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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dans une interview réalisée par Lamia Oualalou pour le site d’information brésilien Opéra mundi, le candidat du Front de gauche aux présidentielles française évoque ses sources d'inspiration et les dessous de sa campagne. Extraits

 

Si vous êtes élu président, quelle direction prendrait votre politique étrangère ?
Aujourd’hui, nous sommes les seuls à dénoncer l’alignement sur l’OTAN, tous les autres partis sont d’accord. Même les socialistes n’ont plus le minimum de recul critique qu’ils avaient autrefois. François Hollande vient par exemple d’accepter le bouclier anti-missile.
Nous proposons une rupture de la stratégie d’alliance avec les Etats-Unis. Pour nous, c’est un pays qui va perdre sa puissance face à la chine, mais cela reste la nation la plus armées du monde, et à ce titre, la plus dangereuse. L’autre grande question, c’est le changement climatique, qui va bouleverser toutes les puissances, en particulier les Etats-Unis qui ne font rien pour résoudre le problème. C’est pour cela qu’il ne faut pas que la France reste enchaînée à un bateau qui coule. Nous allons proposer une alliance appelée altermondialiste avec les pays émergents, en particulier les pays des Brics.

 

La machine communiste est-elle très utile dans la campagne ?

Bien sûr, elle est importante, les militants ont une énergie formidable. Mais le PCF a beaucoup souffert, il a pris des coups de tous les côtés, il s’est isolé, ce qui provoque des phénomènes de désagrégation. Le mouvement communiste renaît, mais cela prend du temps. Et il ne faut pas fantasmer sur le PCF, ce n’est pas cet appareil monolithique que pensent les gens de l’extérieur. Cela n’existe plus depuis très longtemps. Le PC est plus divers que le PS, donc les convaincre n’est pas simple. Et puis, mes méthodes sont déroutantes, ma façon de parler, je ne lis jamais de texte. La première fois que j’ai rencontré les militants, je leur ai dit : « j’ai une consigne : n’attendez aucune consigne ». Ils étaient déroutés, mais ils ont éclaté de rire, et c’est devenu un mot d’ordre. Après tout, nous avons une gauche éduquée, les gens n’ont pas besoin qu’on les prenne par la main. La preuve : les réseaux sociaux se sont développés en un rien de temps, et ils sont absolument autogérés. Sur Internet, notre campagne est la plus dynamique. Au début, tout le monde disait : « cela ne peut pas marcher », mais si, ça marche.

 

L’assassinat de sept personnes – dont trois enfants – il y a deux semaines dans la région de Toulouse par le français d’origine algérienne Mohammed Merah, a ému toute la France. Pensez-vous qu’elle puisse avoir un impact sur la campagne ?
Bien sûr, cela bouleverse tout le monde, et renforce la politisation de la campagne. Mais je ne crois pas que l’extrême droite puisse exploiter cette tragédie. Il y a une résistance des Français qui est remarquable, le discours de Marine Le Pen ne passe pas, tout le monde comprend que ce n’est pas un problème d’islamisme, c’est le problème d’un dingue. Le grand rabbin de France en a appelé à la fraternité avec un discours formidable. Sarkozy va peut-être marquer des points à droite, regagner de la confiance, il va y avoir une réorganisation dans chaque camp, pas entre les camps. Ceux qui sont de gauche ne vont pas devenir de droite parce qu’il y a eu ces meurtres. Le Front National ne va pas capitaliser là-dessus en reprenant des votes ouvriers. C’est pour cela qu’ils nous détestent, car le Front de gauche a fait dérailler leur beau train. Aujourd’hui dans les sondages nous sommes quasi à égalité. Nous allons leur imposer l’humiliation de leur vie.

 

 

Mélenchon : « L’Amérique du sud est la principale source d’inspiration du Front de gauche»

 

Par Lamia Oualalou

 

Dans cet entretien, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, expose sa vision de l’Amérique latine et des relations internationales.

Si les Sud-américains suivent avec intérêt la campagne électorale française en se demandant si Nicolas Sarkozy parviendra, malgré tout, à arracher un second mandat, pour beaucoup, c’est la candidature de Jean-Luc Mélenchon qui intéresse. Le candidat a apporté un bol d’air frais à une campagne sans relief, et il a démontré un réel intérêt au cours de la dernière décennie, pour les processus qui font de l’Amérique du sud l’une des régions les plus dynamiques du monde, d’un point de vue politique et économique. Cette vitalité est d’autant plus intéressante que dans les années 90 le sous-continent semblait sans ressort, après être devenu le laboratoire des recettes néolibérales avec le succès que l’on sait. Le site brésilien Opera mundi m’a demandé de l’interviewer lors d’un bref passage à Paris la semaine dernière, voici la traduction du texte publié.

 « Vous avez rendez-vous avec Jean-Luc Mélenchon ? Venez, je vais vous installer à sa table préférée ». Le patron du restaurant La Bulle n’est pas peu fier que la nouvelle coqueluche des sondages ait jeté son dévolu sur son restaurant. Nous sommes dans le 10ème arrondissement de Paris, à cinq minutes à pied du siège du Parti communiste français, dessiné par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Jean-Luc Mélenchon arrive, accompagné d’un conseiller et d’un policier chargé de sa sécurité. Il est affamé, épuisé, mais heureux : les derniers sondages le créditent de 13 % des intentions de votes pour le premier tour de l’élection présidentielle. L’ex-trotskiste, qui a claqué la porte du parti socialiste en 2009, pour monter le Parti de Gauche savoure son succès. Le dimanche précédent, il avait démontré sa popularité en attirant près de 100 000 personnes place de la Bastille. Mélenchon « l’anti-déprime », comme l’a surnommé Marianne, a bousculé une campagne marquée par la sinistrose.

Dès qu’il a dépassé la barre des 10% dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon ne s’en est plus caché : son objectif est clairement de disputer l’hégémonie de la gauche au parti socialiste, et c’est pour cela qu’il refusera d’entrer dans un gouvernement de François Hollande en cas de victoire de ce dernier. A court terme, il peut déjà se féliciter d’une victoire : les thèmes du front de gauche se sont installés dans la campagne. François Hollande a proposé de taxer de 75% les revenus supérieurs à 1 million par an, une idée qui était totalement absente du programme socialiste. Dans la foulée, Nicolas Sarkozy a promis de taxer les exiler fiscaux en s’inspirant du modèle américain. « Je triomphe », a réagi le candidat du Front de la gauche, qui militait depuis longtemps pour cette mesure. Mais ce n’est pas aux Etats-Unis que Mélenchon est allé cherché ses sources d’inspiration. Depuis le début des années 2000, il a multiplié les voyages en Amérique du Sud, curieux de voir cette région, cassée dans les années 1990, reprendre du poil de la bête et retrouver le chemin de la croissance et de la politisation. Aujourd’hui, il assume clairement de nombreux « emprunts » au Brésil, Venezuela, Argentine, Bolivie ou Equateur.

 

Le texte intégral de l’interview sur Mémoire des luttes.net

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