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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« En Afrique, il y a des centaines de millions d'hectares de terres arables qui ne sont pas encore exploitées ». Sous le titre « Issad Rebrab part à la conquête de l'Afrique »,  TSA  rapporte les propos du médiatique entrepreneur :

« Je suis allé au Soudan, en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie et en Côte d'Ivoire. Dans tous ces pays, j'ai été reçu par les plus hautes autorités gouvernementales (président, vice‑président, Premier ministre et ministres). Tous ces pays sont demandeurs d'investissements dans l'agriculture et l'agroalimentaire ».

« Le Soudan met à ma disposition 5 0000 hectares, la Tanzanie 100 000 hectares, la Côte d'Ivoire 50 0000 hectares et l'Éthiopie 300 000 hectares ».

L’expansion africaine de Cevital s’explique selon TSA « Face au blocage de ses projets en Algérie » M. Rebrab, patriote frustré, s’en va gagner sa vie ailleurs. Le journal écrit : « En partant à la conquête de l'Afrique, Issad Rebrab cherche aussi à internationaliser son groupe afin de lui permettre de se développer en dehors de l'Algérie où nombre de ses projets attendent des autorisations du Conseil national de l'investissement (CNI) depuis 2005 ».

Sous le titre Rebrab l’Africain, Maamar Farah, enfonce le clou dans son billet, ce matin dans Le Soir d’Algérie : « Sinon, le patron de Cevital ne serait pas parti vers d’autres cieux pour s’occuper d’agriculture industrialisée et de grands projets intégrés ».
«Le vieil éléphant sait où trouver de l'eau.» conclut le chroniqueur, citantun proverbe africain).

Le chroniquer a raison : M. Rebrab « sait où trouver le fric ».  Il a , non sans audace, décidé de s’aligner aux côtés des multinationales pour la grande course juteuse à l’accaparement des terres africaines.

Issad Rebrab confie à TSA : « L'Éthiopie dispose de 73 millions d'hectares de terres arables. Ce pays exploite à peine quinze millions d'hectares d'une façon artisanale ».

 

 

Comment M. Rebrab va-t-il acquérir des terres en Ethiopie ?

 

 

Dans un article intitulé « l’accaparement des terres ou comment la loi expulse les gens de leurs terres »,Tomaso Ferrando écrivait le 7 juillet dernier (http://pambazuka.org/fr/category/features/83316,)

 

 

« Entrepris officiellement pour garantir à la population un "meilleur accès aux infrastructures socioéconomiques de base" […] et afin d’induire une transformation socioéconomique et culturelle de la population, le plan pour Gambella entre dans un programme plus vaste de transferts de population qui concerne 1,5 millions de personnes dans quatre régions (Gambella, Afar, Somali et Benighangul-Gumuz), dont plus de 100 000 personnes ont vécu ou vivent toujours dans la région de Gambella.

Sur la base des données contenues dans le rapport, la décision du gouvernement fédéral d’exercer son pouvoir souverain de façon aussi drastique sur la terre et la population soulève sans aucun doute des questions concernant le respect des procédures nationales et internationales pour les transferts de population, l’existence d’un consentement préalable, libre et informé, de la population locale, le transfert accepté, l’efficacité du plan de compensation et la subordination des intérêts de la population aux intérêts des besoins et volontés des investisseurs globaux. Mais surtout, il démontre clairement le potentiel de la souveraineté comme moyen légitime de coercition de la population.

Bien que le rapport insiste peu sur la relation entre des développements agricoles à large échelle et les transferts de population et qu’il n’y a pas de connexion directe entre les 100 000 hectares de terre que le gouvernement fédéral a déjà loués à Karuturi Global LTD, le cas de la région de Gambella apparaît d’ores et déjà comme emblématique d’une utilisation fonctionnelle des prérogatives souveraines.

De fait, la Constitution éthiopienne octroie à l’Etat fédéral le pouvoir d’exproprier et de transférer des populations après avoir identifié et déclaré l’existence d’un objectif public. En particulier, la Proclamation 455/2000 a codifié, dans la législation fédérale, les dispositions constitutionnelles qui protègent la population d’expropriations injustifiées et garantissent le droit aux compensations. Plus précisément, la Proclamation no 455/200558 révèle la logique qui sous-tend l’expropriation et nous donne une image claire de comment la notion de développement comble la case vide de l’intérêt public et lui donne son sens.

Du point de vue des petits fermiers, l’objectif public est une arme à double tranchant qui, par le passé, a certainement été utilisé par certains gouvernements au profit des paysans locaux et des non propriétaires et contre les droits et intérêts des propriétaires terriens. Toutefois, ceci est maintenant devenu un moyen légitime de l’expulsion forcée, processus alimenté par des contraintes, une idéologie économique de marché et un cadre politique de la classe dirigeante. Le cas éthiopien, conjointement avec une série interminable de projets de développement qui ont été entrepris sur des terres inhabitées ou dont la population a été transférée de force, représente en fait l’exemple classique de la monopolisation de "l’objectif public" au nom du "développement", afin de poursuivre des objectifs qui sont clairement contraire au développement tel que prévu par le droit international.(…)

Pour conclure et comme le rappelait récemment Liza Alden, l’actuelle ruée sur la terre n’est rien de nouveau sur notre planète pas plus que le recours à la souveraineté et à la légalité comme instrument de pérennisation de l’injustice et de l’accumulation de richesses par des particuliers. L’Etat, comme instrument au service des intérêts du capital, fait usage de ses prérogatives afin de fournir à ce dernier de la main d’œuvre corvéable à merci, des terres et des privilèges fiscaux. Si l’on prolonge ce qu’Erik Hobsbawn affirmait déjà dans les années ‘50 du siècle passé concernant l’intérêt public, nous pouvons conclure que dans de nombreuses situations les prérogatives souveraines ne sont rien de plus que "des forces en quête de profits pour des entreprises privées" qui s’efforcent de transformer "la terre en une commodité", "de transmettre la terre à une classe d’hommes poussés par la raison, c'est-à-dire un intérêt personnel éclairé et du profit", et de "transformer la grande masse des populations rurales en une masse de salariés librement mobiles ».

 

Sans l’appui gouvernemental, des populations autochtones s’attaquent au groupe bolloré

 

EXTRAIT d’un article d’Afrique en lutte

 

C’est bien le manque de transparence qui est à la base de tout le problème de la mise en concession d’importantes terres arables en Afrique. Cette opacité arrange les dirigeants africains qui n’ont pas encore fait le deuil de leur silence coupable dès lors que les voix des sans-voix ne peuvent s’exprimer, croient-ils, au-delà des frontières de leur pays découpé par les bons soins des maîtres colonisateurs rassemblés à Berlin en 1885.

Les populations locales ont décidé de résister en organisant un « blocus » de la plantation en octobre 2011 sans succès puisque plus de 40 villageois ayant manifestés ont été arrêtés sans que le gouvernement ne se soucie de leurs droits ancestraux et légitimes. Mais les griefs étaient très précis et au nombre de cinq : 1. L’absence de consultation sérieuse des autochtones, 2. Le manque de transparence en général et un grand silence sur les conditions de réinstallation ; 3. Les mauvaises conditions de travail doublées d’un salaire des ouvriers comparé à ceux des esclaves libérés 250 000 leones soit 38 euros par mois pour 6 jours de travail au cours d’une semaine de 48 h ; 4. La corruption des élites locales et 5. La pression et les harcèlements que subissent les propriétaires terriens et certains chefs de villages pour apposer leur signature sur un accord considéré comme usurier.

Le Groupe a transmis son droit de réponse en avril 2012 en estimant qu’il poursuivait des objectifs de développement durable et estimait qu’il s’agissait d’une « malhonnêteté intellectuelle » de l’Institut Oakland lorsqu’il retrace le développement de l’usurpation des autochtones. La presse locale et internationale n’a pas manqué de rappeler que quelques jours après son investiture en 2007, l’ex-président français Nicolas Sarkozy a passé quelques jours de vacances dans le yacht du patron Vincent Bolloré. Les spéculations sont allées bon train sur les liens des uns et des autres et l’exploitation des autochtones qui ne seraient pas rentrés dans l’histoire.

Sur le fond, l’association locale des petits propriétaires sierra léonais de Malen rappelle comme au demeurant l’agence spécialisée des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, que les monocultures ne soutiennent pas le développement durable car elles génèrent des pertes de la biodiversité et détériorent l’équilibre environnemental et écologique.

Mais que faire face à des coalitions et des collusions de dirigeants africains avec des groupes multinationaux refusant de prendre en considération le choix de populations autochtones lesquelles choisissent librement de rejeter la monoculture sur la terre de leurs ancêtres. C’est cette terre que le Gouvernement choisit de s’approprier unilatéralement du fait d’une absence d’enregistrement des propriétaires, au sens occidental du terme.

Avec plus de 250 millions de dollars de bénéfice en 2011 pour le Groupe Bolloré au plan mondial (avant payement des royalties liés aux marques), et une estimation de 10 millions de $USD par an pour les 6500 ha en Sierra Leone, il faut comprendre qu’il est plus important de payer des dividendes aux actionnaires que de payer un salaire décent à un salarié, ex-villageois propriétaire des terres de ses ancêtres en Afrique ou ailleurs. Le paradoxe est que c’est le Groupe Bolloré qui porte plainte contre les autochtones avec des chances de gagner compte tenu de la position d’un Gouvernement qui défend d’abord les intérêts étrangers avant ceux des populations locales.

 

 

Main basse sur les terres agricoles, danger pour les Africains

 

 

Par Belga, RTBF, 19 Juin 2012

 

 

L’accaparement des terres en Afrique menace les agriculteurs locaux et les écosystèmes.

La course aux surfaces agricoles en Afrique, achetées ou louées pour produire du biocarburant pour les Occidentaux ou nourrir l’Asie, est une bombe à retardement sur un continent qui ne mange pas partout à sa faim.

Ces investissements, difficiles à quantifier, provoquent déjà des tensions, les plus spectaculaires à Madagascar où la Corée du Sud, avec le groupe Daewoo, espérait acquérir 1,3 million d’hectares pour y faire pousser la moitié de son maïs.

Le tollé provoqué par cette transaction, finalement annulée, a contribué à la chute du président Marc Ravalomanana début 2009.

Aujourd’hui, la Grande Ile ne vend plus et se contente de louer des petites surfaces, de 5000 à 30 000 hectares, pour des projets majoritairement européens et centrés sur la production d’agro-carburants.

Mais la ruée continue ailleurs, alors que l’Afrique aurait besoin de tripler sa production alimentaire d’ici 2050 pour nourrir sa population en hausse rapide.

 

Rio + 20  officiellement, rien à signaler

 

Le sujet n’est pas à l’ordre du jour officiel du sommet de l’ONU sur le développement durable Rio+20 de mercredi à vendredi, mais il y sera porté par les ONG. Car les doléances ne se limitent pas aux dégâts écologiques causés par la captation de vastes étendues arables : déforestation, épuisement des sols et de la ressource en eau.

De Madagascar au Liberia, en passant par le Mozambique, le constat est le même : les contrats sont opaques, les terres bradées, les populations sont peu ou pas consultées, parfois déplacées, incapables de se défendre en cas de conflit, les retombées locales sont insuffisantes et la terre est accaparée pour des projets qui ne voient pas le jour ou sont abandonnés.

 

Opacité et prix bradés

 

"Les acquisitions récentes de terres au Cameroun semblent toutes être choquantes, à la fois par leur ampleur, les prix extrêmement bas (jusqu’à un demi-dollar par hectare et par an), par leur durée inhabituelle dans nos pays (jusqu’à 99 ans) et par leur caractère secret", explique Samuel Nguiffo, secrétaire général du Centre pour l’environnement et le développement, une ONG.

Au Liberia, la moitié des terres arables a été ainsi aliénée à des étrangers, posant aux riverains des problèmes d’accès à la nourriture et à un revenu, selon le Centre international de l’université américaine de Columbia pour la résolution des conflits (CICR).

En décembre, la présidente Ellen Johnson Sirleaf a admis "des erreurs" après des violences autour d’une concession de 220 000 hectares accordée en 2009 à un groupe malaisien, Sime Darby, pour planter des palmiers à huile et de l’hévéa.

L’Afrique abrite environ 60% de terres non cultivées du monde, ce qui en fait une région clé pour la sécurité alimentaire de la planète.

Et des pays comme le Bangladesh encouragent explicitement l’achat de terres pour nourrir ses 150 millions d’habitants. Des entreprises du Bangladesh ont ainsi conclu des accords pour du riz en Ouganda et en Tanzanie.

Mais en Gambie, le gouvernement s’est refusé à céder des terres après les violences qui ont eu lieu en 2011 au Sénégal voisin. Un projet privé italien de production de biocarburants à partir de 20 000 hectares de patates douces (Senethanol) a provoqué des heurts entre habitants à Fanaye (nord), faisant deux morts et une vingtaine de blessés avant d’être gelé par l’Etat.

Seuls 8,5% des terres en Afrique sont cultivées et 5,4% irriguées, selon des données de la FAO de 2009.

 

Soutenir les agriculteurs locaux

 

Mais plutôt que de céder aux sirènes de l’agro-industrie, les associations estiment qu’il vaudrait mieux soutenir les agriculteurs locaux avec des semences, de meilleures infrastructures de stockage ou de transport pour éviter qu’une partie de la production ne pourrisse sur pied.

Au Gabon, c’est le contrat avec Olam, une multinationale de Singapour qui fait polémique.

Il prévoit l’émergence d’une industrie de transformation du bois, avec des emplois à la clé, mais aussi l’occupation de dizaines de milliers d’hectares de terres pour produire des palmiers à huile et de l’hévéa, où poussaient auparavant cacao, café et bananes.

Or, s’insurge Marc Ona, de l’ONG Brain Forest, "le Gabon importe l’essentiel des produits alimentaires du Cameroun voisin".

"Face au défi de la sécurité alimentaire, le choix s’est plutôt orienté vers l’agro-industrie avec l’attribution dans des conditions illégales, sans cadre juridique approprié, de plus de 300 000 hectares de terres arables",dit-il.

Même au Mozambique, pays immensément étendu où seul un sixième des terres arables sont cultivées et où le jatropha est cultivé pour faire du biodiesel, l’association Justica Ambiental estime que les investissements étrangers "créent des conflits, aggravent la pauvreté et la vulnérabilité des populations rurales".

 

Belga, 19 Juin 2012. RTBF

 

 

Accaparement des terres et souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest et du Centre

 

Sur le site de l’ONG Grain 20 aout 2012  

 

Dans plusieurs pays africains, selon une tradition multiséculaire, « La terre ne se vend pas ». L’accaparement des terres apparait alors comme un phénomène brutal qui remet en cause les pratiques ancestrales traditionnelles, et qui hypothèque l’avenir des générations futures. Ce phénomène d’acquisition de terres à grande échelle est surtout en expansion depuis la crise alimentaire de 2008. Elle s’inscrit dans la logique de l’agrobusiness qui ne vise que le profit, comme le démontrent les nombreux cas signalés en Afrique de l’Ouest et du Centre. Cette recherche de profit est incompatible avec les objectifs de la souveraineté alimentaire qui milite pour la survie des populations, surtout celles rurales qui sont les plus nombreuses en Afrique. De ce fait, l’accaparement des terres sape les bases de la souveraineté alimentaire.

Il faut rappeler que la disponibilité de terre vient en tête des principaux facteurs de production indispensables aux activités des agriculteurs, puis viennent les semences, l’eau, le financement et l’énergie. L’existence des agriculteurs et la production alimentaire aux niveaux local et national sont subordonnées à l’accessibilité à la terre. Or l’accaparement des terres par des gouvernements étrangers (Koweït, Chine, Arabie Saoudite...) ou par des nantis, qu’ils soient nationaux ou étrangers prive les petits agriculteurs de leurs terres, en les transformant en ouvriers agricoles sur leurs propres terres.

Lors d’un atelier organisé par Synergie Paysanne, GRAIN et le RAPDA (Réseau Africain Pour le Droit à l’Alimentation), avec le soutien de «Pain pour le Prochain » à Ouidah (Bénin) du 7 au 9 février 2012, plus d’une trentaine de participants représentant des organisations paysannes, des ONG actives sur les questions d’accaparement des terres en Afrique de l’Ouest et du Centre ont échangé leurs expériences et approfondi cette question.

 

Quelles relations entre accaparement des terres et souveraineté alimentaire ?

La souveraineté alimentaire est un concept développé par La Via Campesina à partir de 1996, comme alternative aux politiques néolibérales et au modèle de production industrielle. C’est le droit des populations, des Etats ou Unions d’Etats à définir leurs politiques agricoles et alimentaires sans intervention de l’extérieur, avec tous les acteurs nationaux concernés par la question alimentaire.

 

La Souveraineté Alimentaire inclut :

·         La priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des « sans terres » à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit. D’où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les OGM, pour le libre accès aux semences ;

·         Le droit des paysan(ne)s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider de ce qu’ils veulent consommer ;

·         Des prix agricoles liés aux coûts de production: c’est possible à condition que les Etats ou Unions d’Etats aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, et s’engagent pour une production paysanne durable, et maitrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels ;

·         La participation des populations aux choix de politiques agricoles ;

·         La reconnaissance des droits des paysans qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l’alimentation. (La Via Campesina, Porto-Alegre, 2003)

Toutes les composantes de la souveraineté alimentaire ci-dessus énumérées sont remises en cause par l’accaparement des terres, car « les terres accaparées » sont destinées principalement à l’agriculture industrielle, qu’il s’agisse des acquéreurs internationaux ou ceux nationaux. Les exemples suivants suffisent à le démontrer :

  • Au Cameroun, en 2006, IKO une filiale de la Shaanxi Land Reclamation General Corporation (connue également sous le nom de Shaanxi State Farm), a signé un accord d’investissement de 120 millions de dollars US avec le gouvernement du Cameroun, qui lui a donné la ferme rizicole de Nanga-Eboko et un bail de 99 ans sur 10.000 hectares supplémentaires : 2.000 à Nanga-Eboko (près de la ferme rizicole), et 4.000 ha dans le district voisin de Ndjoré. La société a débuté ses essais pour le riz et le maïs et prévoit également de cultiver du manioc. Parallèlement, des plantations industrielles de palmier à huile sont installées par Bolloré pour produire de l’huile de palme.
  • En Guinée, la société américaine Farm Lands Guinea Inc (FLGI, désormais Farmlands of Africa) contrôle plus de 100.000 ha pour la production du maïs et du soja destinés à l’exportation ou à la production de l’agrocarburant. Des investisseurs britanniques (AIMI) contribuent au financement de l’affaire. De plus, FLGI est responsable, pour le compte du gouvernement, de la prospection de 1,5 millions d’ha pour la concession de baux à d’autres investisseurs. Contre quoi FLGI touchera une commission de 15% sur les ventes.
  • En Côte d’Ivoire, SIFCA, détient 47.000 hectares de plantations de palmiers et de canne à sucre : en 2007, Wilmar et Olam (agrobusiness transnationaux de Singapour) ont créé une joint venture, Nauvu, pour prendre une participation de 27% dans SIFCA, le plus grand producteur de canne à sucre et de palmiers à huile de Côte d’Ivoire. La famille Billon détient la majorité du capital de la société; mais toutes les parties ont l’intention d’utiliser SIFCA comme base pour l’expansion de leurs plantations de palmiers à huile en Afrique de l’Ouest.
  • En Sierra Leone, en 2010 : Addax, une firme suisse, a pris le contrôle de 10.000 ha pour produire du sucre pour l’éthanol à partir de 2013. En 2011, Sofcin, une filiale du groupe français Bolloré loue 12.500 ha pour la production de l’huile de palme. Des firmes vietnamiennes se préparent à se lancer dans de grands projets de production de riz et de caoutchouc. En 2012 des capitaux chinois vont s’y associer également. Dès 2011, une gamme de banques européennes de développement (de Suède, d’Allemagne, des Pays Bas, et de Belgique) participent au projet. Selon un participant de Sierra Leone à l’atelier de Ouidah (février 2012), là où on cultivait du riz pour l’alimentation des Sierra Léonais dans le temps, aujourd’hui, on cultive de la canne à sucre pour produire de l’éthanol. Dans ce pays également, FLG essaie d’acquérir 11.900 hectares à l’Ouest de la rivière Taï pour y produire du riz à grande échelle.
  • Au Sénégal, l’Arabie Saoudite cultive du riz destiné à l’exportation en Arabie Saoudite, et une firme italienne produit du biocarburant à exporter en Europe. « La proposition ne donne pas les noms des investisseurs saoudiens ni sénégalais. Pressé par les demandes répétées de GRAIN, le coordonnateur du projet, Amadou Kiffa Guèye, conseiller spécial auprès du ministre des mines, de l’industrie, de l’Agro-industrie et des PME, s’est contenté de dire que la famille royale saoudienne était impliquée dans le projet, ainsi que de riches hommes d’affaires sénégalais. Il a aussi précisé que c’était le gouvernement sénégalais qui l’avait chargé de développer la proposition de projet, mais à la requête des investisseurs saoudiens. » Foras est impliqué dans un grand projet de production rizicole et est également en train de mettre en place un projet d’élevage de volaille verticalement intégré près de Dakar; cette ferme devrait produire 4,8 millions de volailles par an. Foras est la branche investissement de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) ; ses principaux actionnaires sont la Banque Islamique de Développement et plusieurs conglomérats de la région du Golfe, notamment le Sheikh Saleh Kamel et son Dallah Al Barakah Group, le Saudi Bin Laden Group, la National Investment Company du Koweït et Nasser Kharafi, le 48ème homme le plus riche du monde et propriétaire de l’Américana Group.
  • Au Mali, la Libye et l’Arabie Saoudite cultivent du riz destiné à l’exportation, et l’on cultive du tournesol et du jatropha pour produire de l’agrocarburant. - (Libye): En mai 2008, le gouvernement malien et le gouvernement libyen de Kadhafi ont signé un accord d’investissement, donnant à Malibya, une filiale du Libyan African Investment Portfolio du fonds souverain de Libye, un bail de 50 ans renouvelable sur 100.000 hectares de terres dans l’Office du Niger. La terre a été donnée gratuitement contre la promesse de Malibya de la développer pour y faire des cultures irriguées. Malibya a également reçu un droit d’accès illimité à l’eau, aux tarifs appliqués aux petits utilisateurs. En 2009, Malibya avait terminé un canal d’irrigation de 40 kilomètres pour la production de riz hybride, mais le projet a été suspendu, à la chute du régime de Kadhafi en 2011. En janvier 2012, les représentants du nouveau gouvernement libyen, le Conseil National provisoire (NTC), ont déclaré qu’ils maintiendraient les «bons» investissements au Mali et poursuivraient des projets agricoles en Afrique, en ne faisant référence qu’au Soudan et aux pays « proches de la Libye ». - (Arabie Saoudite) Foras a terminé une étude pilote sur 5.000 hectares obtenus dans le cadre d’un bail à long terme dans l’Office du Niger. Foras prévoit désormais de s’étendre sur 50.000 à 100.000 hectares, un premier stade d’un projet plus vaste destiné à la production du riz sur 700.000 hectares dans divers pays africains.
  • Au Congo, des groupes sud-africains cultivent du riz, du maïs et du soja dont une partie est destinée à l’élevage de la volaille. « Congo Agriculture » est une société créée par des agriculteurs commerciaux sud-africains, dans le but d’établir des fermes à grande échelle au Congo-Brazzaville. La société a obtenu 80.000 ha du gouvernement avec un bail de 30 ans, dont 48.000 se trouvent dans le district de Malolo et ont été divisés en 30 fermes qui sont proposées aux agriculteurs sud-africains participant à l’opération. La société a des liens étroits avec AgriSA, le plus grand syndicat d’agriculteurs commerciaux d’Afrique du Sud. En décembre 2010, l’AFP a fait savoir que le gouvernement du Congo-Brazzaville avait signé un accord avec Atama Plantations, une entreprise Malaisienne, lui accordant des concessions d’un total de 470.000 ha dans les régions de la Cuvette (au Nord) et de Sangha (au Nord – Ouest). Atama dit vouloir développer des plantations de palmiers à huile sur 180.000 ha de ces concessions.
  • En République Démocratique du Congo, le palmier à huile cultivé est destiné à la production de Biodiesel.
  • Au Gabon, des investisseurs étrangers cultivent du riz destiné à l’exportation dans les pays du Golfe et les plantations de palmier à huile assurant la production d’huile de palme, destinée à l’exportation pour la production de biodiesel à Singapour.
  • Au Bénin, les chinois cultivent d’une part, des légumes et du maïs pour leur consommation en Chine, selon Bodéa Simon (Secrétaire Administratif de Synergie Paysanne), et d’autre part, ils cultivent de la canne à sucre pour la production de sucre destiné à l’exportation en Chine. Le China National Complete Import and export Corporation Group (COMPLANT) a fonctionné comme un bureau d’aide étrangère pour la Chine jusqu’en 1993; il négocie aujourd’hui à la bourse de Shenzhen et son principal actionnaire est le State Development & Investment Corporation, le plus important holding appartenant au gouvernement chinois. En 2010, une filiale de COMPLANT, Hua Lien International, a annoncé son intention d’établir une collaboration entre COMPLANT et le Fonds de développement Chine-Afrique (5 milliards de dollars US) pour mettre en place une production d’éthanol dans divers pays africains. Les trois sociétés prévoient de lancer leur collaboration au Bénin et de se déployer dans d’autres pays dans les années à venir. Cette collaboration s’appuiera sur les nombreux récents investissements de COMPLANT dans la production de canne à sucre et de manioc, dont une plantation de 18.000 ha en Jamaïque, une plantation de 4.800 ha de canne à sucre et de manioc au Bénin, une plantation et une usine de canne à sucre de 1.320 ha en Sierra Leone ; COMPLANT avait aussi annoncé en 2006 son intention d’agrandir ses terres de la Sierra Leone à 8.100 ha pour y démarrer la culture du manioc.

 

Un constat s’impose

Le plus souvent, les investisseurs travaillent dans la discrétion pour ne pas dire dans le plus grand secret, car le sujet est politiquement et socialement sensible. De ce fait, il n’est pas toujours facile d’avoir des informations y relatives, surtout aux niveaux local et national. L’ONG Nature Tropicale et le syndicat Synergie Paysanne en ont fait les frais auprès des accapareurs Chinois et Koweitiens au Bénin. En effet, il y a quelques mois, ces derniers ont refusé de recevoir les premiers, lors d’un tournage de film sur la question dans ce pays.

Sur les 416 cas d’accaparement de terres que nous avons identifiés, 228 cas sont en Afrique. Ainsi,

  • Certains veulent protéger les flux financiers et le modèle agricole qu’ils perpétuent, en rendant les contrats et les accords « gagnant-gagnant » pour les deux parties contractantes. Si les accapareurs gagnent avec leur business, que gagnent les petits agriculteurs dépouillés des terres qui ont nourri leurs ancêtres, leurs grands-parents et parents, et qui les ont nourris jusqu’ici ?
  • D’autres considèrent qu’il n’y a rien de positif pour les nationaux dans ces affaires d’accaparement de terres. De ce fait, ils mobilisent des résistances pour arrêter cette tendance, et mettre en avant la souveraineté alimentaire comme vraie solution à la crise alimentaire.
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