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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"Ceux qui défendent l'idée qu'un coup d'Etat contre un président élu islamiste est «démocratique» n'en finiront pas de déchanter"

 

 

 

 

Par K. Selim, 28 novembre 2013

 

 

Aussitôt fait, aussitôt appliquée. La loi restreignant le droit de manifester promulguée par le président égyptien installé par l'armée est entrée en application. Brutalement. Une première manifestation a été réprimée. La justice égyptienne, aux ordres, a ordonné l'arrestation d'Ahmed Maher, chef du Mouvement de jeunes du 6 avril et Ala Abdelfatah, coupables d'avoir défié la nouvelle loi restreignant la liberté de manifester. L'Egypte est sur la feuille de route du général.

Ceux qui défendent l'idée qu'un coup d'Etat contre un président élu islamiste est «démocratique» n'en finiront pas de déchanter. Les appareils sécuritaires égyptiens qui avaient été mis en accusation par la vague contestataire prennent aujourd'hui leur revanche. On connaît l'histoire, arabe, du taureau noir qui découvre, tardivement, qu'il avait été mangé au moment même où il avait accepté que le taureau blanc soit croqué. Ceux qui croient que leurs libertés seront préservées alors qu'on bafoue celles de leurs adversaires politiques présumés se trompent toujours. Les libertés - et les règles qui vont avec - ne peuvent être à géométrie variable. C'est un engrenage classique où ceux qui approuvent les atteintes aux droits de leurs adversaires finissent par les subir à leur tour. L'argumentaire qu'ils avancent - pour justifier la répression féroce des Frères musulmans - se retournera fatalement contre eux.

Le coup d'Etat du général Sissi ne pouvait se limiter à faire sortir les FM du pouvoir pour les mener vers la prison. Il devait «effacer» l'ensemble du processus qui a ébranlé l'ordre autorité afin de le rétablir dans sa plénitude. Ce processus, nécessairement chaotique face à un système autoritaire fortement incrusté, des démocrates, des libéraux, des militants de gauche et des islamistes y ont participé. Même s'ils n'avaient pas les mêmes idées, ils étaient dans le même mouvement. Le taureau blanc, les FM en l'occurrence, étant tombé - en résistant d'ailleurs par des manifestations incessantes -, ce n'était plus qu'une question de temps pour que les autres, ceux qui ne rentrent pas dans le rang, soient à leur tour mis au pas. La restauration autoritaire ne peut qu'être pire que du temps de Moubarak qui avait concédé quelques marges

Aujourd'hui pour manifester, il faut demander l'autorisation au ministre de l'Intérieur qui, ce n'est pas une surprise, a horreur des manifestations et l'a prouvé avec le sang en traitant à sa manière ceux de Rabaa Al-Adawiya. Les arrestations touchent aujourd'hui les jeunes révolutionnaires du 6 avril qui ont gardé leurs distances à l'égard du coup d'Etat. Mais la répression touchera tous ceux qui n'acceptent pas la restauration autoritaire, même quand ils sont des «anti-islamistes». Le droit de manifester est perdu, les juridictions d'exception où des civils sont jugés par des militaires sont confirmées, la feuille de route des militaires est résolument régressive.

Des ONG de droits de l'homme parlent «d'approche oppressive» et de remise en cause des acquis de la révolution populaire de 2011. Mais en réalité il n'y a pas d'acquis, ni d'irréversibilité. A plus forte raison quand des présumés démocrates, des libéraux ou des organisations de gauche contribuent, par le discours, au rétablissement de l'ordre autoritaire au nom de l'anti-islamisme. Un militant de gauche très actif sur la place Tahrir a fait le constat le plus terrifiant qui soit : des gens ordinaires ont appelé la police pour les attaquer. Seuls les naïfs peuvent penser qu'un rouleau compresseur contre les libertés peut faire des distinctions.

 

Le Quotidien d'Oran

علاء عبدالفتاح

Alaa Abd El-Fatah profile photo.jpg

 

 

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