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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

L’usine politique

 

Par : Mustapha Hammouche

 

 

Le ministère de l’Intérieur prend des allures d’usine à produire des textes réglementaires, des autorisations, des agréments, des orientations, des sms, des prêches, des promesses…
Des partis qui ont trop attendu leur agrément, d’autres qui ne l’attendaient plus et d’autres encore qui ne s’y attendaient pas sont agréés. Par bouquets. Et après chaque fournée, l’annonce est faite d’une prochaine liste additive.

Le scénario de 1989 est rejoué avec le cynisme à la place de la candeur de l’époque. Vous voulez de la démocratie ? On va vous en servir de la démocratie : un paquet de partis par semaine. Tout le monde est rappelé dans une ambiance de mobilisation générale, d’illustres inconnus sont enrôlés et tous ceux qui un jour ont fait un passage accidentel sur la scène politique sont rappelés.

Vous voulez des leaders ? Vous en aurez et pour tous les goûts. Djaballah, le fécond créateur de partis politiques, est de retour. Louisa Hanoune, que hante nomadisme politique mais qui cultive le nomadisme de positions, est toujours là. Sa campagne, qui consiste à dénoncer tout le monde, opposition et pouvoir, tout le monde…, sauf le Président, dont elle sollicite, à tout propos, l’intervention. Salhi Chawki, qui ne sera pas d’une grande utilité pour ces législatives, ne se dérange vraiment que, tous les cinq ans, pour les présidentielles. On découvrira de nouveaux chefs de parti : Benyounès, Mohamed Saïd et Benabdeslam qui travaillent enfin pour leur propre compte. Le distributeur d’agréments, qui fonctionne, visiblement, de manière généreuse, n’a pas omis de rappeler les inénarrables Benbaïbèche et Bounedjma qui, à leurs époques respectives, avaient tant contribué à élever le niveau du débat pontique. Avec d’autres membres de la “famille révolutionnaire”, invention politique destinée à instituer le caractère génétique du patriotisme et, par glissement, à instaurer une logique de parrainage d’héritiers “révolutionnaires” ayant un droit naturel au pouvoir et à la rente.

D’autres paquets d’agréments seront donc distribués dans les prochains jours. Le résultat en sera un paysage politique foisonnant composé à la hâte, fait d’ambitions improvisées aux desseins limités. Et c’est avec cet échiquier qu’il va falloir composer, en quelques semaines, une Assemblée nationale démocratique. Pas besoin de frauder, la confusion, les moyens de communication de l’État et l’immaturité d’une “opposition” nouveau-née suffiront à assurer le monopole de la visibilité aux partis du système.

Et pour contenter un maximum de participants, l’Assemblée nationale devra créer une cinquantaine de nouveaux sièges au moins à ajouter aux 389 actuels. Il restera à augmenter la quantité de voix exprimées à partager entre ces nombreux et divers prétendants. Si la confusion prévient contre le changement, elle provoque immanquablement l’éparpillement d’une participation que la fraude a fini par décourager irréparablement.

Pour l’heure, le ministère des élections n’a pas encore trouvé la formule qui réconciliera les citoyens avec les urnes. Et comme le prochain Conseil des ministres se préoccupera, dit-on, de l’argent des élections, il risque d’aggraver ce déséquilibre marquant de notre vie politique : abondance de candidats et rareté des électeurs.

 

Mustapha Hammouche, 4 février 2012. Liberté

 

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