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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Par Noëlle Lenoir

 

 

Alors que le gouvernement français annonce un plan pour la compétitivité qui assure le «redressement économique dans la justice », la montée des mouvements d’indignados face aux politiques de gestion de la crise par les Etats doit nous interroger sérieusement.

Après le succès retentissant de l’ouvrage de Stéphane Hessel – « Indignez-vous ! » – prônant la lutte contre « la dictature internationale des marchés financiers », c’est en Espagne, là où la crise a frappé de plein fouet les classes moyennes, que le mouvement des indignés a pris son départ. Pas moins de 6 à 8 millions de manifestants, s’estimant pas ou mal représentés par les partis politiques, seraient descendus dans la rue en se réclament du mouvement.

A côté d’extrémistes violents hélas, les indignés – notamment de jeunes diplômés sans espoir de rentrer dans la vie active – manifestent en Grèce. Et plus récemment au Portugal, pays où les manifestations de rue sont rares, la protestation trouve son expression dans la rue. Etudiants britanniques et québécois s’élevant contre l’augmentation des droits d’inscription à l’Université ou manifestants en Israël et au Chili contre la politique antisociale du gouvernement, tous ont pour objectif d’exprimer leur colère d’avoir à supporter les conséquences d’une crise financière mondiale dans laquelle ils n’ont pas la moindre des responsabilités.

Le mouvement « Occupy Wallstreet » né voici un an aux Etats-Unis en réaction contre l’impunité des banquiers de Wall Street est le symbole de l’expression pacifique de cette colère de la population. S’il est presque terminé, ce mouvement a marqué un tournant dans la vie politique américaine que le futur Président élu ou réélu ne devrait pas oublier.

En quoi a consisté ce mouvement et quels ont été ses modes d’action ? Presque dix ans jour pour jour après le 9/11 – soit le 17 septembre 2011 -, les Occupy Wallstreet, essentiellement des jeunes intellectuels ou travailleurs qualifiés, se sont installés avec tentes et couvertures dans Zuccotti Park à deux pas de Ground Zero dans Manhattan. Leur slogan « nous sommes les 99% » faisant référence aux 1% les plus riches capitalisant une bonne part de la richesse américaine, a fait mouche. Rien de plus parlant en effet pour dénoncer le creusement accéléré des inégalités aux Etats-Unis depuis environ quinze ans. D’emblée, le maire de New York, Michael Bloomberg, déclarait qu’il respecterait le droit des protestataires de manifester pacifiquement.

Plus de la moitié des Américains, pourtant en général méfiants vis-à-vis de tout ce qui peut apparaître comme d’inspiration social, voire socialiste, sympathisait d’après les sondages avec le mouvement. Le gouverneur de l’Etat de New-York, Andrew Cuomo, décidait d’augmenter les taxes sur les plus hauts revenus. Des banques renonçaientaccroître les commissions bancaires payées par leurs clients . Jusqu’au Président Obama qui, dans une allocution de décembre 2011 dans l’Etat du Kansas, faisaient une allusion directe aux revendications des « Occupy Wallstreet ».

Le mouvement était donc bien parti et s’amplifiait grâce aux réseaux sociaux. Il s’est finalement étiolé, au point que la presse l’ayant soutenu l’ignore presque.

Ce qui conduit à tirer l’enseignement suivant: quand un mouvement spontané dure, il ne peut se pérenniser sans être d’une certaine manière récupéré par des leaders – soit en son sein, soit venus de l’extérieur. Or les « Occupy Wallstreet » se sont refusés à se doter de leaders aptes à canaliser leur courant de protestation pour en faire un moyen de pression politique.

Résultat: ils se sont laissés abandonner en quelque sorte par la population et la répression policière qui s’est abattue sur eux, d’une façon parfois scandaleuse d’ailleurs, n’a plus mobilisé l’opinion, d’autant que cette répression a visé en particulier les journalistes qui commentaient jusque là les démonstrations de la foule.

Est-ce un échec ? Je ne le pense pas. Car les « Occupy Wallstreet » ont mis en avant deux thèmes essentiels qu’aucun responsable politique ne doit omettre de prendre en compte dans sa recherche de solutions à la crise: le premier est celui de l’accountability pour reprendre un terme intraduisible, mais qui veut tout de même dire que nul ne peut être dispensé de rendre des comptes et de faire face à ses responsabilités; le second est celui de l’égalité des chances, car la démocratie est en grand danger s’il n’est pas donné à chacun les moyens de se réaliser dans la société et d’accéder aux conditions de vie auquel il aspire.

 

14 octobre 2012. Blog Noëlle Lenoir

 

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