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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Par Saoudi Abdelaziz, 17 août 2013

 

 

En Egypte, après l'échec de la solution Soleimane en février 2011, après l'échec de la reprise en main par le Conseil des forces armées, après l'échec de la candidature Chafik en 2012, l'Empire a "collé" à la solution Frères musulmans.

 

La Maison blanche a lâché Morsi lorsque ce président démocratiquement élu, prenant en compte l'intérêt national, avait engagé une réorientation stratégique inacceptable pour la Maison blanche et la hiérarchie militaire.  Avec notamment l'amorce de l'alliance avec l'Iran et le soutien plus résolu aux Palestiniens, il avait franchi la ligne rouge. Les gages de Morsi sur le dossier syrien qui suivront ne serviront à rien, le mal était fait.

 

Une nouvelle phase était ainsi ouverte. Pour l'Empire, l'Etat égyptien ne doit absolument pas user de capacités autonomes de décision au services de des intérêts nationaux, capacités que le pouvoir égyptien avait abdiqués il y a quarante ans, avec l'Infitah.

 

Les consortiums financiers pro-occidentaux qui avaient prospéré sous Sadate puis sous Moubarak en dépeçant le secteur public, ont pu échappé à la Justice grâce à la complaisance de la Confrérie des Frères Musulmans. Ils mettent toute leur puissance financière et médiatique au service de la préparation d'une opération de subversion qui aboutira au coup d'Etat mené par le "pieux" Sissi, le jeune et intelligent chef des services spéciaux de l'Armée qui avait remplacé à la tête de l'Etat-major, le vieux maréchal Tantaoui dépassé par les événements.

 

Par quel processus les "laïcs" égyptiens ont-ils été amené à soutenir cette opération?

 

Akram Belkaïd note : "Oui, l'armée égyptienne a su profiter de la dégradation du climat politique sous Morsi et il faudrait être naïf pour croire qu'elle n'a pas encouragé et entretenu les tensions. Le 3 juillet dernier, son intervention a comblé d'aise nombre d'Egyptiens, hostiles aux Frères musulmans".

 

Les Révolutionnaires socialistes, une formation influente de la gauche égyptienne, viennent de condamner la politique d'Al Sissi. Cette prise de position, première échec de la bipolarisation idéologique, annonce la remise au devant de la scène des intérêts fondamentaux du peuple égyptien.

 

 

Kharroubi Habib pense que les puissances ont intentionnellement poussé les "deux camps égyptiens" à la confrontation "avec le calcul pour elles que quel que soit celui qui l'emportera elles pourront le moment venu se positionner avec bénéfice au profit du courant politique en faveur de qui se dessinera la victoire". Le journaliste conclut : "Une telle tragédie s'inscrit dans la logique de la théorie du «chaos créateur» qu'ils ont conceptualisé pour le monde arabe et que les Egyptiens ont fini par croire qu'elle a été destinée uniquement aux autres peuples de la région".

 

 

Combien de temps va durer ce nouvel épisode du feuilleton égyptien? En tout cas, la principale victime du coup d'Etat d'Al Sissi sera sans doute l'argumentaire consistant à présenter les "Printemps" égyptien et tunisien comme le fruit d'une conspiration américano-islamiste.

 

 

Au début de l'année 2011, l'Empire a perdu l'initiative stratégique dans ces deux pays. Depuis, ses efforts pour redresser la barre ne semble pas être parvenus à renverser durablement la tendance lourde de l'évolution qui veut que les peuples exigent dorénavant le droit d'exister, se faire respecter et celui de mieux vivre. L'Empire et ses succursales locales ne l'acceptent pas, mais pourront-ils contenir durablement ces aspirations puissantes, alors que le système de domination craque sous l'effet d'une crise structurelle irrémédiable.

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Sakhra 17/08/2013 16:50

Merci pour cette analyse, que je partage . Maintenant, pour que les peuples continuent à se battre, il faut une union de tous les anti-impérialistes, qu'ils croient en Dieu ou pas . inchallah.