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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Renault n’a aucun intérêt à construire une usine en Algérie  le constructeur français veut entretenir l’illusion d’une négociation, pour empêcher la partie algérienne de se tourner vers d’autres partenaires. Les importations de véhicules ont frôlé les 400.000 unités en 2011 en Algérie, et devraient dépasser le demi-million d’unités dès 2014, pour un chiffre d’affaires supérieur à cinq milliards de dollars. Les concessionnaires automobiles installés en Algérie, hostiles à l’implantation d’une usine automobile, ont mis tout leur poids dans la balance pour empêcher le projet de se concrétiser.

Abed Charef rapporte dans Maghreb émergent, les « confidence troublantes » de hauts fonctionnaires algériens.

 

 

Renault soupçonné de faire traîner en longueur les négociations de son usine en Algérie

 

 

Par Abed Charef

 

 

Nouveaux rebondissement dans le feuilleton de l’usine Renault en Algérie. Le premier ministre Ahmed Ouyahia ironise sur le projet, et met en cause la crédibilité du ministre en charge du dossier, Mohamed Benmiradi. Alors que Renault parle d’un « accord cadre » et de la poursuite des négociations, des proches de M. Ouyahia mettent en doute le sérieux du dossier. Pour eux, pas de doute, c’est une arnaque.

 

Ahmed Ouyahia jette un pavé dans la mare dans le dossier de l’implantation d’une usine Renault en Algérie. Le premier ministre s’est contenté de quelques mots, au cours de sa conférence de presse de samedi dernier, mais ses conseillers ont pris le relais, brossant un tableau plus complet du dossier, qui peut se résumer ainsi : on est plus proche de l’arnaque que du projet économique.

 

Le premier ministre avait jeté un froid samedi dernier en évoquant le sujet sur le ton de la dérision. « Il parait » qu’un mémorandum a été signé pour un projet avec Renault, avait-il dit. Renault avait, de son côté, fait état d’un « accord cadre » pour implanter une unité de montage de véhicules à Mostaganem, après un premier refus du constructeur français de s’installer sur le site de Bellara, à Jijel, ville portuaire de l’est du pays. Renault affirmait que Jijel n’offrait pas un vivier de main d’œuvre suffisant pour un projet de cette envergure.

 

Les déclarations sur cet « accord cadre » avaient laissé sceptiques les spécialistes interrogés par Maghreb Emergent, en raison des incertitudes qui entourent le dossier, d’une part, et de l’impréparation de la partie algérienne, d’autre part. Côté algérien, le ministre en charge du dossier, Mohamed Benmiradi, a annoncé à plusieurs reprises des accords imminents, ce qui avait fortement entaché sa crédibilité. Son prédécesseur, Abdelhamid Temmar, avait annoncé, durant l’été 2010, que la première voiture algérienne sortirait d’usine avant la fin de l’année 2010 !

 

Les confidences faites par les conseillers de M. Ouyahia apportent de nouvelles révélations. Le Premier ministre n’a aucune emprise sur M. Benmiradi, qui semble obéir à d’autres cercles du pouvoir. Il mène des négociations sans l’aval de M. Ouyahia, probablement sans le consulter. Il multiplie les déclarations assurant que le projet est avancé, mais les conseillers de M. Ouyahia sont convaincus que le projet n’aboutira pas.

 

Renault n’a aucun intérêt à construire une usine en Algérie au moment où celle de Tanger, au Maroc, entre en production, disent les proches de M. Ouyahia. L’usine de Tanger devrait atteindre 400.000 véhicules par an en période de croisière, après un démarrage, en mars 2012, au rythme de 170.000 véhicules par an. L’implantation de cette usine avait été vivement critiquée en France même, où acteurs politiques et sociaux s’en prennent à la politique de délocalisation.

 

Pourquoi Renault a-t-il annoncé, vendredi dernier, avoir signé un « accord-cadre » pour construire une usine en Algérie ? Les conseillers de M. Ouyahia sont formels : le constructeur français veut entretenir l’illusion d’une négociation, pour empêcher la partie algérienne de se tourner vers d’autres partenaires. Ils citent comme arguments la stratégie de Renault dans la négociation : Renault agit comme s’il voulait faire achopper délibérément les négociations, mais sans jamais provoquer de rupture définitive. Ainsi, les désaccords sur le lieu d’implantation de l’usine, sur le niveau d’intégration, les unités à implanter, le coût et le financement du projet, ainsi que les avantages fiscaux et la production envisagée, ont été tour à tour abordés, avec des positions qui changeaient au gré de la conjoncture, ce qui permettait de faire trainer les discussions en longueur.

 

 

 

Confessions troublantes

 

 

 

D’autre part, une journaliste algérienne a récolté les confessions troublantes de proches de M. Ouyahia, qui n’hésitent pas à affirmer que des responsables algériens protègent les intérêts français en Algérie. « Un grand nombre de responsables algériens gèrent des intérêts français en Algérie et veulent, comme Renault, que les Algériens croient en ce projet », rapporte-t-elle, citant un haut fonctionnaire, qui va encore plus loin, affirmant qu’il « faudrait que certains de nos responsables échappent aux griffes des Français » pour pouvoir lancer un projet automobile avec un partenaire autre que Renault.

 

Ce discours virulent à l’égard du partenaire français est peut-être à rapprocher des déclarations de M. Ouyahia, qui déplorait samedi dernier la mainmise des « forces de l’argent » sur la gestion du pays. M. Ouyahia n’a pas donné de précisions, mais ses proches estiment que les concessionnaires automobiles installés en Algérie, hostiles à l’implantation d’une usine automobile, ont mis tout leur poids dans la balance pour empêcher le projet de se concrétiser.

 

Les importations de véhicules ont frôlé les 400.000 unités en 2011 en Algérie, et devraient dépasser le demi-million d’unités dès 2014, pour un chiffre d’affaires supérieur à cinq milliards de dollars. Malgré cette explosion des importations, aucun dossier sérieux d’implantation d’une industrie automobile n’a émergé. Renault, quant à lui, est leader sur le marché algérien, avec 75.000 véhicules vendus en 2011.

 

Enfin, la partie algérienne reproche à Renault la modestie du projet algérien, limité à 75.000 unités par an, destinées exclusivement au marché local, ce qui représente à peine 20 pour cent de la demande de l'année 2011, alors que le marché est en train d'exploser.

 

Abed Charef, 6 juin 2012. Maghreb émergent

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