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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Benjamin Barthe

 

La campagne en vue de l'élection présidentielle égyptienne s'est officiellement ouverte lundi 30 avril. Elle prendra fin le 21 mai. Le premier tour du scrutin se jouera les 23 et 24 mai et le second les 16 et 17 juin. Le successeur de Hosni Moubarak sera officiellement désigné le 21 juin. Sur les 23 dossiers de candidatures soumis à la commission électorale, dix ont été rejetés, dont ceux de trois personnalités controversées : Khairat Al-Chater, l'éminence grise des Frères musulmans, Hazem Abou Ismaïl, le prêcheur salafiste soutenu par le parti Al-Nour et Omar Souleiman, l'ancien chef des services secrets et éphémère vice-président de Hosni Moubarak. Restent donc treize candidats que l'on a classés ci-dessous en quatre groupes : les favoris, les seconds couteaux, les petits candidats et les anonymes.

 

 

Les favoris

 

Amr Moussa : le patricien

 

Âgé de 76 ans, ancien ministre des affaires étrangères d'Hosni Moubarak, secrétaire général de la Ligue arabe entre 2001 et 2011, il est l'un des visages de l’Égypte les plus connus, tant à l'intérieur qu'à l'étranger. Il fait campagne pour une "IIème République".

Atouts : sa longue carrière de diplomate au plus haut niveau, qui lui confère une stature d'homme d'Etat, appréciée principalement dans les zones rurales ; le tube du chanteur populaire Shabaan Abdel Rehim, "J'aime Amr Moussa, je déteste Israël" qui reste gravé dans la mémoire collective égyptienne et lui vaut- à peu de frais - une étoffe de "dur" à l'égard du voisin israélien honni ; l'anecdote selon laquelle Moubarak, jaloux de sa popularité, l'aurait poussé à rejoindre la Ligue arabe, pour qu'il ne lui fasse plus d'ombre sur la scène politique nationale ; le fait qu'il a déclaré sa candidature dès le mois de mars 2011 et qu'il a amplement eu le temps de sillonner le pays ; son image de candidat "laïc soft", non religieux mais pas opposé pour autant aux islamistes.

Handicaps : son âge, qui le met en porte à faux avec la jeunesse qui a fait la révolution de 2011 ; son appartenance à l'ancien régime dont il ne s'est désolidarisé qu'au dernier moment, quelques jours avant la démission de Moubarak. Ce parcours tout en prudences pourrait cependant l'aider à récupérer des voix de nostalgiques de l’Égypte d'avant Tahrir.

 

Abdel Moneim Aboul Foutouh : le réformateur

 

Agé de 60 ans, médecin, secrétaire général de l'Union des médecins arabes, ancien cadre dirigeant des Frères musulmans, dont il a été exclu en juin 2011, après avoir fait acte de candidature à la présidentielle - à l'époque où la confrérie n'entendait pas y concourir, il se présente comme un islamiste modéré, le chaînon manquant entre ultra-conservateurs religieux et révolutionnaires laïcs.

Atouts : Une carrière d'opposant de longue date, qui commence par un accrochage public avec le président Sadate, au début des années 70, à l'époque où il étudiait à l'Université du Caire - un épisode fameux dont youtube a gardé la mémoire (en arabe) ; le passage par la case prison, quasi réglementaire pour un responsable des Frères, le plus long séjour derrière les barreaux étant sous Moubarak, entre 1996 et 2001 ; sa participation à Kefaya, au milieu des années 2000, un mouvement précurseur du soulèvement de 2011, au sein duquel il se lie avec l'opposition non islamiste ; sa présence sur la place Tahrir, dès le premier jour de la révolution, le 25 janvier 2011, qui lui vaut le soutien de la jeune génération islamiste, agacée par la pusillanimité des Frères qui ont attendu le 28 janvier pour rallier la révolte ; ses déclarations en faveur de l'égalité des religions et des sexes, notamment le fait qu'il est favorable à ce que les femmes et les coptes se présentent à la présidentielle ; le soutien que lui ont offert le parti islamiste modéré Wasat et surtout le parti salafiste Al-Nour, deuxième force de l'Assemblée du peuple, dont le candidat, Hazem Abou Ismaïl a été disqualifié.

Handicaps : ne bénéficie pas de la logistique d'un grand parti derrière lui, ce qui pourrait pénaliser sa campagne dans la dernière ligne droite, notamment vis à vis du rouleau compresseur des Frères musulmans ; sa relative ouverture sur les questions de société pourrait ne pas suffire à lui attirer les suffrages des libéraux et des électeurs de gauche, rétifs à l'idée que les pouvoirs exécutif et législatif (les deux chambres du parlement et la présidence) soient aux mains d'islamistes.

 

Mohammed Morsi : l'orthodoxe

 

Agé de 60 ans, ingénieur de formation, haut responsable du mouvement des Frères musulmans et député de 2000 à 2005, il doit sa présence dans la course à la présidentielle à la disqualification de Khaïrat Al-Shater, le candidat initial de la confrérie, dont il est le fidèle bras droit.

Atouts : le soutien de la machine électorale des Frères, dont la force de frappe a été démontrée lors des législatives où ils ont raflé 45% des sièges ; l'appui de Khaïrat Al-Shater, le deux ex-machina de la confrérie, qui apparaît à ses côtés dans les meetings du mouvement, pour promouvoir son projet de "Nahda" (renaissance) ; son conservatisme social, typique du courant dominant au sein de la confrérie, peut être plus parlant pour l'électorat islamiste que le modernisme de son rival Aboul Fotouh.

Handicaps : son image de candidat par défaut et sa faible notoriété, même au sein de l'électorat islamiste ; le mauvais début des Frères musulmans à l'Assemblée du peuple, qui ont vu la commission constituante qu'ils avaient mise sur pied, être dissoute sur injonction d'un tribunal administratif ; des relations houleuses avec les jeunes de la confrérie qui lui reprochent son dogmatisme et qui ont souvent été exclus du mouvement à la suite de leurs critiques ; le lâchage du parti salafiste Al-Nour, qui faute de candidat propre, a décidé de soutenir Aboul Foutouh, qu'il considère comme plus à même de battre Amr Moussa.

 

 

Les seconds couteaux

 

Ahmed Shafiq: l'autoritaire

 

Agé de 70 ans, il fut l’ultime premier ministre de Hosni Moubarak, qui le nomma quelques jours avant de quitter le pouvoir. Il démissionna de ce poste au bout d’un mois, début mars 2011, au lendemain d’une interview télévisée désastreuse, au cours de laquelle l’écrivain Alaa Al-Aswany le tailla en pièces, stigmatisant notamment son silence durant « l’attaque des chameaux » contre la place Tahrir. Il est aussi connu pour avoir été dans les années 2000 un efficace ministre de l’aviation civile, avec à son actif, la modernisation d’Egypt Air, la compagnie nationale et l’agrandissement de l’aéroport du Caire. Avant d’entrer au gouvernement, il faisait carrière dans l’armée de l’air, dont il fut le commandant en chef, ce qui lui vaut une réputation d’homme à poigne. La rumeur, évidemment invérifiable, le présente comme le candidat préféré du Conseil suprême des forces armées, le cénacle de généraux qui gère la transition et qui devrait céder l'essentiel du pouvoir exécutif au nouveau président. Avec ou sans son soutien, Shafiq devrait draîner les voix des nostalgiques de l’ère Moubarak ainsi que d’une partie des électeurs avides d’ordre et de stabilité.

 

Hamdeen Sabahi : le Nassérien

 

Agé de 57 ans, originaire d’un petit village du Delta, il est le candidat du parti nassérien Karama. Cet opposant au régime Moubarak, plusieurs fois emprisonné, élu député en 2000 et 2005 et partisan de la révolution dès le premier jour, défend les thématiques socialistes et panarabistes popularisées en son temps par Gamal Abdel Nasser. Il jouit d’une bonne popularité en Egypte du fait de ses combats incessants pour les droits des paysans, de sa participation aux manifestations contre l’invasion américaine de l’Irak, en 2003 et de ses harangues anti-israéliennes. Il fut pendant un temps le seul aspirant président à appeler à la révocation de l'accord de paix de Camp David, entre l'Egypte et Israël, avant d'adopter une position moins tranchée. Sa campagne devrait pâtir de la concurrence d’autres candidats de gauche, comme Aboul-Ezz Al-Hariri et Khaled Ali. A moins que ceux-ci ne se désistent en sa faveur dans les prochaines semaines.

 

 

Les petits candidats

 

Khaled Ali : le révolutionnaire

 

 

Agé de 40 ans, ce qui en fait le benjamin de la campagne, avocat, spécialisé dans les droits des travailleurs, il bénéficie d'une bonne notoriété parmi les révolutionnaires de la place Tahrir qu'il a souvent défendus devant les tribunaux militaires. En mars 2010, il avait obtenu, à l'issue d'une action en justice collective, que le salaire minimum dans la fonction publique soit réévalué à 1200 livres (150 euros).

 

Aboul-Ezz Al-Hariri : l'agitateur

 

Agé de 67 ans, grande gueule de la gauche égyptienne depuis les années 70, familier des bancs de l'Assemblée où il a été réélu à l'automne dernier, il a été membre du parti socialiste Tagammu, avant d'en claquer la porte en mars 2011 et de contribuer à la fondation de l'Alliance populaire socialiste. Il jouit d'une réputation d'incorruptible.

 

Sélim Al-Awa : l'arbitre

 

Agé de 69 ans, penseur islamique et avocat spécialisé en droit commercial, il a longtemps été proche des Frères musulmans avant de se positionner comme un homme de consensus, intermédiaire entre les partis islamistes et le pouvoir en place, le régime Moubarak en son temps, et le Conseil suprême des forces armées aujourd'hui.

 

Hicham Al-Bastawisi : le magistrat

 

Agé de 60 ans, juge à la cour de cassation, célèbre pour avoir mené la fronde des magistrats contre les fraudes perpétrées par le régime Moubarak lors des élections législatives de 2005, il dispose du soutien du Tagammu, le vieux parti socialiste égyptien.

 

Ahmed Khairallah : l'homme de l'ombre

 

Ancien parachutiste, jeune retraité des services secrets égyptiens dont il fut le directeur adjoint, il est aussi un expert des questions d'environnement. Comme Amr Moussa et Ahmed Shafiq, la rumeur - évidemment invérifiable - le présente à intervalles réguliers comme le candidat favori du Conseil suprême des forces armées.

 

Les anonymes

 

Abdallah Al-Ashaal, un ancien diplomate de 66 ans, qui est soutenu par le petit parti salafiste Asala ; Mohamed Fawzi, un ancien inspecteur de police, de 66 ans ; Mahmoud Hossam, un autre policier, âgé de 47 ans, qui a travaillé pour les Nations Unies.

 

 

Benjamin Barthe, 3 mai 2012. Blog L’Egypte à l’heure des choix

 

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