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Publié par Saoudi Abdelaziz

L’abstention un mal incurable

L’abstention c’est le mal absolu de la démocratie, mais le pire discrédit pour des partis politiques. En Algérie, le phénomène était de loin une grande préoccupation pour le pouvoir, de même que pour ces mouvements politiques. Mieux, c’est grâce à l’abstention que les différentes sphères du pouvoir assumaient facilement le partage des quotas, des sièges et la distribution des rôles. Avec le refus de voter, on pouvait gonfler les chiffres et donner des taux honorables pour la consommation externe. Cela pouvait fausser tous les calculs, toutes les analyses, mais le plus important était que le pouvoir en place évite toute surprise, maintenant une feuille de route jusqu’au prochain vote.

Mais depuis les récents scrutins, l’inquiétude est palpable au niveau de nos faiseurs d’opinion. La réalité dépasse toute logique, nous dit-on. «Les gens ne votent plus. Cela ne les intéresse plus. Qu’un P/APC soit rouge ou vert, pour le citoyen, c’est kif-kif car la tchippa ouvre toutes les portes. Quant au député, c’est le discrédit total.»

En fait, les premiers symptômes de l’abstention à l’algérienne sont apparus à partir des élections de 2002, devenant pratiquement une véritable catastrophe lors des législatives et municipales de 2007.

On se souvient du bras de fer, étouffé dans l’œuf, entre la commission de surveillance des élections et le ministre de l’Intérieur de l’époque, en novembre 2007. Un conflit dont l’origine était la bataille des chiffres, car si la première voulait indiquer un taux de participation plus ou moins conforme à la réalité telle que constatée par la population au niveau des grandes agglomérations urbaines, l’autre voulait imposer un taux plus politique, pour sauver la face. Et, malgré tout, on n’a pas pu aller plus loin que les 33% de votants.

 

Pour de nombreux observateurs, la fraude massive de 1997 et l’hégémonie centralisée de l’administration du wali et celle du chef de daïra ont complètement annihilé les attributs du président d’APC et des autres élus. L’absence flagrante d’un quelconque contre-pouvoir aux niveaux local et régional a rendu l’administration plus autoritaire, plus bureaucratisée et ouverte à toutes les dérives de corruption et de clientélisme dans l’attribution des marchés ou dans la régulation des affaires courantes de la population locale. Les espoirs nés du nouveau code communal, voté il y a peu, ont été anéantis car renforçant les prérogatives du wali et transformant le président d’APC en un simple agent chargé d’enregistrer les doléances. Même topo pour le code de wilaya, quand l’APW n’a plus aucun pouvoir, ni de contrôle des deniers publics, ni de suivi des projets économiques et sociaux. Une situation qui n’incite guère les citoyens à aller aux urnes.

Il avait entièrement raison, l’élu du RND Seddik Chihab, quand il avouait sa peur de l’abstention. C’est sans doute la première fois depuis des années qu’un responsable politique de parti au pouvoir affiche ses inquiétudes à propos de ce phénomène d’abstention. Comment y remédier ? Aucune formation politique n’est capable de mobiliser une partie importante de l’électorat, ni aucune campagne de publicité que lancera prochainement le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Car les véritables vecteurs incitatifs au vote des jeunes sont la société civile ou le réseau associatif représentatif. Or, ce formidable potentiel social vient d’être touché de plein fouet par une loi récemment votée par l’APN, et largement contestée. N’a-t-on pas ici l’un des prétextes pour creuser davantage encore le fossé qui sépare les «politiques» des «votants»?

Lors de la présidentielle de 2009, un homme politique nous disait qu’il fallait instituer une prime financière pour inciter les gens à voter.

Au temps du parti unique, le pouvoir imposait la carte de vote dans toute constitution de dossiers administratifs, du passeport ou du permis de conduire.

H. R. 20 décembre 2011. Le Jeune Indépendant

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