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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Les forces de sécurité égyptiennes ont utilisé fin novembre des munitions "non létales" américaines contre les manifestants de la place Tahrir.

 

Janvier 2011, en pleine révolution du Jasmin, Michelle Alliot-Marie provoque un tollé en proposant à la police tunisienne "le savoir-faire" des forces de sécurité françaises pour "régler les situations sécuritaires" dans le pays. Des propos qui lui ont coûté, le 27 février, sa place de ministre des Affaires étrangères.

Douze mois plus tard, les États-Unis font encore mieux en passant à l'acte. D'après un rapport d'Amnesty International, Washington a fourni aux autorités égyptiennes les moyens de réprimer fin novembre les manifestations populaires qui ont émaillé le pays pendant une semaine. Du 19 au 26 novembre, 42 personnes ont été tuées et plus de 3 000 blessées par balle, alors qu'elles protestaient pacifiquement pour réclamer le transfert du pouvoir de l'armée aux civils.

Selon l'organisation des droits de l'homme, la compagnie américaine Combined Systems, basée en Pennsylvanie, aurait ainsi livré le 26 novembre dernier au port d'Adabiya (près de Suez) au moins sept tonnes de munitions antiémeute, comme des cartouches de gaz lacrymogènes, pour le compte du ministre de l'Intérieur égyptien.

 

D'après l'organisation, la société américaine aurait assuré deux autres livraisons, cette fois de balles et de cartouches, en direction de l'Égypte : la première, de 21 tonnes de munitions, le 8 avril, à destination de Suez ; la seconde le 8 août dernier, de 17,9 tonnes, vers Port-Saïd. Tous ces transferts auraient bénéficié de l'aval de l'administration américaine.

 

Premier marchand d'armes au monde

 

Si des gaz lacrymogènes sont parfois lancés contre les manifestants en France, ils ne provoquent pas pour autant leur décès. Aymeric Elluin, chargé de campagne "armes et impunité" chez Amnesty International, explique au Point.fr que "c'est la combinaison de l'utilisation du gaz avec des armes qui a accru le caractère létal de la répression des manifestants". En d'autres termes, que le nuage opaque provoqué par les gaz a permis à la police de mieux se cacher et de tirer à vue sur les contestataires.

 

Fournisseurs officiels en armes de l'Égypte de Moubarak, avec 1,3 milliard de dollars de contrats par an, les États-Unis ont repris leurs livraisons après la chute de l'ancien raïs. Un montant qui ne dépasserait pas toutefois 2 % de ses exportations totales, qui s'élèvent de 2000 à 2009 à 64,89 milliards de dollars, ce qui fait des États-Unis le premier exportateur d'armes au monde. "La question n'est pas tant le montant financier que ce qu'il représente", explique Aymeric Elluin. "Avec un milliard de dollars, vous pouvez acheter des centaines de milliers d'armes légères, une vingtaine de chars de combat ou une dizaine d'hélicoptères." Et le chercheur de s'indigner : "On ne peut tolérer que les États-Unis continuent à équiper en armement des pays comme l'Égypte dont on sait qu'ils ont pour habitude de gérer des situations de maintien de l'ordre en tuant des manifestants."

 

"Aucune utilisation abusive" (Washington)

 

S'il reconnaît avoir livré dernièrement des équipements militaires, le département d'État américain se justifie en arguant que les livraisons ont été réalisées selon une ancienne autorisation aujourd'hui périmée. "Nous avons déjà condamné l'usage excessif de la force contre les manifestants" lors des affrontements récents au Caire, indique Mark Toner, porte-parole de la diplomatie américaine. Le 29 novembre dernier, le Département d'État américain avait pourtant affirmé ne constater "aucune preuve vraiment concrète montrant que les autorités égyptiennes utilisaient abusivement les gaz lacrymogènes".

Des explications qui ne semblent pas convaincre Amnesty : "Ces licences ont été autorisées pendant une période où le gouvernement égyptien a réagi aux manifestations en ayant recours à une force excessive et souvent meurtrière", répond Brian Wood, responsable des recherches sur le contrôle des armes au sein de l'ONG. "On ne peut imaginer que les autorités américaines n'étaient pas au courant des très nombreux éléments faisant état de violations des droits humains par les forces de sécurité égyptiennes", souligne le chercheur.

 

L'organisation milite actuellement pour l'adoption d'un traité international global visant à empêcher tout transfert d'armes à un pays, dès lors qu'il risque de s'en servir pour violer les droits de l'homme. Un tel accord pourrait être négocié lors d'une conférence à l'ONU, en juillet 2012. Mais il risque de se heurter au refus de Washington, Moscou, Pékin, Londres et... Paris.

Armin Arefi, 8 décembre 2011.

Le Point.fr

 

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