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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Sophie Anmuth, au Caire, 9 août 2013

 

Ils étaient de farouches critiques des Frères musulmans au pouvoir mais s'inquiètent de l'attitude de l'armée et de la répression qui s'abat sur les islamistes au nom de l'anti-terrorisme. Aujourd'hui, ces "ni-ni" peinent à faire entendre leur voix. 


Ils ne sont pas beaucoup, mais ils existent. Libéraux, ils ont été de tous les combats. Ils ont soutenu le soulèvement de 2011 contre le président Hosni Moubarak, ils se sont opposés au régime militaire du Conseil suprême des Forces armées qui a suivi, en 2011-2012, puis ils ont estimé que les Frères musulmans n'étaient plus dignes de gouverner. Après avoir, pour la plupart d'entre eux, voté à contre coeur au second tour de l'élection présidentielle de 2012 pour Mohamed Morsi, le candidat de la confrérie afin de faire barrage à Ahmed Chafiq, l'ancien premier ministre de Moubarak.  

 

 

"Tamarrod nous a trompés"

 

 

Journaliste, Sabah Hamamou travaille pour Al Ahram, le plus grand journal gouvernemental. Elle a signé la pétition du mouvement Tamarrod qui demandait, fin juin, la démission de Mohamed Morsi. J'étais, dit-elle, "d'accord avec leurs buts proclamés: mettre fin au gouvernement d'incapables des Frères, et mettre en oeuvre une présidentielle anticipée." Mais aujourd'hui, elle se sent trahie par ce mouvement. "Ils utilisent nos signatures pour soutenir un coup d'Etat militaire. Ils ne condamnent pas l'usage excessif de la force par la police pour mettre fin au sit-in des manifestants pro-Morsi (plus de 100 morts en juillet). Ils vont jusqu'à nommer cette répression lutte anti-terrorisme, sans définir ce qu'ils appellent terrorisme... ".  

Karim Mohamed Hassan, vingt-quatre ans, ingénieur, est l'un des fondateurs de la "Troisième place", c'est-à-dire ni la place Tahrir, dorénavant pro-Sissi, le chef de l'armée et nouvel homme fort en Egypte, ni la place Rabaa el-Adawiya, pro-Frères musulmans. Sans remettre en cause le soulèvement du 30 juin contre Mohamed Morsi, auquel ils ont participé, les tenants de la "Troisième place" estiment que "l'on peut être anti-Frère musulman et ne pas faire confiance à l'armée". " Il ne faut pas, souligne le jeune ingénieur, voir les choses en noir et blanc et s'accuser les uns les autres de trahison et de manque de patriotisme. On a fait notre première manifestation le 26 juillet, pour faire connaitre notre désaccord quand Sissi a demandé au peuple de montrer son soutien à la lutte anti-terrorisme. S'il a besoin d'un blanc-seing, ce n'est pas pour faire le travail normal de la police et de l'armée, c'est pour prendre des mesures politiques. On ne veut pas voir revenir le temps des arrestations arbitraires contre les islamistes, ou n'importe quel activiste qu'il plairait aux forces de sécurité de définir ainsi, comme sous Moubarak

 

 

"L'armée se prend pour le père du peuple"

 

Un constat que partage Sabah Hamamou. "L'opinion publique, déplore-t-elle, n'accepte pas les avis divergents. Si vous décrivez ce qui vient de se passer comme un coup militaire, même si vous avez toujours été tout à fait contre les Frères musulmans, on vous traite de partisan de la confrérie. D'ailleurs, je n'ai finalement pas vraiment participé aux manifestations du 30 juin car je les ai trouvées trop remplies de nostalgiques de Moubarak. L'armée, ajoute-t-elle, se considère comme le tuteur du peuple égyptien". Elle évoque une célèbre image de la propagande officielle montrant un soldat en train de bercer un bébé avec en légende "l'armée et le peuple, un seule main". "C'est la preuve que l'armée se prend pour le père du peuple, et ne se considère pas comme une institution à son service. Et cela depuis le coup d'Etat militaire de 1952. L'armée contrôle 40% de l'économie égyptienne, et aucune institution ne peut vérifier son budget. Elle ne lâchera pas facilement le pouvoir."  

 

L'Express.fr

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