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Publié par Saoudi Abdelaziz

Israël ne voit pas Bachar el-Assad chuter rapidement

Par Georges Malbrunot

 

Amidror et Yossi sont deux diplomates israéliens, familiers du monde arabe, où ils ont été en poste de nombreuses années. Depuis un an, ces deux experts passent leurs journées à analyser le contenu des vidéos diffusées par les opposants syriens à Bachar el-Assad, lister les morts et les détenus de la répression, pointer sur une carte leurs domiciles, leurs origines géographiques, sans oublier leurs confessions.

Leur conclusion est à l’exact opposé de celle d’Ehoud Barak, le ministre israélien de la Défense qui prévoyait mi janvier une chute de Bachar el-Assad « au cours des semaines à venir ».

« Assad, assurent-ils, a gagné militairement à Homs. Il ne va pas tomber dans les prochaines semaines. Ni même au cours des prochains mois. Et nous ne croyons pas à un coup d’Etat ».

Leur analyse se fonde sur l’examen quasi quotidien de quatre critères.

Le premier est la cohésion des forces de sécurité et les défections. « Celles-ci restent limitées à des grades inférieurs, même si depuis un mois, on a constaté quelques défections d’officiers de la région de Rastan et de Homs. L’armée et l’appareil sécuritaire tiennent la situation en main », ajoutent-ils, tout en reconnaissant que l’armée a des problèmes de conscription, les appelés sunnites – de la même confession que les révolutionnaires - rechignant à gagner les casernes.

 

Le deuxième critère d’évaluation de la situation concerne l’Armée syrienne libre(ASL), qui regroupe les déserteurs et tous les volontaires engagés dans la lutte armée contre le régime.

« L’ASL est fragmentée sur le terrain. Parfois, les groupes ne comptent qu’un seul homme. Riad el-Assad, le chef de l’ASL, replié en Turquie, ne commande que 5% à 10% des hommes armés sur le territoire syrien ». Les deux experts ont toutefois relevé de récentes tentatives d’unification de ces groupes armés. Un virage lié à la volonté de certains pays arabes et occidentaux d’armer les insurgés. Mais Israël ne soutient pas cette initiative, considérée comme « dangereuse ».

 

Troisième critère : les sanctions imposées au pouvoir syrien et le jeu des hommes d’affaires locaux. « Face aux sanctions, le régime a encore de la réserve, grâce aux aides iraniennes, ou aux circuits du commerce parallèle via l’Irak ». Quant au soutien tacite fourni à Assad par les commerçants damascènes et alépins, « ils sont encore nombreux à attendre patiemment pour voir de quel côté le vent va tourner ».

Enfin, la détermination de la communauté internationale. « On ne voit pas d’intervention armée à l’horizon, ni de création de zone libre, comme en Libye l’an dernier, et pas non plus de couverture aérienne, dont les insurgés profiteraient », anticipent les deux hommes.

Les Israéliens ont observé, toutefois, une détérioration récente de la situation dans certains quartiers d’Alep, la deuxième ville du pays jusque-là largement épargnée par la contestation, où de nombreuses arrestations ont eu lieu, ces dernières semaines.

En revanche, les hommes de Bachar el-Assad ont repris la situation en mai dans la capitale, et surtout dans ce qu’on appelle en arabe le « Rif de Damas », c’est-à-dire la région qui va bien au-delà de la banlieue de la capitale. Le pouvoir peut compter sur une partie de la population de cette large ceinture, composée de nombreux druzes comme à Jaramanah, de chiites (150 à 200 000), et de réfugiés palestiniens.

Les deux experts sourient en rappelant les prophéties d’Ehoud Barak. « En fait, nous n’avons pas de politique à l’égard de la Syrie », ose l’un d’entre eux. Sauf peut-être celle qui consiste à se satisfaire d’un pouvoir syrien faible. Mais pas d’un voisin complètement déstabilisé par la violence et le chaos.

 

10 mars 2012. Georges Malbrunot-blog

 

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