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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

La décision du FFS de participer aux élections législatives continue de remuer les progressistes et les démocrates, sans doute plus profondément que le spectacle du retrait de Saïd Sadi de la direction du RCD. Cette direction continuera-t-elle après le congrès d’être au service du destin national de M. Sadi ? C’est très probable. Ce dernier devait de toute façon prendre un peu de recul. Son timing est subordonné à celui de « la communauté internationale », c'est-à-dire occidentale et de sa stratégie du domino. Laquelle a opté, avec l’administration Clinton, pour le wait and see à l’égard du régime algérien, laissé à ses « réformes ». Contrairement aux refrains alarmistes sur un danger immédiat d’ingérence étrangère, entonnés pour nous mobiliser le 10 mai.

 

 

Saïd Sadi ne justifie le boycott que par le risque d’établissement truqué des listes d’électeurs. De son côté, le FFS dit participer sans illusions, affirmant un souci prioritaire de mettre à profit la campagne électorale pour accroitre les capacités d’organisation et de mobilisation du peuple. Partant de positions différentes, l’un par la pression du boycott, l’autre par celle de la participation, RCD et FFS vont sans doute utiliser cette caisse de résonnance pour renforcer leurs positions et leurs alliances. Pendant un quart de siècle, ces deux partis on développé deux stratégies politiques très différentes. Saïd Sadi a toujours prôné, jusqu’à sa volte-face de l’été dernier, le rejet vigoureux de l’islamisme politique, « modéré » ou non -s’inscrivant avec zèle dans la ligne éradicatrice pratiquée par ce DRS qu’il renie bruyamment aujourd’hui. De son côté, le FFS a travaillé constamment, avant et après 1991, pour un compromis avec les islamistes. Après le virage opéré par l’administration Obama durant l’été 2011, c’est Sadi qui fait dorénavant les yeux doux aux islamistes de pure-souche comme M. Ghanouchi, qu’il oppose aux « hermaphrodites » algériens, dans son discours d’hier au stade du 5 juillet. Les temps changent…

 

M. Ould Kablia bénit les sept petits nains. Le Parti patriotique libre a reçu avant-hier le fameux récépissé. Le PPL est aussi le troisième parti libre sur les sept agréés durant la semaine écoulée. Avant lui, nous avons en celui de Mustapha Boudina, ancien condamné à mort et ancien secrétaire estimé de l’union locale d’Alger-centre de l’UGTA, avant sa caporalisation. M. Boudina devient le chef des « citoyens libres » (mais que vient-tu faire dans cette galère, ya khouyi Mustapha ?), tandis qu’un autre gagnant de récépissé –portant le nom du chahid Ghermoul- prend la tête des « nationalistes libres ». Pour faire bon poids, le ministère de l’intérieur agrée aussi deux partis à label « jeunesse ».Les jeunes loups sont donc aussi dans la course, aux côtés des vétérans.  

 

Chiricahua ne rate pas l’occasion de ces curieuses élections pour continuer sa mise à nu du système qui les organise. Il écrit dans son dernier Courrier du courroux : « Qui peut croire que les siloviki accepteraient de jouer leur pouvoir dans des élections ? »

 

Son éclairage sur les motivations de la décision du FFS et de son leader paraîtra très cru. Mais, comme aimait dire Hadj M’hamed El Anka : « Chacun donne avec ce qu’il sait ».

 

Saoudi Abdelaziz, 10 mars 2012

 

 

 

Encore à propos des élections : les calculs du FFS

 

 

Par Chiricahua

 

 

Le Front des forces socialistes (Ffs), parti fondé en 1963 par Hocine Aït-Ahmed, prendra donc part aux élections « législatives » algériennes de Mai 2012. À l'occasion de la prise de cette décision, le chef du Ffs s'est fendu d'un long plaidoyer pro domo sua. Pourquoi cette longue -et maladroite- justification d'une décision, après tout souveraine ? Simplement parce que c'est la décision contraire qui était attendue de lui. Et Aït-Ahmed le savait.

 

 

Qu'est-ce qui a bien pu motiver la décision d'Aït-Ahmed de participer à un scrutin « législatif » sur la sincérité et la représentativité duquel pas une personne instruite de la réalité du système militaro-policier algérien ne miserait un seul kopeck ? La réponse est simple et immédiate : si l'on accepte de participer à des élections, c'est que l'on a espoir d'y gagner quelque chose. Quoi donc ?

Voyons d'abord dans quel contexte politique, général et local, vont se dérouler ces élections. Les insurrections des peuples arabes contre les régimes patriarcaux et kleptocratiques ont abouti à l'élimination de quatre chefs d'état (Ben Ali, Moubarak, Gueddafi, Ali Abadallah Salah). En Syrie, ce n'est plus qu'une question de temps : la sauvagerie inouïe des tueries que perpètre quotidiennement le régime de la famille Assad ne laisse aucune perspective ouverte autre que le droit -et le devoir- pour le peuple syrien de se défendre avec tous moyens et tous appuis à sa disposition. Ce « printemps » arabe est un événement considérable, aux conséquences encore à venir. Il a ébranlé les tyrannies les plus recuites, celle du Maroc, de l'Algérie et de l'Arabie saoudite, qui se sont dépêchées de prendre des mesures propres à circonvenir le mouvement et à l'exorciser. Peine perdue : rien ne sauvera ces régimes pourrissants de l'effondrement. Pas même les milliards de dollars débloqués au pays des Saoud. Pas même les élections marocaines et algériennes.

 

 

Ces élections justement, parlons-en. Regardons ce qui s'est passé au Maroc : une majorité islamiste modérée s'est dégagée des urnes et a formé le gouvernement. Sauf que ce gouvernement a un clone au niveau du Palais royal, un « shadow cabinet » comme disent les Britanniques -à cette nuance près que ce cabinet n'est pas dans l'ombre mais agit en pleine lumière. Déjà, on ne compte plus les couleuvres que le chef du gouvernement a dû avaler. La crise pointe le nez ; elle ne dépendra que de la capacité de saturation en couleuvres de Benkirane. Le scénario concocté par le Palais est dès lors lisible à ciel ouvert : aux islamistes le pouvoir apparent, nominal ; au Palais, le pouvoir réel.

 

 

Qui peut croire qu'il en ira autrement dans le Makhzen algérien ? Qui peut croire que les siloviki accepteraient de jouer leur pouvoir dans des élections ? Toutes les dispositions ont été prises pour que le scénario du Makhzen marocain se reproduise (avec les nuances et la couleur locale, cela va sans dire) : production de partis islamistes à foison ; réévaluation de l'indemnité de député -déjà léonine-, histoire de fouetter la cupidité et les bas instincts et créer ainsi la zizanie parmi les prétendants ; empêchement des islamistes (malgré tout, sait-on jamais !) de jouer seuls en suscitant une opposition démocratique qui leur fera pièce au « parlement ». C'est ce créneau que les concepteurs de la stratégie électoraliste ont réservé, à n'en pas douter, au Ffs. Et quelles que soient les raisons que ce dernier se donne-nous en parlerons plus bas-, il fait exactement le jeu du pouvoir siloviki en se prononçant pour une participation aux élections.

 

 

Ce serait faire injure aux cadres du Ffs de penser qu'ils seraient passés à côté de ce qui paraît comme l'évidence même. Du reste, beaucoup d'entre eux étaient contre la participation aux élections. Mais le poids du chef a fait pencher la balance en sens inverse. Qu'espère-t-il donc de ces élections ? Sachant que la Présidence a intérêt à la participation du Ffs, le chef de ce dernier croit qu'il peut la prendre à son propre jeu et installer son parti au cœur de l'institution législative dont il sera la plaque tournante, le « hub » incontournable : entre un bloc Fln-Rnd et un bloc islamiste, tous deux déjà à l'avance discrédités, il pourra prétendre -en l'absence de formations politiques de gauche- représenter l'opinion démocratique du pays tout entier et sortir ainsi du ghetto régional où le pouvoir siloviki l'a sans cesse confiné.

 

 

Il est un autre élément, de taille, qui a sans nul doute joué en faveur de la participation : le Ffs est membre de l'Internationale socialiste. Connaissant la nature et l'histoire de cette organisation, on peut présumer que ce n'est pas elle qui donnerait un mot d'ordre de boycott électoral. Sa charte éthique préconise, en effet, en son article 2, de « défendre la démocratie pluraliste... [et] La liberté des citoyens de choisir entre différentes options politiques dans le cadre d’élections libres, régulières et transparentes ».

 

 

En 1963, à peine la guerre des wilayas était-elle éteinte, qu'Aït-Ahmed prend la lourde responsabilité d'allumer le feu d'une sédition armée en Kabylie.

En 1992, à la veille des élections-piège de sinistre mémoire, Aït-Ahmed fort de la position de son parti comme seul pôle démocratique face au Fln et au Fis, lance un mot d'ordre claironnant -« Ni État policier ni république intégriste ! »- dont peu de monde s'avise du sophisme qu'il contient : la république intégriste n'est-elle pas un état policier dans son essence ? Peu importe : une marche gigantesque s'organise dans la capitale pour le soutenir. Une semaine après, à l'occasion du coup d'état et de l'annulation des élections, Aït-Ahmed passe un accord avec les représentants de la république intégriste et de l'état policier, le Fis et le Fln.

En 2012, Aït-Ahmed prend la grave décision de transfuser un régime agonisant dont tout le monde attend avec impatience le trépas.

 

 

Beaucoup d'événements ont ballotté la vie du Ffs : trahisons, complots, sécessions, valse des responsables... Le chef, seul, n'a pas changé : pas seulement en tant que personne physique, mais surtout dans sa propension ahurissante à prendre toujours la mauvaise décision dans les moments importants.

 

Chiricahua, 9 mars 2012. Le Courrier du Courroux

 

 

 

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