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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Répression en Égypte : le pouvoir militaire sous le feu des critiques

 

Le quotidien indépendant Tahrir, fondé après la chute du président Hosni Moubarak en février, fustigeait en une "les forces qui attentent à l'honneur", avec une photo d'un soldat tenant une femme par les cheveux tandis qu'un autre brandissait une matraque au-dessus d'elle.

Rappelons que les affrontements avaient éclaté vendredi entre les forces de l'ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l'armée comme Premier ministre de Kamal el-Ganzouri, qui avait déjà occupé ce poste sous Hosni Moubarak. Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de l'armée et chef d'État de fait, le maréchal Hussein Tantaoui. Ces violences sont les plus graves depuis des affrontements similaires qui avaient fait au moins 42 morts, principalement au Caire, quelques jours avant le début des législatives. Elles ont éclipsé la deuxième phase du scrutin, mercredi et jeudi dans un tiers du pays, qui a conforté la nette domination des formations islamistes, au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak.

L’impact de la vidéo a été considérable et sa vérité aveuglante. Les Américains ont surfé sur cette réprobation planétaire. Les violences aux femmes dans les manifestations "déshonorent l'État" égyptien, a déclaré la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton. La haute-commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, a condamné "la répression brutale" des manifestations. "La violence impitoyable avec laquelle des femmes manifestant pacifiquement ont été frappées est particulièrement choquante et ne peut rester impunie", a-t-elle souligné.

Source AFP

 

L’Amérique, l’armée et les Frères musulmans. Qu’en est-il des rapports dans  le trio improbable qui œuvre à arrêter le processus révolutionnaire en neutralisant l’avant garde insolente et incontrôlable du peuple égyptien qui continue d’occuper l’espace public ? Quelles sont les feuilles de route des uns et des autres ? Un article de Ahmed Selmane dans La Nation revient sur cette question. Extrait.

 

Deux forces organisées avec l’appui du « Centre »

 

Ces deux forces, qui ont des intérêts communs objectifs, sont dans une alliance de fait pour « stabiliser » la situation. Elles ont l’appui du « Centre » américain qui œuvre à maintenir l’Egypte dans son rôle de pièce-maitresse dans le dispositif proche-oriental fondé par les accords de Camp David.

La Place Al-Tahrir ne doit pas s’illusionner des remarques des Occidentaux quant à « l’usage disproportionné » de la force par les militaires, ces derniers sont clairement soutenus et chargés de préserver l’ordre américain. Les occidentaux tiennent compte des images et adaptent leur discours aux effets médias et immédiats mais leur politique ne se fait ni sur Facebook ni via Twitter.

L’acceptation de la tenue d’élections indéniablement libres qui confirment, selon les prévisions, le poids dominant des Frères Musulmans fait partie de ce deal de stabilisation. Les « FM » ont envoyé des signaux clairs sur la non-remise en cause de Camp David et du rôle vassalisé de l’Egypte qu’il implique.

La situation égyptienne est sans l’ombre d’un doute la clé de l’explication de la disponibilité, inédite, des occidentaux à accepter un fonctionnement par les urnes ouvrant la voie à des gouvernements dirigés par des islamistes. Outre le fait qu’ils ne remettent pas en question – pour l’instant au moins – les accords de Camp David, les FM sont un courant ultraconservateur qui se satisfait pleinement du système économique et social en place. Leur utilité est d’autant plus grande qu’ils encadrent, après la désertion générale des mouvements de gauche, l’immense peuple des laissés pour compte. L’action caritative sur fond de religiosité politique assure à « l’Organisation » des FM un ancrage social réel qui leur permet de prétendre valablement à une place à la table du pouvoir.

 

Ahmed Selmane, 20 décembre 2011. Extrait de l’analyse intitulée « De la Place Al-Tahrir à Alger, entre le sabre et le goupillon » Texte intégral : La nation.info

 

Des Frères musulmans et de l’Union européenne

Comment les Vingt-Sept doivent-ils répondre au triomphe annoncé des Frères musulmans aux législatives égyptiennes ? Comment la diplomatie européenne doit-elle se positionner face à l'arrivée au pouvoir d'islamistes qui se disent "modérés" mais dont les intentions demeurent avant tout nébuleuses ? Quelques mois avant la tenue du scrutin - qui a commencé le 28 novembre et doit se poursuivre jusqu'à la mi-janvier, le European Institute for Security Studies, le think tank stratégique de Bruxelles, avait planché sur ces questions. Le resultat de ses réflexions a été publié dans un fascicule d'une trentaine de pages, intitulé Egyptian Democracy ands the Muslim Brotherhood.

Rédigée par un trio d'experts, américano-germano-égyptien, spécialistes de l'islam politique et des questions de transition démocratique, cette étude met en garde les Vingt-Sept contre toute ingérence dans le processus électoral égyptien, directe ou indirecte, réelle ou perçue comme telle. Plutôt que de jouer un camp contre un autre, d'entretenir l'impression qu'en matière de démocratie dans le monde arabe, la politique européenne équivaut à un deux poids deux mesures et prendre le risque de rééditer in fine le boycottage contre-productif du Hamas, les auteurs appellent l'Union européenne à soutenir le processus de démocratisation en soi, partant du point de vue que la stabilisation de l'Egypte - et la préservation des intérêts européens, dépendent davantage de la réussite de cette transition que de la victoire de telle ou telle formation.

Ces recommandations seraient-elles arrivées jusque sur le bureau de Catherine Ashton, la diplomate en chef de l'Union ? Le fait est que la baronesse britannique fait montre de retenue sur le dossier égyptien. Alors que les islamistes enquillent les succès, les ministres des Affaires étrangères de l'UE se bornent à appuyer "la quête de liberté" des égyptiens, réservant leurs mises en garde aux généraux du Conseil suprême des forces armées, l'entité qui gouverne l'Egypte depuis la chute de Moubarak et qui est soupçonnée de rechigner à transférer ses prérogatives aux civils.

En cela, Bruxelles fait preuve de continuité, puisqu'au mois de juillet dernier, le porte-parole de Lady Ashton avait laissé entendre que l'UE était prête à ouvrir un dialogue avec les Frères musulmans.

Benjamin Barthe, 12 décembre 2011. Le Monde.fr

 

Place Tahrir, la guerre de position

 

 

Militaires et manifestants se livrent une bataille stratégique pour le contrôle de la place emblématique du Caire. Toute l'affaire de la révolution égyptienne a été l'occupation et l'appropriation de l'espace public par le peuple. Les manifestants avaient redoublé d'inventivité pour échapper aux pièges du régime de Moubarak. Mais cette fois-ci, ils sont peu nombreux. La population ne les soutient plus et l'armée les attaque ouvertement, multipliant les bavures.

(…) Les militaires imposent au fil des jours une stratégie claire : ils reprennent le terrain aux manifestants. La géographie de cette occupation reste incertaine. Au Caire : tout peut changer en quelques heures et en quelques mètres. Un mur de blocs de ciment peut être construit du jour au lendemain. Le Point.fr vous propose une chronologie des événements marquants des quatre dernières semaines.

 

1. Le premier mur : 24-25 novembre

Dans la révolution égyptienne, on connaissait les barrages des comités populaires et les barrages de chevaux de frise et de barbelés des militaires. Du 24 au 25 novembre, c'est carrément un mur que les militaires construisent sur la rue Mohammed Mahmoud. Une trentaine de blocs de béton bloquent le passage. La rue avait été le théâtre d'affrontements sanglants. Le mur sépare les belligérants. La manifestation grossit, puis s'éteint peu à peu. La place Tahrir est rendue à la circulation. Seule la rue du Parlement maintient un sit-in devant un pâté de maisons qui contient le Majlis el-Shab (l'Assemblée du peuple), le Majlis al-Choura (la Haute Assemblée) et le cabinet du Premier ministre honni par les manifestants, Kamal al-Ganzouri.

 

2. L'armée prend la rue du Parlement : nuit du 15 au 16 décembre

Personne ne sait ce qui s'est exactement passé ce jour-là. Une bavure entre un ultra (membre d'un club de supporteurs de foot particulièrement remuants) ? Ou le CSFA (Conseil suprême des forces armées) qui veut reprendre la situation en main ? Quelle que soit la cause, la conséquence est implacable : l'armée occupe dans la nuit la rue du Parlement.

 

3. La bataille de l'avenue Qasr al-Eini : 16 décembre

Les manifestants reculent dans l'avenue perpendiculaire à la rue du Parlement. Les affrontements sont sanglants : une dizaine de morts et une centaine de blessés chez les manifestants. Les autorités, composées de militaires, de baltaguias, de moukhabarats, apprennent désormais à se positionner en hauteur. Elles peuvent ainsi épuiser les manifestants sans être touchées. Pas un mort connu, pour l'instant, dans leur camp.

 

4. La stratégie se construit : 17 décembre

Les autorités visent les femmes et les journalistes - et reprennent, méthodiquement, l'avenue Qasr al-Eini. Dans la journée, vers 15 heures, elles y construisent un mur sous les huées de la foule impuissante. La stratégie est rodée : dans la nuit, à partir de 4 heures du matin, au moment où la mobilisation est la plus faible, les militaires attaquent. Les manifestants courent, vont, reviennent, sont toujours aussi courageux. Mais pendant ces courses-poursuites, les équipes du génie s'affairent et prennent position, veillant toujours à mettre à disposition des autorités des bâtiments en hauteur - ce n'est pas ce qui manque dans le coin. Le 18 décembre, les manifestants reculent, encore. Toujours aussi courageux, ils concentrent leurs attaques sur la rue Sheikh Rihan. En vain : toujours en hauteur, les militaires et les baltaguias sont intouchables. Pris entre deux feux, l'Institut égyptien part en fumée. Dans la nuit, l'armée continue son manège sanglant : vers 4 heures, elle charge les manifestants qui se dispersent. Ils perdent encore du terrain.

 

5. L'occupation progresse : 19 décembre

Un nouveau mur est construit rue Sheikh Rihan. Cette fois-ci, les manifestants sont vraiment à l'étroit. Coincés entre la place Tahrir toujours ouverte à la circulation et les murs qui s'édifient sans cesse devant eux, leur courage ne faiblit pas. Mais devant l'occupation méthodique et implacable des autorités, ils ne peuvent que reculer. Par-derrière, les militaires rendent l'avenue Qasr al-Eini aux voitures, mais contrôlent toujours la zone de très près.

 

Samuel Forey et Olivier Laffargue,  le 20 décembre 2011 (à 20h30). LePoint.fr

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