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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Interview de Djilali Hadjadj, président de l'association algérienne de lutte contre la corruption

 

 

Par Younès Saadi, 4 décembre 2013

 

 

 

L’Algérie a gagné onze places dans le rapport annuel 2013 sur l’indice de la corruption fait par Tranparency International. Cette amélioration signifie-t-elle que le pays a enregistré des progrès ?

Djilali Hadjadj : Non, l’Algérie n’a pas enregistré de progrès en matière de lutte contre la corruption. Elle est au stade de stagnation par rapport aux années précédentes. Les onze places gagnées dans le classement général ne signifient nullement que notre système de gouvernance est devenu plus transparent par rapport à ce qu’il était il y a une année. La preuve, dans le barème, nous avons obtenu une très mauvaise note. On a eu 36 sur 100 (34 sur 100 en 2012). Nous figurons toujours sur la liste des pays les plus corrompus au monde.

 

 

Selon vos enquêtes, quels sont les secteurs les plus touchés par la corruption ?

Franchement, il n’y a pas d’exception. Pratiquement tous les secteurs sont touchés par la corruption, bien sûr avec des proportions variant selon l’importance du budget. Par exemple, nous avons relevé que les marchés publics sont le segment le plus gangréné par ce fléau. L’attribution des marchés publics par la formule du gré à gré est devenue une règle, au lieu d’une exception. Les ministres, les walis, les P/APC donnent à qui ils veulent les marchés, en dépit de la loi qui impose un respect de certaines règles de transparence. Aujourd’hui, en Algérie, un marché public transparent est une exception. Cela, malheureusement, se passe au vu et su des hautes autorités du pays, qui ne bougent pas le petit doigt pour soigner ce mal qui ronge l’économie nationale. En chiffres, nous pouvons dire que les commissions représentent entre 15 et 20% du montant de chaque projet public. C’est énorme, si on sait que les programmes de relance économiques lancés depuis 2001 se chiffrent à des centaines de milliards de dollars. Ce qui se traduit par des réalisations mal faites, hors normes et dangereuses. Le meilleur exemple est le cas de l’autoroute Est-Ouest. L’Etat a dépensé des milliards et des milliards de dollars pour une construction médiocre.

 

 

A quoi servent alors les institutions de l’Etat créées pour lutter contre la corruption ?

Ecoutez, une lutte sérieuse contre la corruption est tributaire d’une bonne volonté politique. Or, nous savons tous que les pouvoirs publics ne veulent pas que les choses changent dans le bon sens. Pour preuve, toutes les correspondances adressées à la justice algérienne par des juges suisses, italiens et canadiens dans le cadre de l’enquête sur la fameuse affaire SNC-Lavalin sont restées sans réponse. Cela montre en évidence que les autorités publiques ne veulent pas lutter sérieusement contre la corruption. Pour votre question, je peux me permettre de dire que l’Office central de répression de la corruption (OCRC) assure plus la fonction d’une boîte aux lettres qu’une réelle instance de lutte contre la corruption. Nous n’avons pas vu l’impact de cette institution sur le terrain.

 

 

Quel rôle pourraient jouer les organisations de la société civile pour lutter contre ce fléau ?

Comme je vous l’ai déjà dit, les pouvoirs publics n’ont pas l’intention d’éradiquer la corruption. On n’a jamais tenté d’impliquer la société civile dans cette bataille. Depuis sa création en 1999, l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) n’a jamais été sollicitée par le gouvernement. Pourtant, nous disposons d’un savoir-faire non négligeable en matière de lutte contre la corruption. Un savoir-faire que nous pouvons mettre à la disposition du gouvernement à tout moment. Je vous informe sur ce point que les autorités tunisiennes ont fait appel à notre association pour améliorer les mécanismes nationaux de lutte contre la corruption. Je suis personnellement invité à animer des ateliers de formation au cours de cette semaine.

 

Source: Reporters-dz

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Ouas 04/12/2013 14:45

Autorités publiques, pouvoirs publics, puissance publique et puis quoi encore ! La cocaïne, l'opium, l’héroïne et le kif ne suffisent pas ?