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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ce qui se passait en Chine en 2012 a un air de déjà vu pour les Algériens d'aujourd'hui : les liens d’officiels de haut rang et leur famille avec le milieu des affaires sont si courants que de nombreux observateurs en Chine considèrent qu’ils vont de soi. En 2012, Hu Xingdou, le professeur réputé d’économie à l’Institut technologique de Pékin mettait en garde : "L’affaire Bo Xilai est une bonne chose, un mauvais exemple qui pourrait servir à faire avancer les réformes constitutionnelles et démocratiques du parti et du gouvernement. Si aucun changement ne voit le jour, les dirigeants actuels resteront dans l’histoire comme des délinquants.»

Par Patrick Boehler, septembre 2012, Le Monde diplomatique

 

LE FILS DE BO XILAI ENVOIE SA DÉPOSITION À LA JUSTICE CHINOISE AVANT LE PROCÈS DE SA MÈREDR

Le fils de Bo Xilai

La chute du secrétaire du Parti communiste chinois de la ville-province de Chongqing, M. Bo Xilai, a donné lieu à des révélations dans les médias chinois et internationaux sur les obscures affaires de son entourage familial en Chine et à l’étranger. Accusé officieusement de corruption, le dirigeant communiste a été destitué avec fracas en mars 2012. Sa femme Gu Kailai a été condamnée à la peine de mort avec sursis pour avoir commandité l’assassinat d’un homme d’affaires britannique, et, lors de son procès, toute accusation de corruption a disparu.

En fait, les liens d’officiels de haut rang et leur famille avec le milieu des affaires sont si courants que de nombreux observateurs en Chine considèrent qu’ils vont de soi. « Ce n’est pas parce qu’elle démontre l’ampleur de la corruption des élites que l’affaire Bo Xilai a eu un tel impact,explique M. Wang Dan, l’un des leaders étudiants des manifestations de Tiananmen en 1989. Cela, tout le monde le savait déjà. C’est plutôt en raison de la manière dont l’incident a été mis en scène. »

 L’affaire Bo n’est qu’un des nombreux exemples de conflits d’intérêts existant entre les fonctions officielles des dirigeants communistes et les activités commerciales de leur progéniture, ceux qu’on appelle les taizi fils de princes »). Selon Minxin Pei, professeur au McKenna College de Claremont, en Californie (1),

« le scandale n’a pas eu vraiment d’effet sur la façon dont la population voit les futurs dirigeants, car la plupart des gens ne connaissent pas grand-chose de leur vie. Si impact il y a, ce sera sur la prise de conscience du fait que la corruption atteint le plus haut niveau de l’Etat ». Mais il y a fort à parier que « l’affaire ne débouchera sur aucune réforme du système, ni sur des déclarations de patrimoine », ajoute le professeur. L’opinion publique a pris la mesure de l’ampleur des conflits d’intérêts, « mais, en raison de la censure et de la répression, cela n’engendre pas de pressions politiques ».

 Pourtant, les exemples sont nombreux. Ainsi, le gendre de Deng Xiaoping, M. He Ping, ancien major-général de l’Armée populaire de libération responsable du département général de l’équipement, lui-même fils de général, est à la tête du consortium d’Etat Poly Group, spécialisé dans les travaux publics, les mines et les ressources énergétiques. MM. Chen Hongsheng et Wang Xiaochao, tous deux membres du conseil d’administration du groupe, sont issus de familles d’anciens dirigeants du Parti communiste.

 Mme Li Xiaolin, fille de l’ancien premier ministre Li Peng, dirige China Power International Development Ltd, l’un des cinq plus gros producteurs d’énergie, domicilié à Hongkong. Après avoir fait carrière dans le secteur énergétique, son fils, M. Li Xiaopeng, est devenu vice-gouverneur exécutif de la province de Shanxi (35 millions d’habitants). M. Jiang Mianheng, fils de l’ancien président Jiang Zemin, occupe le poste de président-directeur général de Shanghai Alliance Investments, l’un des cabinets-conseils en investissements les plus importants, qui compte notamment parmi ses clients Microsoft et DreamWorks Pictures. Il siège également au conseil d’administration du Shanghai Automotive Industry Group, l’un des premiers constructeurs automobiles chinois.

 Jusqu’en 2008, M. Hu Haifeng, fils aîné de l’actuel président Hu Jintao, a dirigé Nuctech, fabricant de portiques de sécurité, avant de devenir le secrétaire du Parti communiste de la maison mère, Tsinghua Holdings Group. Il a, semble-t-il, abandonné ses fonctions depuis plusieurs mois. Il a en grande partie échappé à l’attention des médias quand, en 2009, Nuctech fut impliqué dans une affaire de pots-de-vin en Namibie.

 Quant au fils du premier ministre Wen Jiabao, M. Wen Yunsong, il préside depuis le début de l’année China Satellite Communications Corporation, après une carrière au sein d’un fonds de placement (private equity), New Horizon. Son frère, M. Wen Jiahong, dirige un cabinet-conseil en protection de l’environnement.

 Et ces dynasties vont se prolonger après le prochain congrès. Le futur numéro un, M. Xi Jinping, est le fils de l’ancien premier ministre Xi Zhongxun. Son oncle, M. Xi Yuanping, est actuellement président-directeur général de l’International Energy Conservation Environmental Protection Association, à Pékin. M. Li Keming, frère du futur premier ministre Li Keqiang, occupe le poste de vice-président de la China National Tobacco Corporation, premier producteur mondial de tabac.

D’autres membres pressentis pour rejoindre le cercle très fermé du Comité permanent du Bureau politique (neuf membres actuellement, entre sept et onze après le prochain congrès) sont issus de familles influentes, tels MM. Zhang Dejiang, nouveau secrétaire du PCC à Chongqing, Li Yuanchao, responsable du département de l’organisation centrale du parti, Yu Zhengsheng, secrétaire du PCC à Shanghaï, et le vice-premier ministre Wang Qishan.

Tous ces dirigeants occupent des postes importants au sein du gouvernement central et dans les provinces depuis des décennies. « Même si leurs états de services semblent avoir plus compté que l’influence de leur famille, celle-ci a été déterminante », selon Minxin Pei.

Les investissements à l’étranger des familles des responsables du parti se sont considérablement accrus. Hongkong a servi de plaque tournante à la fin des années 1980 avant d’être remplacé par les îles Vierges britanniques et d’autres paradis fiscaux qui n’apparaissent pas sur l’écran radar des journalistes et des organismes de contrôle. Les archives ne contiennent que des bribes d’information, et les registres officiels des sociétés cotées en Bourse ne sont pas plus explicites.

 Au milieu des années 1980, le père de M. Bo Xilai, Bo Yibo, héros de la révolution, ancien ministre du commerce et vice-premier ministre, a fait partie des vétérans du parti qui ont encouragé la réforme et l’ouverture (gaige kaifang). C’est à cette époque que M. Bo Xilai débute sa carrière comme petit fonctionnaire dans la province de Liaoning, dans le nord-est du pays, avant de devenir, en 1992, maire de Dalian, une ville côtière de la région.

 Un an plus tôt, son frère, M. Bo Xiyong, fait son apparition comme l’un des quatre membres fondateurs de Twinkle Pearl Ltd, une société enregistrée à Hongkong. Trois ans plus tard, il réapparaît, sous le pseudonyme de Li Xueming, comme associé dans la Metro Talent International Ltd. La première société est considérée comme toujours en activité, l’autre a été dissoute. L’adresse pour l’enregistrement est celle d’une pension appartenant au Conseil d’Etat, le gouvernement de Pékin. M. Bo a réussi, on ne sait trop comment, à utiliser cette fausse identité à Hongkong jusqu’en avril dernier.

 Comment a-t-il gravi les marches du pouvoir ? En 1996, il intègre en tant que directeur exécutif China Aerospace International Holdings, basé à Hongkong et chargé de la recherche et du financement pour le programme spatial chinois. Ce même holding avait défrayé la chronique car il avait versé des fonds de campagne pour la réélection du président William Clinton en 1996. En 1999, M. Bo Xiyong assume la fonction de vice-président de Kumagai Gumi, société immobilière hongkongaise qu’il quitte en juin 2011.

Depuis, cette société est devenue HKC Holdings, enregistrée aux Bermudes, domiciliée à Hongkong, active principalement en Chine continentale.

 En 2003, il est nommé PDG de China Everbright International, filiale hongkongaise d’Everbright Group, dont il fait partie depuis le milieu des années 1990, selon les archives de la société. Dans le même temps, son frère Xilai accède aux fonctions de gouverneur de la province de Liaoning, poste qu’il quitte en 2004 pour prendre celles de ministre du commerce, puis de secrétaire du parti de Chongqing.

 L’épouse de M. Bo Xilai, Mme Gu Kailai, avocate et auteure à succès, avait fondé au Royaume-Uni une société avec un ressortissant Français, M. Patrick Devillers. En 2000, son cabinet juridique, Angdao, spécialisé dans les fusions-acquisitions d’après son propre site Internet, possède des bureaux à Dalian et à Pékin. Le fils de M. Bo Xilai, M. Bo Guagua, a commencé ses études à Harrow, en tant que premier étudiant chinois admis dans ce très élitiste établissement britannique. C’est l’homme d’affaires Neil Heywood, ancien de Harrow et associé de Mme Gu, qui aurait facilité son entrée ; il a été retrouvé mort dans un hôtel de Chongqing en novembre dernier, assassiné, selon les autorités chinoises, par Mme Gu.

  Celle-ci est la fille du général Gu Jingsheng, un haut dignitaire du parti avant la Révolution culturelle. Comme M. Bo, elle a étudié à la prestigieuse université de Pékin; elle a acquis sa célébrité en devenant la première avocate chinoise à gagner un procès aux Etats-Unis. En 1998, elle publie un livre intitulé Upholding Justice in America («Défendre la justice en Amérique»). 

 Sa sœur aînée, Mme Gu Wangjiang, connue sous le nom cantonais de Kuk Mong-Kong, a investi depuis le début des années 1990 à Hongkong, où se trouve sa résidence principale. Elle a fondé en 1991 la Hong Kong Itoro Holding, toujours active, dont la majorité des parts appartient à Infomatic Resources, société enregistrée aux îles Vierges britanniques, où s’arrêtent toutes les traces. Il ressort malgré tout de divers documents disponibles à Hongkong et à Shenzhen qu’elle et une autre sœur, Mme Gu Zhengxie, contrôlent au moins vingt sociétés par le biais de montages financiers complexes, sans compter celles dirigées ou possédées par des proches.

 Jusqu’en mai 2012, Mme Gu Wangjiang siégeait au conseil d’administration d’au moins douze sociétés. Elle est propriétaire de Sitoro Shipping Enterprises, au Panamá, qui possède une filiale à Singapour. Mais ses plus grosses affaires sont dans l’imprimerie : Tungkong Security Printing, qui travaille pour les quatre plus grandes banques d’Etat chinoises, la loterie nationale et les plus grandes compagnies d’assurances. C’est une filiale de Tungkong qui a imprimé les billets des Jeux olympiques de Pékin en 2008.

 De son côté, M. Bo Xiyong, alias Li Xueming, est soupçonné de détenir des avoirs à l’étranger. Une société-écran du nom de Calston Commercial, domiciliée à Glasgow grâce à une boîte postale virtuelle, le compte parmi ses administrateurs aux côtés de M. Tuang Shuangning, l’actuel président d’Everbright Group et ancien dirigeant de la Banque centrale chinoise, qui a débuté sa carrière dans la province de Liaoning quand le frère, Xilai, y était en poste.

 Au moment où M. Bo Xiyong rejoint China Everbright International, celle-ci se lance dans les énergies alternatives, comme d’autres filiales de sociétés d’Etat. Ainsi, la société Poly Group, gérée par l’armée, et sa filiale de Hongkong fabriquent depuis les années 1990 des incinérateurs de déchets et des centrales photovoltaïques en Chine et à l’étranger. Un marché fort lucratif. Selon la Banque asiatique de développement, China Everbright International a investi dans des centrales qui produisent de l’énergie à partir de déchets par le biais de sa filiale China Everbright Environmental Energy Ltd, enregistrée aux îles Vierges britanniques.

 A la mi-avril, un mois après la destitution du patron de Chongqing, un mauvais rhume empêche M. Bo Xiyong d’assister à l’assemblée générale des actionnaires. Le 25 avril, il démissionne du conseil d’administration dans l’espoir de minimiser l’éventuel impact négatif d’articles mettant en cause son entourage familial, selon un communiqué de presse de la compagnie. Depuis, on ne l’a plus revu et il se refuse à tout commentaire.

 « La publication du patrimoine des responsables politiques serait une avancée majeure de la réforme des institutions», estime Hu Xingdou, professeur d’économie à l’Institut technologique de Pékin. L’affaire Bo Xilai est une bonne chose, un mauvais exemple qui pourrait servir à faire avancer les réformes constitutionnelles et démocratiques du parti et du gouvernement. Si aucun changement ne voit le jour, les dirigeants actuels resteront dans l’histoire comme des délinquants. »

 Source. Le Monde diplomatique

 Mis en ligne par le blog le 30 août 212

 

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OUBAYA Samir 31/08/2012 01:07

Cher camarade,
Durant mes indigentes études universitaires à la faculté de droit, et pendant mes mésaventures livresques entre les marchés aux puces et autres ventes aux étales, je découvrais stupéfait deux
auteurs m'ayant marqué, il s'agit de Michael Voslensky et de Milovan Djilas, le premier inspiré par le second écrivait un livre où il décortiquait la déconfiture du régime soviétique dans son livre
intitulé: la Nomenklature les privilégiés en URSS (http://bases.ourouk.fr/unite/u-result_frame.php?catalogueID=19570&NumeroJournal=391), le second vient de Yougoslavie et auteur de de la
célèbre: La nouvelle classe (http://fr.wikipedia.org/wiki/Milovan_Djilas). Il y a un réel parallèle entre ces cas et celui de notre pays tombé en disgrâce aux mains d'une oligarchie récréant le
féodalisme d'antan et partie pour sauvegarder ses privilège en reproduisant un comportement purement tsariste ...