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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Va-t-on vers l’école publique à deux vitesses : les élèves en difficulté seront-ils relégués dans « un... collège de pestiférés à tenir en quarantaine». POINT NET.

 

 POINT NET.

Par Laouari Slimane

 

 

Les chefs d'établissements scolaires ont tout à fait la latitude de prendre des initiatives. Au demeurant, rien ne le leur interdit. Ni légalement, ni professionnellement, ni moralement. Il est même attendu d'eux d'être imaginatifs quand il s'agit d'améliorer la gestion des écoles qu'ils dirigent et obtenir ainsi de meilleures performances scolaires et scientifiques. En la matière, certains d'entre-eux viennent de se «distinguer» en séparant, à la faveur des examens trimestriels, les «bons» élèves des élèves des «autres». Reléguant ces derniers à un... collège de pestiférés à tenir en quarantaine pour ne pas «perturber» le travail de la caste d'excellence créée à l'occasion, ces directeurs d'établissement croyaient ainsi avoir eu la trouvaille de leur vie.


Dans cette histoire, la première chose qui saute aux yeux est manifestement le caractère intempestif de la mesure, même si à l'évidence, on peut toujours spéculer sur son efficacité pédagogique. On peut convenir qu'il ne faut pas anticiper sur une décision dont ils sont les seuls à connaître les motivations du terrain.


Mais, pour les spécialistes comme pour tout autre observateur éclairé, il y a tout de même quelques évidences qui font douter de la pertinence de cette «initiative». Elle tient dans le message subliminal que ces chefs d'établissement semblent délivrer sur la question : ils n'ont aucune responsabilité dans le fait qu'il y ait de «mauvais» élèves.


Et puis ce que ce message implique : il n'y a rien à faire pour ces élèves en difficulté scolaire, sinon les éloigner de leurs petits camarades dont ils peuvent gêner la réussite, et peut-être bien le fabuleux destin auquel ils sont promis. S'agissant de leur responsabilité propre, cela implique également que les «bons» élèves sont l'émanation naturelle de leurs performances de pédagogues et de gestionnaires qu'il ne faut pas confondre avec les cancres dont il serait vain d'aller chercher quelque valeur intrinsèque. Non seulement nous sommes loin de la fameuse formule «il n'y a pas de mauvais élèves, il n'y a que de mauvais profs», mais dans ce cas précis, nous sommes tout près de l'inverser.


Désormais, il n'y a pas de mauvais profs, encore moins de mauvais directeurs d'école, il n'y a que de mauvais élèves ! Pour arriver à cette heureuse conclusion, on n'a pas été chercher bien loin, puisqu'il suffisait d'un peu d'imagination : aux «pôles d'excellence», il fallait juste substituer la... ségrégation !


Cela permet de se dispenser de l'effort d'accompagnement qui permettrait aux élèves en difficulté de s'en sortir en améliorant leur niveau. Et surtout, d'assurer une «réussite», même au rabais, d'une proportion d'élèves qu'on aura mis dans «les meilleures conditions de travail». Cela se traduira en fin d'année au «tableau d'affichage» dont le mérite reviendrait bien évidemment à la clairvoyance de nos brillants dirlos.


Quitte à jeter le règle dans la rue déjà copieusement bien peuplée grâce à l'ensemble du «dispositif» qui n'avait peut-être pas besoin d'autres «initiatives» si c'est pour en arriver là. Dernière «énormité», on ne voit pas d'autre résultat possible pour cette mesure en dehors de celle qui consiste à accentuer par l'isolement et la culpabilisation une partie des enfants algériens qui n'ont certainement pas choisi d'être cancres.


C'est entre autres la mission de l'école de les en sortir. Mais là où ailleurs, on a imaginé des mesures pour les aider, ici on a redoublé d'ingéniosité pour les stigmatiser. Et ce n'est pas très sûr que ça aide les autres, à qui on apprend déjà qu'ils sont différents de leurs petits camarades qu'ils vont pourtant retrouver dans la cour. Et parfois, à la maison.

 

11 mai 2013. Le Temps d’Algérie

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