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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

"l’Algérie dépense chaque année deux milliards de dollars pour importer le carburant supplémentaire dont elle a besoin et qu’elle n’arrive pas à produire", relève Abdelatif Rebah.
 Le gaspillage est énorme écrit M. Saadoune. Et on importe du gasoil pour faire marcher des voitures importées et les pathologies qui vont avec. Pourtant, réorienter le marché est une des fonctions élémentaires des pouvoirs publics." L'éditorialiste est concret : "Rien n'empêche les pouvoirs publics algériens d'imposer que toutes les voitures neuves qui rentrent en Algérie soient, préalablement, équipées d'un kit GPL. Histoire de favoriser un carburant produit localement et peu polluant". De son côté, Abed Charef observe : "A défaut de grandes décisions politiques et économiques, un peu de bon sens ne peut nuire à l’Algérie".

 

 

A défaut de politique, un peu de bons sens

 

A défaut de grandes décisions politiques et économiques, un peu de bon sens ne peut nuire à l’Algérie. Exemples, dans le secteur de l’énergie.

 

Par Abed Charef, 20 novembre 2013

 

 

Quand l’Algérie aura un pouvoir légitime, avec une puissante assise démocratique, et des institutions solides, elle pourra prendre les mesures qui s’imposent pour mieux gérer ses hydrocarbures. Le pays pourra organiser un débat politique, élaborer une stratégie, et définir un modèle énergétique, comme le réclame Chemseddine Chitour, professeur à l’Ecole polytechnique et directeur du laboratoire de recherche sur les énergies fossiles.

 

Une autre Algérie pourra aussi mettre fin à cette « cadence effrénée » de pompage de pétrole, et « passer de l’ébriété énergétique à la sobriété énergétique », toujours selon la formule de Chemseddine Chitour. Elle pourra s’attaquer au dossier des prix, sans lequel aucune nouvelle politique n’est possible. Tewfik Hasni, ancien vice-président Aval de Sonatrach, est formel. Pour lui, aucune politique d’économie ou de rationalisation de l’énergie n’est possible avec le niveau des prix actuel. Les prix sont tellement bas qu’il n’est possible ni d’inciter aux économies, ni de lutter contre le trafic aux frontières, ni de maitriser la politique des transports. Il relève des chiffres de consommation "aberrants" alors que le pays ne prend "aucune mesure pour rationaliser la consommation et arrêter le gaspillage" Cela donne un "gaspillage insoutenable" qui risque de déboucher sur "une situation ingérable" C’est dire que l’Algérie est condamnée à se limiter à des mesures de second plan, sans impact réel, tant qu’elle n’aura pas tranché le préalable politique, qui consiste à élaborer un consensus national sur une question aussi vitale.

 

Mais en attendant ce grand jour, celui où l’Algérie sera dotée d’un pouvoir sérieux, crédible, soucieux de l’intérêt général, et prêt à s’attaquer aux grands chantiers politiques et économiques, le pays est-il contraint de subir le pire ? Est-il obligé d’accumuler les mauvaix choix et les mauvaises décisions ? N’y a-t-il pas une marge qui permettrait à des gestionnaires scrupuleux de faire pour le mieux ?

 

Dans le secteur de l’énergie, il  est parfaitement possible de prendre des mesures simples, peu couteuses, mais avec un impact réel sur le long terme. Chemseddine Chitour a cité le cas du logement. Le gouvernement voulait en réaliser deux millions sur deux mandats du président Abdelaziz Bouteflika. N’est-il pas possible d’édicter des règles pour que ces logements soient mieux conçus pour absorber moins d’énergie pour le chauffage et la climatisation?

 

L’Algérie aurait importé près d’un demi-million de climatiseurs en 2013. Des spécialistes, dont Chemseddine Chitour, déplorent que ces appareils consomment deux fois plus que ceux utilisés en Europe. Il est tout à fait possible d’éviter de telles dérives, avec de simples mesures administratives basées sur une expertise technique disponible, pour imposer le choix de modèles non énergivores. Dans la même logique, il est tout à fait envisageable de "ne pas admettre n’importe quelle voiture" importée, car "pour la même distance, on consomme deux fois plus de carburant".

 

Prendre ce genre de mesures, c’est avoir une autre conception de la politique et de la gestion. Mais cela peut relever du simple bon sens. On peut tout à fait être au RND et se rendre compte que "le plus grand gisement de pétrole de l’Algérie, c’est celui des économies d’énergie". Avec des prix situés dans la fourchette la plus basse au monde, on est contraint de se contenter du dérisoire. "Mais gagner une demi-heure de chauffage par jour et par foyer pendant quatre mois, cela représente un gisement de gaz" affirme un ancien cadre de Sonatrach.

 

Tewfik Hasni relève aussi ce paradoxe. Dans le domaine du gaz, la consommation des ménages représente 60% de la consommation totale, contre 5 à 10% pour l’industrie. On devrait avoir l’inverse, dit-il. C’est là un signe de dérive évident : l’Algérie n’utilise pas son énergie pour produire des richesses, comme les autres pays, mais juste pour se chauffer. Les hydrocarbures ne sont pas une perçues comme une banque au service du développement, mais comme une rente destinée à améliorer le confort au quotidien.

 

Sans faire des énergies renouvelables un dogme, ni exclure l’exploitation éventuelle du gaz de schiste, le bon sens pousse également à ne pas délaisser ces secteurs. Certes, le débat y est faussé par des préalables idéologiques et politiques. Mais cela n’empêche pas de tâter le terrain, de se placer, de se préparer, d’explorer le secteur pour y affirmer sa présence. L’Algérie a obtenu un prêt de 160 millions de dollars de la Banque Mondiale pour un projet dans les énergies renouvelables. "Le crédit dort" depuis deux ans, selon M. Hasni. Est-ce un choix ? Un oubli ? De l’incompétence ?

 

Source: abedcharef.wordpress.com

 

 

L'Interview de Abdelatif Rebah

Economiste, chercheur, ancien cadre du secteur de l’énergie et auteur du livre Economie algérienne

 

 

 

«L’Algérie dépense chaque année deux milliards de dollars pour le carburant qu’elle n’arrive pas à produire !»

 

Par Houda Bounab, 27 octobre 2013

 

EXTRAITS

(...) Sur quel modèle de consommation sommes-nous et quel est votre point de vue concernant la consommation actuelle du carburant ?
Actuellement, nous sommes dans une évolution qui est loin d’être saine, on a connu une hausse vertigineuse, qui a augmenté ces trois dernières années de 10% par an. On est devenus très grands consommateurs. C’est lié à l’explosion du parc véhicules. Il faut une politique de transport plus adaptée. On ne peut pas continuer comme ça avec à peu près un million de véhicules rien qu’à Alger qui est une ville qui n’a pas une topographie pour supporter un pareil trafic routier. Donc, il faut vite réagir, car là on va droit dans le mur. On consomme 2 litres de carburant par jour et par habitant, alors que la moyenne mondiale est de 7 litres/jour par habitant dans les pays développés, comme les USA, l’Europe, l’Asie… Sans négliger le fait que nous n’avons pas d’industrie automobile et on est très en retard par rapport au GPL. 35 ans après l’avoir lancé, on en est à tout juste 5% du parc roulant national. Résultat : l’Algérie dépense chaque année deux milliards de dollars pour importer le carburant supplémentaire dont elle a besoin et qu’elle n’arrive pas à produire.

Que préconisez-vous pour aller vers une consommation rationnelle ?
A contrario, quel impact aura celle-ci sur l’économie nationale ?

Il faut passer au GPL et au GNP (gaz naturel carburant, NDLR). Ce sont des mesures qui sont à notre portée et elles peuvent être menées à bien sur le très court terme. Il suffit de prendre des dispositions financières et réglementaires afin de mettre en place une politique d’encouragement officielle au passage au GPL, et faire en sorte que les voitures importées soient équipées de kit GPL, alors qu’actuellement, on n’impose rien aux importateurs. Il faut leur imposer ces orientations dans le domaine de la consommation énergétique. Il faut dès maintenant mettre en place une sorte de rationalité première, c’est-à-dire une véritable politique des transports publics. Pour donner un exemple, avez-vous vu le parking du campus de Bab Ezzouar. Si le métro arrivait à Bab Ezzouar, on aurait eu moins de voitures dans ce parking. Au lieu de perdre 1h30 sur la route, 5 minutes de trajet auraient suffi s’il y avait le métro, avec un moindre coût et une pollution nulle. On a tout de même dépensé jusqu’à maintenant en matière d’importation de véhicules depuis un plus d’une dizaine d’années 30 milliards de dollars, sans parler de la pièce de rechange et tout ce qui va avec. Il est temps de tirer le frein à main. La solution consiste à passer rapidement et massivement au GPL, moins polluant, disponible en grandes quantités chez nous, et quasi impossible à sortir du pays en contrebande. Il s’agit donc de faire un effort en matière d’infrastructures, dans les zones frontalières, de sorte que les stations-service servent du GPL. En même temps que les véhicules puissent s’équiper en équipement de conversion au GPL. Et pour rendre cela possible, il faut des mesures économiques qu’on peut prendre rapidement, comme rendre l’équipement moins cher en le subventionnant, faire en sorte que tout le monde trouve que c’est plus avantageux de passer au GPL carburant et plus tard au gaz naturel. Et par ce moyen, on peut économiser, car pour produire de l’essence, il faut des raffineries ; le diesel, c’est pire. L’impact sur l’économie est d’autant important, car on perd des devises (2 milliards/an, NDLR). Ce sont des dépenses improductives qui auraient pu servir à créer de la richesse et de l’emploi.

 

Source: Reporters-dz

 

L'INDICE DIESEL

 


 

Par M. Saadoune, 20 novembre 2013

 

 

Les chiffres de ce qu'un confrère a appelé la «pathologie de l'automobile» en Algérie sont effrayants. On importe aujourd'hui en automobiles - et en pièces détachées et carburants - presque autant que toutes les importations en 2002. L'explosion de l'automobile marque davantage cette décennie que l'entrée du mobile durant la même période. L'estimation de 10 milliards pour l'automobile en 2013 ne tient pas compte des coûts indirects en raison de l'impact sur l'environnement.

En Algérie, la décision de l'Organisation mondiale de la santé de classer les gaz d'échappement des moteurs diesel parmi les cancérogènes probables pour l'homme a été peu médiatisée. Les Algériens qui achètent de plus en plus en diesel devraient pourtant être informés que, selon l'OMS, il y a suffisamment de preuves pour dire que l'exposition au gaz d'échappement des moteurs diesel crée un risque accru d'un cancer du poumon. Dans un pays qui peine à prendre en charge les cancéreux, on aurait pu s'attendre à ce que le ministère de la Santé fasse son travail d'alerte. En direction des Algériens, bien entendu, mais également en direction du gouvernement qui paraît peu soucieux d'as»sumer son rôle de régulateur. La suppression du crédit à la consommation a été un exemple éclatant des «mesures» sans effet.

Les Algériens qui ont des économies, inutilisables dans l'immobilier, ou qui ont eu des «rappels» d'augmentation de salaires, se sont dispensés du crédit bancaire pour acheter des voitures. Et les concessionnaires se sont adaptés au faux blocage. Pourtant, la mesure de bon sens aurait consisté à augmenter le prix du gasoil pour le rendre moins attractif pour les automobilistes. Quitte à apporter une aide directe à certaines professions. Mais ne rien faire est une mauvaise option et c'est elle qui semble être de mise depuis des années. La domination des constructeurs français sur le marché algérien a automatiquement créé une orientation vers le diesel, le «tropisme» fonctionnant aussi dans ce domaine.

Mais en France la perspective d'une fiscalisation plus forte du diesel en 2015 a déjà pour effet de réorienter le marché. On enregistre déjà en 2013 - et alors que le changement de fiscalité n'est pas encore intervenu - un recul de la part du diesel de l'ordre de 20%. A l'inverse, les immatriculations de voitures essence croissent. Le débat ouvert sur la nocivité du diesel a déjà porté ses fruits. Ce débat n'existe pas en Algérie. Les autorités ont renoncé depuis le début des années 2000 à essayer d'augmenter le prix du gasoil en raison des oppositions répétées des députés. Le gaspillage est énorme. Et on importe du gasoil pour faire marcher des voitures importées et les pathologies qui vont avec. Pourtant, réorienter le marché est une des fonctions élémentaires des pouvoirs publics.

Au lieu de prendre des mesures sans effet, comme l'arrêt du crédit à la consommation, l'augmentation du prix du gasoil pourrait s'inscrire dans une démarche rationnelle et globale. S'il n'est pas question d'interdire l'importation de voitures - on imagine la levée de boucliers -, rien n'empêche les pouvoirs publics algériens d'imposer que toutes les voitures neuves qui rentrent en Algérie soient, préalablement, équipées d'un kit GPL. Histoire de favoriser un carburant produit localement et peu polluant. Mais, bien entendu, il faudra que l'intendance suive et que les automobilistes puissent trouver ce carburant à toutes les stations-service. Et que le prix du gasoil cesse d'être bas. La pathologie de l'automobile est, elle aussi, un signe d'un grave défaut de gouvernance.

 

Source: Le Quotidien d'Oran

 

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