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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le texte ci-après est un document confidentiel, daté du 16 décembre 1988, intitulé « Complément d’informations », et qui avait circulé parmi les cadres du Parti d’Avant-garde Socialiste (PAGS), au lendemain des émeutes d’octobre 1988.

 

COMPLEMENT D’INFORMATIONS                  

I – LES EVENEMENTS D’OCTOBRE :

                En général, partout où les manifestations firent de gros dégâts, on a remarqué la présence d’éléments « louches » étrangers aux lieux. Ces éléments étaient équipés pour casser, détruire et brûler, incitant les jeunes à la violence et au pillage, les orientant vers des édifices publics. Certains étaient véhiculés (surtout des « golfs »). Ils traversaient les quartiers et les villages en poussant les jeunes chômeurs à « bouger », « casser » et « manifester ».

                Presque dans tous les témoignages, on a relevé l’absence quasi-générale des forces de l’ordre (police et gendarmerie) au début des évènements (Alger, Blida, Boufarik, …). Plus grave encore : à plusieurs endroits, la population leur a fait appel pour empêcher la « casse ». En vain. On dirait que des directives leur ont été données pour ne pas intervenir et de se tenir loin des lieux de rassemblement et de manifestations.

                A noter la grande sympathie et même la complicité des adultes pour les jeunes en action. Souvent, tout en déplorant les destructions ils se montraient solidaires des manifestants qui scandaient des mots d’ordre contre l’injustice, les inégalités sociales, la corruption, le trafic, le chômage, la cherté de la vie…

                Selon l’ancien ministre de l’Intérieur, il y aurait 159 morts. Mais certains chiffres, émanant, semble-t-il, de milieux hospitaliers, font état de 14300 blessés dont 5000 par balles et de 850 morts dont 670 par balles.

1 – Alger : autres échos que ceux déjà publiés :

                Lors des fusillades, les portes s’ouvraient pour abriter l’inconnu. Toutes les entrées des terrasses des immeubles étaient ouvertes pour aider les gens à s’y refugier, à fuir. Dès l’entrée en vigueur du couvre-feu montait le chœur de sifflement venant des terrasses, des balcons, au pied d’entrées d’immeubles. De temps en temps des youyous fusaient.

                A El-Biar, le 07 octobre, un car de CNS stationnait. Une voiture passe  et tire, les CNS répliquent. Les habitants leur envient des pots de fleurs et des ordures par les balcons. Peu après, le car est remplacé par un char.

                Le 08 octobre, à 17h, à Bab-el-oued, tout d’un coup, les militaires, affolés par des pétards des enfants se mettent à tirer en l’air et vers les balcons pendant près d’une minute. Les passants, terrifiés, se refugient où ils peuvent.

                Le 10 octobre, à 17h, c’est la boucherie à Bab-el-oued. Après avoir tiré sur la foule, les policiers et les militaires poursuivent les manifestants dans les rues en leur tirant dans le dos. Le sol est jonché de cadavres. Partout, il ya du sang. Les morts sont parqués dans une pissoire, près du siège de la DGSN. Tous les échos s’accordent à dire que la fusillade a été provoquée par le tir d’un civil qui était parmi les manifestants.

                Le mercredi de la casse (05 octobre), une voiture « R20 » a déposé deux jeunes armés de barres de fer, l’un au carrefour des GLEA et l’autre devant la salle « Harcha ».

                A Fougeroux, ce sont les habitants qui ont défendu le garage de la RSTA et l’usine de la SNLB.

                Dans un quartier d’El Harrach, l’action des jeunes progressistes est parvenue à ramener le calme (slogans politiques,…) quand tout à coup, une « Golf » peintes aux couleurs de la police a surgi. Deux policiers en civil tirent dans les jambes des manifestants et s’enfuient.

                A Badjarah, un groupe de jeunes se couchent sur la chaussée pour empêcher les cahrs d’avancer.

                Tous les jeunes arrêtés sont acheminés et parqués au niveau de la Coupole (salle omnisport) du 5 juillet. Sans nourriture, la bastonnade même avec des barres de fer. Ceux qui ont été relâchés se sont traînés jusqu’à leurs demeures. Certains d’entre-eux se sont suicidés pour échapper aux vexations, humiliations et tortures. D’autres ont été traumatisés. Dès leur arrivée au commissariat, on commençait à les matraquer. Tous les policiers présents y prenaient part, toute la panoplie de la torture a été utilisée.

                Les médecins qui ont soignés les blessés ont affirmé que des balles explosives ont été utilisées. La plupart des blessés par ces balles ont dû être amputés (…)

 

A Suivre prochainement les informations sur les autres localités.

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