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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Ce candidat à la présidentielle égyptienne est soutenu autant par les jeunes branchés que par les Frères musulmans. Portrait.

 

Par Samuel Forey et Marion Touboul, au Caire

 

Comment peut-on être Abdel Moneim Aboul Fotouh ? De jeunes révolutionnaires libéraux, Ray-Ban et cheveux au vent, et des islamistes conservateurs, tunique et grosse barbe, s'apprêtent à voter pour lui au premier tour de la première élection présidentielle égyptienne démocratique. Il a reçu les soutiens officiels de Wael Ghonim, l'enfant chéri de la révolution égyptienne, le cyberdissident branché, ancien responsable marketing de Google, mais aussi du parti salafiste al-Nour. Ancien Frère musulman, Aboul Fotouh s'est fait renvoyer du conseil de guidance de la confrérie en 2009. Après la révolution, il a été complètement expulsé du mouvement : il avait franchi la ligne rouge en se portant candidat à la fonction suprême, contrairement aux déclarations des Frères.

 

Si Aboul Fotouh est fidèle à quelque chose, c'est au chemin qu'il trace dans la politique égyptienne. De tous les combats contre le régime militaire, de toutes les manifestations pendant la révolution du 25 janvier, il mène depuis une campagne de bête politique, enchaîne deux à trois meetings par jour, débat avec Amr Moussa, le favori de la présidentielle égyptienne. La confrontation avec l'ancien ministre de Moubarak et secrétaire général de la Ligue arabe n'a pas dû lui faire bien peur. Il est connu pour s'être opposé, jeune et ardent, à Anouar el-Sadate, le président de la République égyptienne de 1970 à 1981. Il a payé personnellement ses combats en étant emprisonné cinq ans dans les années 1990.

 

"Erdogan égyptien"

 

Il est aujourd'hui considéré comme un islamiste modéré. La presse occidentale le qualifie de "Erdogan égyptien", en référence au Premier ministre turc. Il est contre l'obligation du port du voile. Il a même affirmé, audace suprême en terre d'islam, ne pas être contre la conversion d'un musulman au christianisme. Cela, tout en étant issu de la Gamaa islamiya, un groupe islamiste radical et proche des salafistes depuis longtemps.

 

Son positionnement par rapport à la charia, la loi islamique, est ambigu. Pour Aboul Fotouh, il ne s'agit pas d'appliquer les peines houdoud, comme couper les mains des voleurs, mais de puiser dans la loi islamique les repères pour la rénovation de la société égyptienne. Comme ses anciens compagnons des Frères musulmans, il est dans l'objectif millénariste de la préparation de la société à l'application de la charia en éliminant, par exemple, les facteurs structurels de la tentation (la pauvreté, entre autres). En bref, l'application littérale de la loi islamique est un but explicitement utopiste, il faudra prendre le temps qu'il faut pour préparer la société.

 

Rebelle

 

Plus qu'un caméléon, c'est un rebelle qui s'impose aujourd'hui comme le poids lourd d'une véritable alternative, après la chute de Moubarak, contre Amr Moussa, considéré comme l'un des vestiges de l'ancien régime. C'est ainsi qu'il rassemble les suffrages les plus variés en cultivant ce positionnement anti-système.

 

Si ses soutiens sont très variés, impossible encore de savoir s'ils sont nombreux. Il s'est imposé dans le débat politique de la nouvelle Égypte sans pour autant être le favori. Alors, il parcourt le pays, de réunion en meeting, en position de challenger. Il en a l'habitude : c'est l'histoire de sa vie.

 

 

Samuel Forey et Marion Touboul, au Caire, 20 mai 2012. Point.fr

 

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