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Publié par Saoudi Abdelaziz

Comment ne pas s’énerver quand on est privé d’eau ou d’électricité, parfois des deux, des jours et des semaines durant, en pleine canicule, que les « démarches » n’ont pas eu de résultats, que les partis et les « élus » ne s’occupent que des magouilles politiques locales ou des marchés du plan quinquennal ?

 

Le droit de manifester bruyamment, d’occuper l’espace public, de harceler les institutions de l’Etat, est déjà inscrit dans les faits. Il doit être toléré par les pouvoirs publics en attendant d’être inscrit sans équivoque dans la constitution. C’est une exigence universelle venue à maturité dans notre pays. Faute d’une attitude mesurée face aux manifestants protestataires, on aura l’émeute. 

  

La négation de ce droit à Bordj Sabath, près de Guelma, a inspiré l’ordre de faire intervenir de manière disproportionnée les forces antiémeutes, créant une situation qui a conduit au décès d’un sexagénaire. Les services de la répression, instruites à la fermeté n’ont pas tenu compte de l’immense colère d’une population privée d’eau potable depuis le début du ramadhan. Les policiers se sont opposés violemment à l’occupation de la mairie.

 

Au lieu d’ordonner la matraque électrique et la grenade lacrymogène, pourquoi l’Etat n’a-t-il pas pris à bras le corps, et à temps, ce problème des pénuries,  sachant que les coupures d’eau et d’électricité étaient devenues, et notre blog s’en est fait constamment l’écho, un problème national aigu ?

 

Quelques jours après le drame, « dans un souci d’apaisement » les émeutiers ont été libérés, les services de l’état, « sur instruction du wali », sont mobilisés pour rétablir l’eau. Le pauvre vieux a été enterré, mais de quoi est-il mort ? D’un jet de pierre, bien sûr, comme l’affirment les services et la presse, qui reprend l’information, sans enquête indépendante, avec un veule soulagement. L’émeute a bon dos. Heureusement pour eux, les jeunes du Bois des Pins avaient le témoignage directe des anciennes moudjahidates, sinon qu’est-ce que les « services » leur auraient mis sur le dos ?

 

Le ras-le-bol contre l’incurie bureaucratique est légitime, les occupations des services et des lieux publics aussi. Les autorités doivent d’emblée négocier pour trouver des terrains d’entente. C’est l’ordre illégitime de disperser par la force la population qui conduit à « l’émeute ». C’est de qui s’est passé aussi au Bois des pins.

 

On sait que la jeunesse algérienne est enfin devenue massivement insolente. C’est aujourd’hui, une des caractéristiques nationales qui honore le peuple algérien. La jeunesse algérienne renoue avec la constante nationale de refus de l’oppression. C’est sur elle qu’a buté l’oppression coloniale. C’est l’émergence  de cette affirmation intransigeante du droit à la dignité que devrait prendre en compte les services policiers et en général les gestionnaires du « maintien de l’ordre ».

 

Y a-t-il une sorte de virus de l’émeute dans cette belle jeunesse qui sort dans la rue pour porter la revendication des familles abandonnées par l’Etat? Fakou ! L’émeute et la déraison sont plutôt dans les gènes des prédateurs et des maîtres-chanteurs sans foi ni loi qui squattent l’Etat algérien et le contraignent à servir leurs intérêts.

 

Et aussi chez les stratèges qui manipulent à dose mesurée et dans le même mouvement le terrorisme et l'anti-terrorisme, l'émeute et l'anti-émeute, pensant avoir ainsi trouvé le moyen de neutraliser la société et d'assurer au système une sorte d'équilibre instable sur la longue durée.  

 

Ce sont eux qui contaminent la société algérienne du virus de l’émeute.

 

S. A.

 

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