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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

"L’Algérie qui épargne la moitié de son PIB et qui en investit le tiers ne consacre pourtant que 2 à 3% pour l’investissement productif, hors secteur de l’énergie. C’est trop peu pour espérer sérieusement construire un régime alternatif de croissance".

 

Relance productive sous contrainte d'efficacité

 

Une voie étroite mais incontournable

 

 

Par Mustapha Mekideche, 17 juillet 2013

 

 

Au-delà des échéances présidentielles de 2014 qui mobilisent l’opinion publique et les médias, le vrai sujet sur lequel la classe politique devrait s’investir et se positionner, c’est le cap économique qu’il faut fixer au pays pour les deux prochaines décennies.

 

Pourquoi les deux prochaines décennies ? Parce qu’en l’état actuel de nos réserves d’hydrocarbures, estimées à 4 milliards de tep, couplé à une production de 200 millions de tep par an pour couvrir la demande domestique et l’exportation, le calcul est vite fait. Nous en avons seulement pour vingt ans ; un peu plus pour le gaz et un peu moins pour le pétrole. C’est une “dead line” qu’il faudra prendre très au sérieux. Car à l’inverse des étapes qui ont jalonné les cinquante dernières années, cette fois nous sommes dos au mur. L’économie algérienne doit impérativement réussir son passage à un nouveau régime de croissance robuste et durable, et il n’y a pas de plan B. Sans quoi, à l’échéance indiquée, le pays ne pourra plus couvrir la demande économique, sociale, et même la totalité de son budget de fonctionnement.

 

Déjà des signaux faibles sont perceptibles. Le bulletin n°40 de juin 2013 de la Banque d’Algérie en a émis un certain nombre aussi inquiétants les uns que les autres. Ainsi, les exportations d’hydrocarbures ont diminué de 13,9% au premier trimestre 2013 par rapport au même trimestre 2012. A l’inverse, les importations des biens ont augmenté de 8,6% pendant cette même période. La Banque d’Algérie nous rappelle également que la balance des paiements, bien qu’excédentaire, avait déjà enregistré un solde en baisse entre 2011 (19,2 milliards de dollars) et 2012 (12 milliards de dollars). Autre signal, provenant celui-là du ministre de Finances : le déficit budgétaire 2013 sera de 20% ; si toutefois aucune autre charge supplémentaire ne vient en aggraver l’ampleur. La résorption de ce déficit se fera par le recours au Fonds de régulation des recettes (FRR) à hauteur de près de 50% de ses disponibilités. Alors quelle que soit l’empathie que l’on peut avoir, une augmentation significative des charges budgétaires de fonctionnement, notamment salariales, devient désormais dangereuse car elle menacerait, dans des délais rapprochés, les équilibres financiers internes. Si l’on s’en tient au scénario au fil de l’eau, basé sur les deux trends actuels, physique et financier, l’option d’une dévaluation significative n’est pas exclure à terme.

Il est vrai que des ripostes existent encore pour éviter ce scénario catastrophe. Les unes de nature offensive et d’autres de nature défensive. Commençons par les ripostes offensives, car elles ont été sous-estimées et très peu utilisées à ce jour du fait de l’illusion d’une rente permanente. D’abord, il faut sortir rapidement de la trappe dans laquelle l’économie algérienne s’est laissé piéger : celle de la faiblesse récurrente de l’investissement productif hors énergie et l’extension asymétrique de sa sphère commerciale formelle et informelle. L’Algérie qui épargne la moitié de son PIB et qui en investit le tiers ne consacre pourtant que 2 à 3% pour l’investissement productif, hors secteur de l’énergie. C’est trop peu pour espérer sérieusement construire un régime alternatif de croissance. D’où l’importance de booster toutes les formes d’investissement industriel public, privé et mixte. Espérons que le nouveau texte simplifié et unique de promotion de l’investissement productif soit plus attractif. D’où l’intérêt aussi, dans ce cadre, de “l’appel à projets 2013” lancé par le secteur de l’industrie. Cet appel à manifestation d’intérêt a pour objectif “l’intégration des filières industrielles, l’augmentation et la diversification de l’économie nationale, la création d’emplois et la localisation de la valeur ajoutée des filières pour lesquelles l’Algérie est compétitive”.

 

Mais sans soutien réel aux entreprises algériennes, ce projet restera virtuel. A titre de comparaison, la Chine a toujours disposé d’une politique industrielle de long terme “visant à placer les champions chinois dans l’ensemble des secteurs économiques”, comme le rappelait Hubert Bazin, aux dernières Rencontres économiques d’Aix-en-Provence tenues sous le thème “le choc des temps, l’économie mondiale entre urgence et long terme”. Quant aux postures défensives, elles sont connues par tous, mais pas ou peu mises en œuvre. On peut citer par exemple le retour aux instruments bancaires universels, la réévaluation des systèmes des prix et des subventions pour stopper un gaspillage devenu indécent et dangereux, l’arrêt du financement exclusif par ressources bancaires internes de tout projet industriel en partenariat, l’amélioration de l’efficacité fiscale et douanière. Leur mise en œuvre crédibiliserait toute la démarche.

Je voudrais quand même conclure par un retour au secteur des hydrocarbures qui sera encore au centre de tous les enjeux, car seul lui peut amorcer la pompe de ce nouveau régime de croissance (big push). A ce sujet, j’ai suivi avec intérêt, comme vous, la récente signature de l’accord stratégique sur l’énergie entre l’Algérie et l’Union européenne (UE). Pour l’UE, l’objectif est de garantir sa sécurité énergétique. Or, coup sur coup, deux projets de gazoducs intercontinentaux viennent d’être reportés, sinon annulés. Il s’agit du gazoduc Galsi reliant l’Algérie à la Sardaigne et du gazoduc Nabucco reliant, par le sud, la mer Caspienne à l’Europe occidentale. Il faut savoir que ces deux projets étaient censés desserrer la vulnérabilité gazière de l’UE. C’est à cette dernière de voir. On avisera après.

 

Source: Liberté.com

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