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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par Saoudi Abdelaziz

 

L’assemblée nationale est appelé demain à discuter le programme d’action du gouvernement Sellal dont on annonce qu’il porte essentiellement sur l’amélioration de l’efficacité des services public et la lutte contre l’informel. Les journaux semblent s’être alignés ce matin sur ces mots d’ordre, en les illustrant, comme El Watan, par de nombreux et intéressants reportages sur les dégâts de la bureaucratie. La veille, le président de l’organisation patronale FCE avait proposé son soutien à Sellal en demandant des coudées plus franches pour les patrons. Et moins d’impôts...

 

Les décisions essentielles qui engagent l’avenir du pays ne sont pas évoquées dans la presse, qui se mobilise, à la veille de la rentrée parlementaire, plutôt pour l’amélioration de la gouvernance. On va donc se préoccuper de la façade pendant que les décisions vitales continueront d’être concoctées dans le silence médiatique, par le biais de mécanismes se situant à l’écart du débat public ? « Sellal, assuré du quitus de la majorité » titre Liberté qui affirme : « L’oral de Sellal ne sera donc qu’une simple formalité ».

 

 

Les questions sensibles seront-elles oubliées demain, après les patrons de presse, par les « législateurs », l’establishment politico-médiatique au diapason se contentant de brandir le gadget antibureaucratique -et son pendant anti-informel- au nez de leurs électeurs et de leurs lecteurs ?

 

Il en va ainsi par exemple de l’alignement de notre pays sur la stratégie américaine d’exploitation du gaz de schiste, recourant à la dangereuse fracturation hydraulique. Si l’on en croit les informations sur les intentions du nouveau gouvernement, (Maghreb Emergent) les décideurs algériens resteraient à la remorque de l’option stratégique que le lobby pétrolier américain a réussi à imposer aux élus du Capitole et qu’il a convaincu Sonatrach de faire adopter par le pouvoir algérien. Le lobby pétrolier algérien allié va donc demander à l’APN, par l’intermédiaire de Sellal, des amendements aux lois sur les hydrocarbures et sur l’investissement étranger, permettant d’accorder un statut et une fiscalité d’exception pour les compagnies américaines investissant dans la fracturation hydraulique.

 

Aujourd’hui pourtant, après une phase d’engouement médiatique, de nombreux pays, comme l’Afrique du sud, s’en tiennent à une approche prudente, limitée à la prospection des potentialités.

 

Plus explicite, l’Etat français vient de rejeter les demandes pressantes de la compagnie Total, pressée de tirer profit pour ses actionnaires de la technologie américaine. "Dans l'état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l'exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd'hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l'environnement"

. (Hollande ferme la porte à la fracturation hydraulique)

 

 Avons-nous, en Algérie, comme les actionnaires de Total, des besoins pressants de profits qui nous pousseraient à prendre une décision dans la précipitation ? Au contraire, il n'y a pas le feu, il paraît urgent de pas se presser. Raisonnablement, notre pays devrait décider d'exclure la fracturation hydraulique, et les députés de l’Assemblée populaire nationale devraient utliser leurs prérogatives constitutionnelles pour recommander à l’actionnaire public majoritaire de suspendre les coûteux investissements imposés par anticipation par les parrains de Sonatrach.

 

Mais bon, il n'est pas interdit de rêver. "Regarder l'avenir le change" écrivait Antonio Gramsci du fonds de sa cellule. Abed Charef note dans sa chronique paru dans la Nation-info : « Un pouvoir qui veut liquider l’économie informelle, nettoyer les rues, et imposer la loi, finira tôt ou tard par se retrouver face à sa propre réalité : il devra, au final, s’attaquer au pouvoir informel (…). Cela revient à respecter la lettre et l’esprit de la constitution, et à soumettre le pouvoir à la loi. Cela revient à faire fonctionner les institutions, de manière à ce que le détenteur du pouvoir réel se confonde avec celui qui a le pouvoir apparent ».

 

Le prochain débat de l’APN sur le programme du gouvernement Sellal sera-t-il l’occasion pour les nouveaux députés de l’opposition (et pour le gouvernement) d’amorcer l’action législative pour une modification sensible des mécanismes de la décision sur les grands enjeux nationaux ?

 

 

Saoudi Abdelaziz, 24 septembre 2012

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