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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

« Baisse de 12% de la facture alimentaire de l'Algérie » titre Le quotidien Liberté, présentant les résultats du commerce extérieur publiés par l’APS. L’article laisse entendre que la production nationale prend le relai des importations massives. Pourtant les baisses comptabilisées par les Douanes algériennes portent sur la valeur et non sur le volume des importations.

L’évolution récente à la baisse des importations alimentaires «est généralement attribuée à la baisse des cours internationaux des produits de base », précise ce matin Yazid Taleb qui « décrypte » dans le Quotidien d’Oran les chiffres publiés.

Synthèse blog

 

 

 

La voiture reine de l'import en Algérie, les biens d'équipement en recul

 

Par Yazid Taleb

 

 

Rendus public avant-hier, les résultats du commerce extérieur au premier semestre de l'année en cours semblent, au premier regard, plutôt positifs. Mais un décryptage plus fin ne permet pas de pavoiser. L'économie algérienne est suspendue au cours du pétrole et du gaz, on importe moins de biens d'équipements mais encore plus de voitures. Autre constat, la Chine n'est pas loin de supplanter la France comme premier fournisseur de l'Algérie.


La balance commerciale de l'Algérie a enregistré un excédent de 15,8milliards de dollars au 1er semestre 2012, contre 12,5 milliards durant la même période en 2011, soit une hausse de 26,7%. C'est plutôt une bonne nouvelle, les exportations de l'Algérie ont atteint 38,8 mds de dollars en hausse de près de 6%. Cela semble indiquer que la baisse des prix du pétrole constatée depuis quelques mois n'a pour l'instant eu qu'un impact limité sur les recettes extérieures du pays. Sur le montant global des exportations, les hydrocarbures ont représenté 97,4% avec 37,8 milliards de dollars lors des six premiers mois 2012, en hausse de 6%.

 

 

Les exportations hors hydrocarbures demeurent malheureusement toujours "marginales" avec seulement 2,6% du volume global des exportations, soit une valeur d'un (1) milliard de dollars accusant ainsi une baisse de près de 7,5% durant les premiers six mois de 2012 par rapport à la même période de 2011.

 

 

Des «bonnes nouvelles» commentées sans enthousiasme par M. Mouloud Hédir ancien directeur du commerce extérieur au ministère du commerce: «toute notre économie reste suspendue au prix international des deux principaux produits que nous exportons et rien n'indique pour l'heure que cela doive s'arrêter un jour ; les 9/10èmes des balances commerciales bilatérales avec nos partenaires sont déficitaires ; les parts de satisfaction des besoins de notre marché par la production nationale sont en baisse dans tous les secteurs d'activité. Même par rapport aux autres pays exportateurs de pétrole, dans l'OPEP ou en dehors, nous figurons en queue de peloton en termes de diversification des exportations. Un pays comme l'Arabie saoudite, qui dispose pourtant des premières réserves mondiales de pétrole et dont l'exportation était en 1980 encore moins diversifiée que celle de l'Algérie, a exporté en 2010 pour près de 40 Mds de $US de produits hors hydrocarbures»


 

Confirmation du recul de l'investissement


 

L'évolution de nos importations, pourtant en baisse au premier semestre, n'est pas non plus de nature à susciter l'optimisme. Elles se sont établies à 23, milliards de dollars contre 24,3 milliards au cours de la même période en 2011, soit une diminution de 5,2%, selon les chiffres des douanes algériennes. C'est le contenu de cette réduction de nos achats à l'extérieur qui semble préoccupant. La baisse des importations touche en effet quatre groupes de produits. La plus significative concerne les biens d'équipements industriels, en recul de près de 17%. Ils s'établissent à 7,3 milliards de dollars contre 8,7 durant la même période de comparaison. Les importations de biens d'équipements agricoles sont en baisse de près de 35% et totalisent 150 millions de dollars durant le 1er semestre 2012 contre 229 millions à la même période de 2011. Les importations du groupe demi-produits ont aussi reculé de 8,2%, totalisant 5,2 milliards de dollars. Ces chiffres du premier semestre confirment la tendance à la baisse des investissements signalée par de nombreuses indications concordantes et déjà sensible dans la réduction des dépenses d'équipement de l'Etat.


 

La Chine talonne la France


 

Au chapitre des importations de biens de consommation, on observe deux évolutions inverses. La première concerne les biens alimentaires dont les importations sont en baisse sensible (11,9%) pour atteindre 4,32 milliards de dollars durant le 1er semestre 2012 contre 4,90 milliards à la même période en 2011. Une évolution généralement attribuée à la baisse des cours internationaux des produits de base. Elle est plus que compensée par la hausse la plus importante de la structure des importations au 1er semestre 2012 qui a été enregistrée par le groupe «biens de consommation non alimentaires» avec 4,68 mds de dollars (+36%).Les produits en cause sont, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, essentiellement les véhicules de tourisme dont la facture avait déjà explosé en 2011 dans le sillage des augmentations de salaires et surtout des fameux «rappels» consentis à de nombreuses catégories de salariés du secteur public.

 

 

Si la diversification des exportations n'est pas au rendez-vous, celle des fournisseurs en revanche se précise. Pour la première fois la part de l'Union européenne dans nos approvisionnements passe sous la barre des 50%. Par rapport au 1er semestre 2011, les importations en provenance de l'UE ont enregistré une baisse de 10,5%, passant de 13 milliards de dollars à 11,7 milliards. Par contre, les exportations de l'Algérie vers les pays de l'UE ont augmenté de 3,5milliards de dollars, soit près de 20%.Des chiffres qui pourrait peser dans les négociations à venir sur l'accord d'association, la partie ayant tendance à défendre la thèse que l'ouverture du commerce extérieur algérien profite principalement à des partenaires commerciaux extra européens. Illustration de cette tendance de fond, la Chine devient un de nos principaux fournisseurs (2,8 milliards de dollars) et talonne désormais la France (3 milliards de dollars), toujours classée au premier rang mais sans doute plus pour très longtemps.

 

 

Le Quotidien d’Oran, 24 juillet 2012

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