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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Faut-il vraiment s'intéresser, même impératif de fonction, aux joutes qui se déroulent au Parlement au sujet des présumés textes de la réforme ? Pour le gros des Algériens, une femme divorcée, seule, avec deux enfants, qui s'immole par le feu au moment de son expulsion d'un appartement «toxique» qu'elle a acheté avec tout ce qu'elle avait, est un fait beaucoup plus éloquent. Même si cela relève d'une affaire «privée», même si froidement certains diront que la loi ne protège pas les ignorants, il y a dans cette injustice absolue faite à cette femme quelque chose qui relève du symbole général. Celui d'un pays où le sens de l'humain et du juste a disparu au profit du règne total de la violence et de l'argent. Et du cynisme.

 Toutes les sociétés fonctionnent d'une manière ou d'une autre au rapport de forces. Et même dans des sociétés avancées, des hommes et des femmes en arrivent à se suicider car mis dans des impasses. Il ne faut pas chercher, là aussi, une singularité algérienne. Par contre, il faut bien admettre que nous n'arrivons pas à trouver le chemin vertueux qui fait que l'on apprend, à l'expérience et dans la douleur, à ne pas refaire les mêmes erreurs, à faire que l'avenir soit moins chaotique par les enseignements justes que l'on tire des échecs du passé.

 Entre ceux qui s'immolent et ceux qui choisissent des voies moins définitives mais aux conséquences lourdes - comme l'exil, le silence, le refus de s'intéresser à un espace public dévoyé à force d'être réduit à une mauvaise pièce de théâtre -, il faut bien constater que l'Algérie tourne en rond. Dangereusement. Même ceux qui se piquent de vouloir le «changement» y mettent tant de conditions et exigent tant d'exclusions que le régime qu'ils veulent changer en arrive à sembler plus ouvert.

 Ce discours de l'exclusion sert, de manière consciente ou non, le statu quo. Il détourne le débat de l'essentiel. Quand on demande à un pouvoir d'exclure des Algériens au lieu de défendre les droits, les devoirs et les libertés communes à tous les Algériens, on concède un pouvoir absolu à celui qui est chargé de ladite besogne. Car la question ne se pose pas en termes de «dirigeants du FIS» ou «d'islamisme», cartes-menace que l'on ressort à chaque fois que l'on veut faire peur du changement. Elle se pose en termes de libertés exercées de manière effective par les Algériens, de libertés protégées par les Algériens et par un Etat dont l'autorité découle du respect de la loi. Ni l'islamisme, ni aucun courant politique ne disparaît par la répression ou par la magie. Les idées politiques, même les plus fausses, s'entretiennent par la répression et l'exclusion.

 Par contre, des citoyens libres, organisés, bien informés et qui baignent dans un climat de pluralisme et de débat, sont mieux armés devant le charlatanisme politique. Il y a dans les faux débats qu'on nous offre un air de déjà-vu. Une mauvaise pièce où l'on campe à nouveau des postures et où l'on désigne des ennemis à éliminer au lieu de chercher à savoir ce que les «réformes» présumées de l'an 2011 apportent comme réponse à une citoyenneté constamment bafouée et déniée. Dans un pays où les femmes et les hommes ont payé lourdement leurs tentatives, désordonnées, de changer le cours des choses, ces faux débats fonctionnent comme des écrans de fumée. Cela aussi est une injustice.

M. Saadoune. 9 octobre 2011. Le Quotidien d’Oran

 

 

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