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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La décision du Conseil des forces armée de mettre en place un Conseil consultatif pour préparer la constitution sans tenir compte de la représentaion populaire récemment élue suscite des réactions diverses. K. Selim fait le point dans son éditorial d’aujourd’hui dans le Quotidien d’Oran

 

 

Incompétence au sommet

 

par K. Selim

 

 

Les militaires égyptiens, qui gèrent au jour le jour et très mal la transition avec l'objectif évident de contenir les changements exigés par la «rue», sont en train de compliquer les choses. Ils viennent subitement de décider de la mise en place d'un «Conseil consultatif» qui sera chargé de préparer la rédaction de la constitution. Il est clair qu'il s'agit de soustraire la rédaction de la constitution à un parlement qui sera largement dominé par les Frères musulmans. Les militaires au pouvoir, vrais gardiens du régime malgré la chute de Moubarak et des siens, peuvent clairement escompter le soutien des libéraux, des laïcs, et accessoirement des Coptes, dans leur volonté de couper l'herbe sous les pieds d'un parlement à coloration indésirable.

Sur une chaîne satellitaire, on a pu entendre un responsable égyptien d'une organisation des droits de l'homme invoquer l'argument funeste et insupportable de «l'ignorance» et «l'analphabétisme» d'une grande partie de la population égyptienne. Un appel clair à l'instauration d'une sorte de démocratie censitaire, qui est d'autant plus insensé qu'il provient d'un défenseur apparent des droits de l'homme. Bien entendu, les militaires égyptiens, constamment sur la défensive, invoquent le souci de ne pas laisser un courant politique dominant - les islamistes en l'occurrence - décider seul de l'avenir de l'Egypte.

 Louable intention. Mais ce souci apparent peut aussi masquer une claire volonté de garder la main sur le pays et les hommes. Et il ne manque pas en Egypte des libéraux et des laïcs qui voient dans cette démarche une confirmation de la volonté des militaires de se soustraire aux règles et aux lois communes. Et dans le cas d'espèce, les militaires ont décidé de se soustraire aux dispositions de la Constitution intérimaire. La suspicion est d'autant plus de mise, au-delà du camp des islamistes, que l'objectif permanent des militaires est d'assurer un contrôle supraconstitutionnel sur le pays, tout en échappant au contrôle du parlement.

 On se souvient que les premiers projets constitutionnels du Comité militaire (CSFA) autonomisaient totalement l'armée du pouvoir civil et lui donnaient la latitude de gérer, sans intrusion du parlement, son budget et ses affaires. C'est ce projet qui a mis le feu aux poudres et rallumé la récente contestation sur la place Al-Tahrir, faisant plus de 41 morts.

 Les militaires ont officiellement renoncé à ces projets mais, en décidant que la constitution sera élaborée par une trentaine de personnes désignées, qui peuvent au demeurant être respectables, ils sèment le doute. La mise en place d'un Conseil consultatif pour rédiger une constitution immédiatement après la chute de Moubarak aurait eu du sens. Mais attendre neuf mois plus tard pour le faire ne peut que susciter la suspicion que la victoire des Frères musulmans donne le «bon prétexte» qui a manqué pour court-circuiter les urnes. Pourquoi les militaires n'ont-ils pas mis en place «à temps» ce conseil et rédigé une constitution consensuelle avant même les élections législatives ? Pourquoi ont-ils attendu qu'une institution élue soit installée pour mettre en place un conseil qui ne tient sa légitimité que de l'armée ? On peut conjecturer sur les raisons cachées et les finalités d'une démarche chaotique.

 Mais on peut, sans aucun risque de se tromper, constater qu'il existe chez ces militaires une grande part d'incompétence politique qui risque d'aggraver la crise.

 

K. Selim, le Quotidien d’Oran, 10 décembre 2011

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