hui par Barak Obama, semblent une copie bouffonne des engagements d’alors à « réfléchir aux leçons à tirer de la crise financière la plus grave qu'ait connue le monde depuis celle des années 1930 », dixit M. Sarkozy. Et sans doute la crise de 2008 est-elle aujourd’hui déclassée, devenant la plus grave… après celle de 2011.

 

 

A l'ONU, le Sud dénonce un système financier "cupide"

 

NEW YORK (Nations unies), envoyés spéciaux

Prenant la mesure de la crise financière mondiale, plusieurs représentants des pays du Sud, venus participer à l'Assemblée générale de l'ONU, mardi 23 septembre, ont dénoncé un système financier "cupide" dont les soubresauts menacent les pays pauvres et appellent à un renforcement des contrôles internationaux. "L'incertitude économique s'est propagée comme un effroyable tsunami à travers la planète, annulant les progrès accomplis, non seulement sur l'île de Manhattan, mais aussi sur les îles des Philippines", a déclaré Gloria Macapagal-Arroyo, la présidente des Philippines.

 

La crise a cristallisé le ressentiment de nombreux pays. "L'euphorie des spéculateurs a laissé la place à l'angoisse de peuples entiers", a affirmé le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, qui s'en est pris aux "fondamentalistes des marchés". Citant l'économiste brésilien Celso Furtado, il a jugé qu'il ne fallait pas laisser "les profits des spéculateurs être toujours privatisés, tandis que leurs pertes sont invariablement nationalisées". "Ce sont toujours les pauvres qui payent le prix de la cupidité débridée et de l'irresponsabilité des puissants", a aussi déclaré le président nicaraguayen de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel d'Escoto.

 

Chez certains pointait un sentiment de revanche. Pour la présidente argentine, Cristina Kirchner, ceux qui, hier, "conformément au consensus de Washington, disaient aux pays d'Amérique du Sud que le marché réglait tous les problèmes", ont produit "la plus formidable intervention de l'Etat de mémoire d'homme" – le plan de 700 milliards de dollars proposé par la Maison Blanche pour sauver le système bancaire. La seule différence, a-t-elle ironisé, est que Washington n'aura pas à subir les directives du Fonds monétaire international (FMI).

 

"La crise financière mondiale menace l'ensemble de notre travail", a par ailleurs prévenu le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui appelle à un "leadership mondial" pour "restaurer l'ordre dans les marchés financiers internationaux". "Nous appelons la communauté internationale et les acteurs clés de l'économie mondiale à agir rapidement" sous la "direction" des Nations unies, a ajouté Jakaya Kikwete, le président tanzanien, qui préside aussi l'Union africaine.

 

Face aux représentants des 191 autres pays membres de l'ONU, le président George Bush s'est voulu rassurant. "Nous avons pris des mesures audacieuses pour prévenir une perturbation grave de l'économie américaine, qui aurait un effet dévastateur sur d'autres économies à travers le monde", a-t-il assuré. Selon le président américain, le plan de sauvetage des banques de la Maison Blanche devrait être adopté "rapidement" par le Congrès.

 

Le président français, Nicolas Sarkozy, qui a succédé à M.Bush à la tribune de l'ONU, a appelé de ses vœux "un capitalisme régulé, où des pans entiers de l'activité financière ne sont pas laissés à la seule appréciation des opérateurs de marché". Le dirigeant français a par ailleurs proposé une réunion, qui pourrait se tenir en novembre, en présence des pays du G8, et auxquels pourraient se joindre les grands pays émergents, "pour réfléchir aux leçons à tirer de la crise financière la plus grave qu'ait connue le monde depuis celle des années 1930".

 

Estimant que le problème ne remontait pas à la crise des subprimesmais à la création des hedge funds, ces fonds spéculatifs, M. Sarkozy s'en est pris à l'absence de responsabilité des traders et des banquiers, qui auraient dévoyé le système capitaliste. "On dit qu'on ne sait pas qui est responsable. Ah bon! Quand tout allait bien, on savait qui touchait les bonus", a critiqué le chef de l'Etat, au cours d'une conférence de presse. Le président français veut que les agences de notations soient aussi "contrôlées et sanctionnées si nécessaire".

 

De son côté, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a pointé du doigt "une minuscule minorité" de "sionistes" qui auraient "dominé une partie importante des centres monétaires et financiers" – propos "antisémites", a dit le président israélien, Shimon Pérès. "L'empire américain dans le monde touche à sa fin", a aussi prédit le dirigeant iranien, selon lequel "les piliers du système oppressif s'effondrent".

 

Pour juguler la crise, le président Lula da Silva a appelé à "reconstruire" les institutions économiques internationales pour qu'elles puissent "entraver l'anarchie de la spéculation". L'ONU doit être le lieu d'une "réponse vigoureuse", a-t-il dit, ce qui passe, ont relevé plusieurs chefs d'Etat, par une réforme de l'organisation, et notamment un élargissement du Conseil de sécurité. Ce dernier ne peut "plus attendre" pour intégrer de nouveaux membres, a jugé Nicolas Sarkozy, qui souhaite aussi élargir le G8 pour y intégrer la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Mexique et le Brésil.

 

Le Monde 24 septembre 2008.

Philippe Bolopion et Natalie Nougayrède (avec Arnaud Leparmentier)

 

 

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