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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Grèce : Alexis Tsipras appelle à une conférence européenne sur la dette

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Grèce : Alexis Tsipras appelle à une conférence européenne sur la dette

 

 

 

De passage à Paris, Alexis Tsipras, le dirigeant de la gauche radicale grecque, Alexis Tsipras, propose à nouveau, dans une tribune accordée aux Echos que les Européens organisent une conférence en vue d'annuler une grande partie de la dette de son pays. Et surtout s'insurge contre la tentation de généraliser sur le vieux continent les politiques d'austérité.

 

 

 

« En 2010, la Grèce a été le premier pays européen auquel a été imposé un programme récession pour tenter de trouver une solution à la crise de la dette. Cette crise s'est propagée aujourd'hui et atteint désormais plus profondément le noyau dur de la zone euro.

 

Très logiquement, les citoyens et les gouvernements d'Europe sont attentifs à la situation grecque. Tout d'abord parce que les contribuables européens financent un programme qui pourrait être un échec. Ensuite, parce que comme M. Schäuble lui-même a admis publiquement, un tel échec aurait un impact énorme sur l'ensemble de l'économie européenne. Enfin, parce que l'expérience sociale actuellement à l'œuvre en Grèce avec notamment l'abrogation des lois qui protègent les travailleurs, la dissolution de la sécurité sociale et la privatisation totale des services publics, pourrait être généralisée au reste de l'Europe via le Pacte de Stabilité Budgétaire.

 

Le cercle vicieux de l'austérité

 

La recette censée assurée le «sauvetage» de la Grèce ne marche pas et c'est pourquoi son extension serait mauvaise pour l'Europe. Les mesures fiscales imposées ont mené à la récession. Celle-ci ne permet pas de réaliser les objectifs budgétaires. Et cette impossibilité à les réaliser justifie de nouvelles mesures fiscales encore plus sévères. C'est un cercle vicieux, et la misère sociale qui en découle est intolérable. Le programme d'austérité imposé à la Grèce a d'ores et déjà été amendé deux fois et il est désormais admis qu'on ne pourra pas parvenir à régler le problème de la dette grecque au travers d'une nouvelle politique d'austérité.

 

Mais a-t-on pour autant une vision Claire de la réalité? Malheureusement, le dernier sommet européen a montré que non: le leadership politique européen a montré encore une fois qu'il n'a ni la volonté ni la capacité d'apporter des réponses adaptées aux problèmes majeurs qui touchent de manière tragique les citoyens européens. Sous l'influence de l'Allemagne, l'Union européenne n'envisage comme solution que de demander aux citoyens de payer, par leurs sacrifices, les efforts nécessaire pour sauver les banques. Le peuple espagnol a beaucoup à dire à ce sujet. De même que tous les contribuables européens.

 

Et ce n'est pas tout de la part d'Angela Merkel qui refuse la mise en place des Eurobonds, qui sont l'un des outils financiers qui permettraient de faire face efficacement à la crise de la dette européenne.

 

En effet, dans le même temps, elle promeut l'idée d'un commissaire européen qui aurait un droit de veto sur les budgets nationaux. Elle cherche de la sorte à institutionnaliser le régime d'austérité et par la même, le déclin de la démocratie européenne.

 

 

Une conférence internationale

 

 

Même si l'expérience de l'austérité a échoué en Grèce, l'idée se diffuse pourtant en Europe. La fin du contrat social né dans l'après-guerre est en marche. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? La Grèce l'illustre d‘ores et déjà : la fermeture des écoles et des hôpitaux, le chômage en général à 30% et celui des jeunes en particulier à 55%, des salaires limités aux alentours de 400 euros et des pensions encore plus faibles ; elle signifie la dissolution de l'Etat-providence.

 

En outre, la mise en œuvre de cette politique favorise la dérive vers l'autoritarisme, les pratiques antidémocratique, la résurgence de la haine et de la violence de l'extrême droite. Elle favorise une situation telle que celle qui prévalait sous de Weimar. Et je tiens à rappeler à ceux qui, en Europe, prône de manière dogmatique une généralisation des politiques d'austérité, qu'ils jouent avec le feu. Et qu'ils ont une responsabilité vis-à-vis de la démocratie en Grèce.

 

L'Europe peut faire face à la crise, seulement si elle s'extirpe de la logique néolibérale. Les travailleurs européens ne sont pas des esclaves et ils ne doivent payer pour les pertes des banques privées. Il est nécessaire d'apporter une réponse globale au problème de la dette et pour cela organiser une conférence internationale, semblable à de Londres en 1953, qui a libéré l'Allemagne de l'étau de la dette et a ouvert la voie, après-guerre, au succès économique de ce pays.

 

Renouer le fil historique de la démocratie politique

 

L'objectif de cette conférence serait multiple : protéger l' ‘Europe des attaques spéculatives, en permettant par exemple une gestion collective de la dette et la garantie des dépôts bancaires. La suppression d'une partie substantielle de la valeur nominale de la dette des pays du sud de la zone euro et le remboursement du reste avec une clause de développement. Il faut un «New Deal» pour la croissance de l'Europe.

 

Les clés d'une nouvelle route pour l'Europe sont dans les mains des citoyens, des travailleurs, des jeunes. La vieille Europe vacille et sombre sous le poids de la cupidité des marchés qu'elle a elle-même nourrie. Il est temps de renouer le fil historique de la démocratie politique et du siècle des Lumières. Il est temps d'ouvrir la voie à une Europe de la démocratie, de la justice sociale, de l'égalité et de la solidarité. »

 

 

27 octobre 2012, Les Echos

 

 
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