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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Extrait du tour d’horizon hebdomadaire d’Ahmed Selmane dans la Nation.info :

 

L’armée ne veut pas être appelée la « grande muette » ! Dans toutes les rédactions, les journalistes se sont regardés avec un drôle d’air car l’expression n’a, selon eux, rien de péjoratif. Elle relève même de l’affectueux. Finalement, après mure réflexion, beaucoup sont revenus à l’évidence : la mise au point est d’une remarquable franchise. L’armée n’a jamais été muette en Algérie et elle ne sera pas muette à l’avenir. Le ministère de la défense a de bonnes raisons de rétablir une vérité historique non contestable. Et surtout politique. Et il faut être en effet naïf de penser que les choses peuvent se faire en Algérie sans l’armée. La vraie question en définitive n’est pas le « mutisme » présumée de l’armée algérienne. Le fond du problème est l’absence de vision du régime algérien où l’armée est partie prenante.

Ce régime n’est pas muet, loin s’en faut ! Il fait au contraire dans le vacarme, dans l’excès de bruit, pour masquer qu’il ne dit rien au pays et qu’il n’a aucun perspective à lui offrir. Il faut bien souligner que cela est beaucoup plus grave que le mutisme présumé de l’armée. Le but systématique du régime, voire son unique but, est de laisser la société algérienne sans voix, sans organisations sérieuses capables de donner du sens et favoriser une structuration qui ne peut être que vertueuse. Le régime préfère organiser la cacophonie. En envahissant le pays de « ses » associations et de « ses » partis afin, justement, que les bruits enflent pour que rien ne devienne audible.

 

Comme l’armée, le pays n’est pas muet

 

Car le pays n’est pas muet. Il bruisse de nombreuses colères encore inexprimées, il est chargé de ressentiments, de doutes, d’incertitudes, de craintes. Il est traversé par des intérêts contradictoires et la muraille du l’argent – et du pouvoir- a cessé, elle aussi, d’être muette ou invisible. La lutte des classes, qui ne dort jamais, fait partie de la respiration ordinaire du pays.

Et les « ingérences étrangères », vieux plat du régime, se découvrent de nombreuses possibilités entre un régime toujours décidé à trouver des arrangements et à satisfaire l’extérieur tout en matant l’intérieur. Et pour aggraver la perte de sens et de direction, le pays a été privé, au cours de ces vingt dernières années, d’une bonne partie de son élite. Cela ne le rend pas muet, bien entendu. Mais cela permet à la cacophonie, entretenue, de faire son œuvre et d’empêcher la société algérienne, de formuler, de manière ordonnée, une demande générale : celle d’un Etat. Un vrai Etat, sérieux. Pérenne.

Les Algériens le redécouvrent régulièrement, il y a des pouvoirs, qui parlent et papotent de temps à autre, il n’y a pas d’Etat. Ou si peu. Il n’y a pas d’institutions effectives qui exercent leur rôle et fonctionnent en contre-pouvoirs. Celles qui existent ne sont pas « muettes ». Elles se contentent de répéter ce que le régime veut entendre. Personne n’est muet en Algérie. Mais, à défaut, d’espaces sérieux, libres et autonomes, cela ne donne que du bruit… Cela ne donne aucune perspective. L’Algérie, officiellement en voie d’approfondissement de « sa » démocratie, est sans voix au milieu d’un grand bruit…

 

Ahmed Selmane, 28 février 2012. La Nation.info

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