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Publié par Saoudi Abdelaziz

Mali-Parti-SADI

 

 

le candidat du SADI, le Dr Oumar Mariko : « Depuis la proclamation des résultats, nous sommes rentrés en contact avec toutes nos structures. Nous avons écouté tout le monde. Et il ressort de l’analyse que nous menons un combat pour le changement. Le bout du changement est sorti et nous devons tirer sur ce bout de changement. Ce bout de changement à pour nom aujourd’hui Ibrahim Boubacar Keita (...)  Nous ne sommes pas des béni-oui-oui. Nous pensons simplement que si notre courant n’existait pas, il n’y aurait pas de Mali. Heureusement que nous sommes là pour être un rempart contre les forces prédatrices".

 

 

 

Mohamed Diarra, membre du comité central du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi)

 

« La décentralisation poussée pourrait résoudre le problème des régions nord»

 

 

Interview par Mehdia Belkadi, 210 août 2013, Reporters-dz

 

 

 

Reporters : Les premiers résultats donnent Keïta pour favori au 2e tour. Quelle lecture en faites-vous ?

Effectivement, le premier tour de l’élection présidentielle a rendu son verdict : Ibrahim Boubacar Keïta est arrivé en tête avec 39,2 %  suivi de Soumaïla Cissé qui totalise 19,4 %. Le candidat de Sadi, docteur Oumar Mariko, est arrivé à la 6e place avec un score très honorable de pas loin des 3 % vu les moyens limités de notre formation politique et toute la campagne médiatique hostile menée par les alliés de l’impérialisme. Sur un total de 28 candidats, notre parti Sadi est arrivé en tête dans presque tous ses fiefs que sont Niono, Koutiala, Kolondieba, Kodie... Le favori pour le second tour est sans conteste Ibrahim Boubacar Keïta du RPM que le parti Sadi a décidé de soutenir, car, pour nous, ce candidat représente un bout du changement, contrairement à Soumaïla Cissé, candidat de l’ordre ancien.

 

Quel crédit accorder à ces élections (organisées en temps de guerre, beaucoup de déplacés à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des villages entiers sans carte d’électeurs…) ?

Les élections maliennes sont les vœux de la France qui veut se dédouaner vis-à-vis de la communauté internationale. Après avoir déployé Serval, les autorités françaises ont envie de finir le travail en installant un président démocratiquement élu. Cependant, la préoccupation essentielle des populations maliennes n’est pas l’organisation des élections, mais le retour de la paix, de la quiétude, de l’accès aux vivres, aux soins sanitaires, etc. Le vote à Kidal, ville occupée par les indépendantistes touaregs du MNLA, fut un fiasco avec des chiffres qui frisent le ridicule. Aussi, il convient de noter la question cruciale de la carte Nina, sésame que beaucoup n’ont pu se procurer et même ceux qui y arrivent ne trouvent pas leur bureau de vote. N’ayons pas peur de le dire, ces élections ont été organisées dans la précipitation pour assouvir les vœux de François Hollande qui s’est dit intraitable sur la question. Je pense que le taux de participation au-delà de 50 % est, par contre, une première au Mali. Donc, si les élections avaient été mieux organisées, un taux encore plus élevé était dans le domaine du possible. Pour notre part au parti Sadi, l’idéal aurait été d’organiser un forum national qui regroupe toutes les sensibilités politiques, sociales, religieuses afin de mettre à plat toutes les préoccupations nationales et y trouver des remèdes. Au lieu de cela, on nous sert la solution « élection » comme si ce sont les élections uniquement qui légitiment un pouvoir quelles qu’en soient les conditions d’organisation. Et pourtant, dans les régimes de dictature dans les années 1990, des élections étaient organisées. Alors, pourquoi le peuple a demandé le changement ?

 

Sabati 2012, organisation religieuse, présentée parfois comme wahhabite, a apporté son soutien à IBK. Quel est le poids de la religion dans la campagne électorale malienne ?

Dans ces élections, le poids de la religion est exagéré, sinon comment comprendre que Sabati 2012 donne consigne de vote avec comme objectif de faire passer son candidat dès le premier tour, soit plus de 50 %. En plus, les candidats sont tous de croyance musulmane. D’ailleurs, le président et le vice-président du Haut Conseil islamique (HCI) n’ont pas donné de consigne de vote et ont demandé aux fidèles de voter les candidats de leur choix.

 

Le Mali étant laïc, pourquoi autant d’intérêt au poids de la religion ? Est-ce réellement une préoccupation malienne ou la question est-elle exagérée par les médias occidentaux ?

Comme je viens de le dire, le poids de la religion n’est pas aussi déterminant parce que toutes les croyances cohabitent merveilleusement au Mali. Il n’est pas impossible de voir un président chrétien au Mali malgré une population malienne à 90 % de musulmans.

 

On présente Soumaïla Cissé comme le candidat de la France, pour qui ces élections sont importantes. Serait-on en train d’instrumentaliser la « menace wahhabite » pour faire peser la balance en faveur d’un candidat de la France ?

Je ne peux pas dire que Soumaïla Cissé est le candidat de la France encore moins Ibrahim Boubacar Keïta. Cependant, la France fait tout son possible pour que la personne qui arrivera au pouvoir puisse préserver ses intérêts plus que tout. Force est de constater qu’après le coup d’Etat de mars 2012, la France a œuvré pour que la transition soit dirigée par le camp Soumaïla Cissé, dont Dioncounda Traoré est issu. Mais le peuple malien a opté, à travers le premier tour des élections présidentielles, pour une autre voie. J’espère que le second tour va amplifier cette tendance par l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta à la magistrature suprême.

 

Qu’apporteront ces élections au Mali ? Une sortie de crise est-elle possible bientôt ?

L’élection présidentielle a été présentée au peuple comme le remède à notre crise politico-institutionnelle. Donc l’attente est grande pour une sortie de crise. Mais il ne faut pas se leurrer, la paix ne se décrète pas, elle s’acquiert par la concertation, la justice, le pardon et la réconciliation.

 

Le MNLA annonce vouloir présenter un projet d’autonomie de la région touareg à Bamako. La question touareg, qui se pose depuis longtemps, a-t-elle des perspectives de résolution?

C’est vrai que le MNLA a demandé l’autonomie, alors que le Mali n’est pas une fédération. Cependant, la décentralisation poussée pourrait résoudre le problème des régions nord du Mali qui ne sont pas les seules déshéritées. Le mal malien est un problème de mal gouvernance caractérisé par la corruption généralisée dans toutes les sphères de l’Etat. Les sommes consacrées dans les projets de développement étaient détournées par les agents de l’Etat en complicité avec des responsables des zones cibles.

L’ultralibéralisme est décrié par nombreux acteurs maliens qui lui reprochent la précarité dans laquelle a sombré le Mali, et pas seulement sa région nord. Qu’attendent les Maliens du nouveau président sur le plan économique ?

Une des causes du problème est le programme d’ajustement structurel imposé depuis des années par le FMI et la Banque mondiale. Ce programme nous prive de notre souveraineté en affaiblissant notre armée nationale devenue par conséquent incapable d’accomplir sa mission régalienne, celle de la défense de l’intégrité territoriale. L’ultralibéralisme a affamé notre peuple en privatisant plus d’une trentaine de sociétés et d’entreprises d’Etat avec son cortège de malheurs. Tout ce que le premier président du Mali nouvellement indépendant a bâti a été mis à sac par les représentants de la grande bourgeoise qui, par ailleurs, se trouvent être les repreneurs de ces sociétés pourtant viables. Du nouveau président, si c’est Ibrahim Boubacar Keïta, nous attendons une politique sociale axée sur l’humain.

 

Reporters-dz

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