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Publié par Saoudi Abdelaziz

A l’approche des élections russes de mars 2012, les grandes manœuvres politiques ont commencé au Kremlin. Moribonde au début des années 1990, la Russie a opéré depuis une décennie un spectaculaire redressement économique et diplomatique sur fond d’autoritarisme et de corruption. A l’heure du bilan, deux visions de la transition postsoviétique s’affrontent.

Par Tony Wood

 

Le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin a déclenché un raz de marée d’ouvrages consacrés à l’effondrement du bloc de l’Est. Peu d’auteurs, pourtant, se sont penchés sur l’expérience traversée par la Russie depuis la fin de l’URSS. L’essai de Daniel Treisman The Return (« Le retour ») s’efforce de combler cette lacune en retraçant le « parcours de la Russie de Gorbatchev à Medvedev  ». Professeur de science politique à l’université de Californie, Treisman est surtout connu comme le coauteur d’un article qui fit sensation en 2004. Ce texte, intitulé « Un pays normal », réfutait l’idée communément admise selon laquelle la Russie postsoviétique souffrirait d’une sorte de fardeau historique sans équivalent dans le monde — l’héritage de l’autocratie, de la bureaucratie, etc. En réalité, elle faisait face aux mêmes problèmes de développement que de nombreux pays à revenus moyens : corruption, faiblesse des institutions, vulnérabilité économique. La transition opérée par le pays après la fin du communisme n’aurait donc été qu’un processus d’ajustement aux schémas en cours dans les autres Etats de sa catégorie.

Le sous-entendu idéologique qui imprègne cette analyse se devine aisément : les réformes libérales mises en œuvre par Moscou dans les années 1990 doivent être applaudies comme un succès, puisqu’elles ont permis à la Russie de conquérir la place qui lui revient dans la hiérarchie économique internationale. Treisman a néanmoins le mérite de regarder son sujet avec une certaine hauteur, loin des stéréotypes de la guerre froide ou des clichés touristiques sur l’« âme russe ». Dans The Return, il reste fidèle à cette approche en cherchant à décrire la Russie telle qu’elle est, et non comme les faiseurs d’opinion occidentaux se la représentent. Il oscille entre deux positions a priori peu compatibles : celle des idéologues néolibéraux, qui expliquent les difficultés de la Russie par son manque d’entrain à embrasser la loi du marché, et celle qui attribue au contraire tous les maux du pays à la brutalité de ses (...)

 

Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique d’août 2011 actuellement en kiosques.

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