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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"Pour les naïfs, ce serait une illusion de croire que les déchéances occasionnelles de quelques pontes correspondent à une offensive rédemptrice d’un pouvoir enfin excédé par ses propres abus".

 

 

 

Par  Mustapha Hammouche, 29 juillet 2013

 

 

Le limogeage, à moins que ce ne soit la promotion, du colonel chargé de la presse, a provoqué un mouvement d’émotion dans les médias “indépendants”.

On découvre qu’en plus d’intervenir dans le processus d’octroi d’agréments aux aspirants éditeurs, de “briefer” les journalistes qui veulent bien, il intervenait dans la répartition de la manne publicitaire institutionnelle. Des reconstitutions romanesques sont élaborées, dans le style “Détective” : tantôt Saïd et Fawzi seraient de mèche dans “la gestion” politico-mafieuse des agréments et du butin publicitaire et tantôt le premier serait en train de faire payer au second la mauvaise gestion médiatique du séjour du président au Val-de-Grâce.

Plus romantique que romanesque est la thèse d’une opération “manipulite” à l’Anep. Si la rente est répartie dans l’opacité, cette répartition ne se fait pas dans la clandestinité : dans le sérail, tout le monde sait qui sert, où il se sert et dans quelles proportions ? L’usage clientéliste et prédateur du monopole de la publicité n’est un secret que pour celui qui veut bien le croire.

Quand, à l’époque prospère de Khalifa, l’argent sortait des caisses des institutions pour tomber dans les poches de notables du régime, tous les “observateurs” et analystes trouvaient naturelle la promesse d’une rémunération à 17% des dépôts des institutions. Quand le scandale éclata — du fait des limites mêmes de l’arnaque et non du fait de quelque sursaut de sauvegarde des intérêts de l’État ou des citoyens — l’émotion gagna le pays tout entier. Le pouvoir organisa un procès pour faire république, mais sans perdre le reflexe de préserver ses protégés contre les effets d’une procédure qui, finalement, aura plus servi à enterrer le scandale qu’à en dévoiler les origines et les mécanismes.

Pour les naïfs, ce serait une illusion de croire que les déchéances occasionnelles de quelques pontes correspondent à une offensive rédemptrice d’un pouvoir enfin excédé par ses propres abus ; pour les avertis, il n’y a que l’option de participer à une mystification de la réalité systémique de la corruption qui peut justifier l’ébahissement devant le fait que tel responsable soit déchu ou que tel établissement reçoit des enquêteurs.

Le ministre de la Communication, tutelle théorique de l’Anep, raconte que son département vaquait à des “enquêtes discrètes” ! C’est significatif du fonctionnement de notre système : un ministre avance sur la pointe des pieds dans son propre territoire, parce qu’enquêter, dans les domaines réservés, ce n’est pas sans risques.

Mais, finalement, quelle est l’institution qui échappe à cette fonction tacite de tout centre budgétaire qui consiste à participer à l’acheminement de la rente vers les coteries, catégories et notabilités “élues” du système. Il arrive seulement que, parfois, le préposé à l’ouverture-fermeture d’une vanne prenne des libertés dans la manipulation et l’orientation du robinet.

À part cela, il n’y a jamais rien de nouveau dans un système qui, au lieu de faire le choix de compter sur l’approbation populaire de sa gestion, a fait celui de se reposer sur la corruption clientéliste. Depuis le temps que cela fonctionne, il faut convenir que ce système est d’une certaine efficacité.

 

Liberté.com

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